11 décembre 2018

Les saintes kairos chauffantes

Il fait 4 degrés la nuit et 9 degrés le jour. D’une semaine complète à 17 degrés, Kyoto est passée d’un coup à ce qu’on appelle ici « l’hiver », c’est-à-dire « l’enfer ».

Les gens au Québec me diront que je me plains pour pas grand chose. Mes parents me racontent les -22 et j’ai vu des images de la neige qui s’accumule. Mais les maisons québécoises sont isolées. C’est un concept à peu près inconnu ici.

La maison que nous avons louée est posée directement sur le ciment de la fondation. Le sol est donc glacial (et on s’assoit par terre, sur des petits coussins, pour manger). Les murs et les fenêtres laissent entrer l’air extérieur en courants constants. Le chauffage est en fait l’air climatisé, installé près du plafond. L’air chaud qui en sort reste donc en hauteur, ne venant pas réchauffer les pauvres habitants assis au sol. La toilette est située dans une pièce non chauffée. À chaque fois qu’on ouvre la porte pour s’y rendre, encore plus d’air froid entre dans la pièce « chauffée ».

Le matin, quand je me lève avant les autres, il fait donc environ 15 degrés en bas, même si j’ai laissé le « chauffage » allumé toute la nuit. J’utilise un bon vieux truc des résidences universitaires: je fais les toasts et ensuite, je pars le mini-four pour un vingt minutes supplémentaires (sans faire cuire quoi que ce soit, juste pour faire un peu de chaleur). J’arrive à monter la température moyenne à 20 degrés après une heure ou deux (mais au sol, il fait plus froid bien sûr).

Dehors, ça se supporte bien sûr. Mais on est en habits d’automne, étant donné que je n’ai pas apporté nos gros manteaux. On achète donc des kairo, des petites pochettes qui se mettent à chauffer dès qu’on les expose à l’air. Il y a les petites pour les mains, celles pour les souliers, d’autres à coller dans les vêtements. Elles peuvent atteindre 63 degrés, durer une douzaine d’heures. Lorsque mon amie d’Okinawa est venue, elle en a acheté et nous les a laissées. On est devenus des fans! Vive les kairo, petites pochettes bénies remplies de poudre de fer réactives à l’air! Alléluia! En les serrant, j’ai un court moment de soulagement, comme lorsque je serre ma tasse de thé chaude!

On dit que les Japonais ont une tolérance au froid beaucoup plus grande que la nôtre et c’est vrai. Ils sont habitués très jeunes, comme les Islandais d’ailleurs, à sortir moins habillés dans des températures assez fraîches. Le port de l’uniforme dans les écoles contribue au fait qu’on n’a pas le choix de son habit pour affronter la température et qu’on apprend donc à endurer. Mais à voir le nombre d’avertissements derrière les petites pochettes chauffantes, qui peuvent causer de légères brûlures si elles sont appliquées directement sur la peau ou si on dort avec, les Japonais ont froid aussi!

On pourrait profiter d’un kotatsu (une table avec une couverture chauffante), de planchers chauffants (ça existe ici aussi) ou d’une chaufferette (un heater). Ça aiderait! Mais pour les deux semaines qui nous restent, nous n’en ferons pas ces achats.

Deux semaines. C’est tout ce qu’il me reste de cours. Quand je pensais à Noël en arrivant, je me disais que ça prendrait du temps. Mais non, on y est déjà. Et j’aurai bientôt terminé les cours. Je ne serai plus obligé de réviser chaque soir, de taper mes notes, de faire les devoirs, d’aller en classe, de réviser pour les examens… C’est triste. Car je sais que j’aurai beaucoup moins de temps après pour continuer à apprendre le japonais. C’était une période toute particulière que nous ne pourrons pas répéter. Nous en avons profité pleinement, en le sachant très bien.

Les lundis et mercredis, j’ai commencé à rencontrer une amie que j’aide en français, alors qu’elle m’aide en japonais. C’est tellement agréable! Elle a habité au Québec, elle est maître en calligraphie, on s’amuse beaucoup ensemble.

Jeudi dernier, je suis allée à Sonobe (une trentaine de minutes de Kyoto) pour visiter un vignoble. C’était fort intéressant et j’ai posé plein de questions!

Vendredi, nous avons visité le Musée international du manga de Kyoto. J’ai adoré le lieu: une vieille école primaire reconvertie en musée, remplie de mangas qu’on peut lire dans plusieurs langues. Émi et Léo se sont assis et c’était presque la chicane pour les sortir de là! On peut prendre un abonnement mensuel ou annuel car le musée est aussi une bibliothèque. Très bon concept pour les amoureux de ce genre!

En soirée, je suis sortie avec Léo pour revoir des anciennes étudiantes (devenues grandes). Avant de se rendre au restaurant, on a beaucoup marché. La gare de Kyoto est toute illuminée pour Noël: des jets d’eau lumineux avec de la musique, un immense sapin, 15 000 DEL dans les marches… Ensuite, on a mangé des immenses crêpes et Léo a beaucoup ri en jouant avec le cellulaire de Rinka-chan.

Samedi, je suis allée chez la coiffeuse et ensuite au Meet-up organisé par mon amie Akiko. J’ai rencontré deux autres Japonaises et nous avons parlé toute la soirée. C’était très agréable.

Dimanche, nous avons revu Ken-ichi-san, mon assistant japonais dans les cours que je donnais l’an dernier au Centre japonais de Québec. Il vit maintenant près de Nagoya et il est venu passer la journée avec nous. Il connaissait peu Kyoto alors on a servi de guides, visitant le Kitano Tenman-gu avec ses vaches porte-bonheur pour les études (photos pour marraine!) et nous avons fait une longue promenade à Arashiyama pour revoir le Daikaku-ji, découvrir le Gio-ji et marcher jusqu’au pont qui traverse la lune (le Tôgetsu-kyô) éclairé tout spécialement en ce moment. Nous avons mangé des ramens dans une petite échoppe où un vieux couple très gentil nous gâtait… Un beau moment!

Le plus drôle: Léo avait préparé un cadeau pour Ken-ichi-san : un spectacle tout en japonais. Plus tard, en marchant, Philippe parle en français à Ken-ichi et Léo s’étonne: « Hein? Mais il parle français?! » Un petit détail que Léo avait oublié! Après il est passé au français et c’en fut fini des efforts de japonais! ;)

02 décembre 2018

Le JLPT est plus difficile au Japon

Je ne passerai pas le JLPT cette année. C'est partiellement parce que l'examen est difficile, comme je le savais déjà. Mais c'est aussi parce qu'il n'est pas administré de la même manière au Japon qu'au Canada.

La règle est la même partout: les montres digitales sont interdites. On veut éviter les sonneries, les tricheries, les alarmes. Ça, je le savais. On a seulement le droit à une montre analogique, celle avec les aiguilles. Léo en a une comme ça, j'en ai aussi. Mais on a tout laissé au Québec, il n'a apporté que sa montre digitale ici. Je n'ai donc aucune montre avec moi au Japon.

En acheter une pour trois heures d'examen? J'y ai pensé. Mais l'an dernier, à Toronto, l'heure était affichée en gros en avant projetée par un ordinateur. On a eu une panne de courant et les responsables se sont assurés qu'on ait l'heure, en l'écrivant régulièrement au tableau. Alors je ne m'inquiétais pas trop. J'aurais quand même accès à l'heure.

Mais non. Ici, je ne sais pas pourquoi, mais l'heure est accessible seulement pour ceux qui ont la montre analogique avec eux. Les autres, tant pis pour eux. Non seulement la classe n'affiche pas l'heure, mais en plus, la dame a bien précisé qu'elle ne nous avertirait pas cinq minutes avant la fin de l'examen.

Il y a deux grosses sections au N2: la partie écrite (qui contient les caractères/grammaire et la compréhension de textes) et la partie orale (où l'heure n'est pas importante, puisque c'est un CD qui passe). Dans la partie écrite, c'est la compréhension de textes qui est la section la plus difficile: plusieurs textes à lire, des courts, des moyens et des longs avec pour chacun quatre choix de réponses. Quand la dame a dit: "C'est fini, déposez vos crayons immédiatement!", je n'avais pas fini. Huit questions n'ont aucune réponse. Je pars donc avec un recul de 16 points pour la partie la plus difficile. C'est clair que c'est foutu.

Pourtant, je pense passer la section 1 et aussi la partie orale. Si j'avais pu mieux évaluer mon temps, et mettre des réponses à toutes les questions, j'aurais peut-être eu la chance de passer la section 2 de l'écrit. Dommage que l'examen ne soit pas géré de la même manière partout dans le monde. En gros, ça veut dire qu'il est plus facile de le réussir à Toronto plutôt qu'à Kyoto. Ce qui n'est pas normal, puisque c'est le même examen qui donne la même certification...

Il paraît que l'examen changera l'année prochaine, évaluant mieux les compétences en vue d'une entrée sur le marché du travail. Comme je le passerai encore, je pourrai vous en reparler. :(

01 décembre 2018

Le tofu chaud et le musée de trains

J’ai reçu les résultats de mes multiples de la semaine dernière. Je suis très contente, j’ai de bonnes notes maintenant que je sais comment étudier et ce qu’il faut étudier. En plus, avoir appris 1200 kanjis depuis un an et demi, grâce à un programme web appelé WaniKani (oui, oui, je le nomme car c’est vraiment bien fait), ça m’aide!

Dimanche aura lieu le gros examen gouvernemental, donné partout dans le monde, le même jour. Je suis allée à Toronto l’an dernier, à la même date, pour passer le niveau 3. Je tenterai le niveau 2, qui est plus difficile. Beaucoup plus difficile. Je ne pense pas le réussir. Je m’étais donné deux ans pour y arriver, j’essaie après un an car je suis à Kyoto, une ville où je peux passer le test sans que j’aie besoin d’acheter un billet d’avion pour Toronto avec une nuit à l’hôtel… Mais bon. On verra bien. Je prends tous les vœux de bonne chance, en passant!

Mardi, avec Léo, nous sommes sortis après son cours pour marcher jusqu’au Eikandô, un temple réputé pour ses feuilles d’automne. Déjà, c’était magnifique avant même d’être entrés officiellement sur le domaine du temple… Mais quand j’ai vu que c’était 12 dollars pour entrer, disons que je me suis dit que nous étions satisfaits pour l’instant… Oui, c’est beau, mais bon… C’est un peu exagéré (la plupart des temples chargent environ 6 dollars à Kyoto).

J’ai choisi d’investir ces fonds dans un repas à deux au yudofu (du tofu chaud). Ma professeure de japonais, il y a 12 ans, m’avait emmené dans cet endroit en guise de cadeau d’adieu. Et j’ai encore une fois adoré! Léo aussi. Il a goûté à tout, tout heureux. On envoyait des photos à Philippe et Émi. Et ils nous répondaient avec leurs photos de repas: on aurait dit une scène de "batailles de selfies" comme dans LikeMoi! Ah ah ah!

Jeudi, pendant que j’étais à l’école, les enfants sont partis avec Philippe vers le Toei Eigamura, le "village de tournage de films Toei". C’est un grand parc avec des décors de cinéma servant à tourner des scènes du Japon ancien. Il y a des vieilles maisons de bois, des ruelles sombres, des ninjas et des samouraïs avec des katanas. Il paraît que le spectacle des ninjas était excellent!

Aujourd’hui, samedi, nous avons rejoint nos amis de Nara qui sont venus jusqu’à Kyoto pour visiter avec nous le Tetsudô Hakubutsu-kan (le Musée de trains)! Le Musée était en construction quand nous sommes venus avec les enfants en 2016. On annonçait partout son ouverture prochaine, juste le lendemain de notre départ… Alors cette fois, je ne voulais pas le manquer.

C’est très impressionnant, vraiment bien fait. Il y a des trains à l’extérieur dès l’entrée, on peut même manger dans un restaurant qui est dans un wagon. Puis on entre dans le bâtiment principal qui présente d’autres trains sur le plancher principal, avec plusieurs petites expositions tout autour : une vieille gare, l’histoire des trains au Japon, le fonctionnement par électricité, la signification des signaux lumineux, les différents uniformes selon les compagnies de train, etc. On peut même faire rouler deux immenses roues de train, 756 kg à la seule force de nos bras grâce au roulement sur des rails, ce qui explique pourquoi les trains peuvent être si lourds.

Ce n’était que le premier étage. Le 2e présente un parc avec des rails pour que les enfants s’amusent à monter leurs chemins, un restaurant avec la vue sur les vrais trains qui passent en direction de la gare principale de Kyoto (le musée est situé tout à côté), des simulateurs pour conduire les trains, un diorama immense avec des trains qui circulent partout, des petits trains à conduire… Bref on s’y amuse bien! Au 3e, on peut aller voir la vue sur le toit (et les trains qui passent).

Il y a aussi un vieux train au charbon (j’ai même reçu des bouts de fumée dans le visage, kof kof!) qui fait un court trajet entre le musée et le parc Umekôji. Le train revient ensuite et embarque sur un pont tournant qui lui permet de se stationner dans son garage… C’est très impressionnant. Kyoto est en train de construire une nouvelle gare qui sera prête au printemps 2019 et qui permettra de débarquer directement à côté du musée. Si les trains vous intéressent, il ne faut pas manquer ça. Mon coup de cœur: le simulateur pour apprendre à conduire le shinkansen qui m’a permis de porter l’uniforme JR!

Ma seule critique: les titres sont traduits en anglais, mais pas les explications. Pourtant, on voudrait en apprendre davantage! Les bons points: on se concentre sur les trains de la région ouest, donc les trains que l’on voit partout circuler à Kyoto, Osaka, Nara. C’est presque émouvant de voir les minis-trains Hankyû, JR ou Keihan! Ensuite, le musée est tellement agréable à visiter avec des enfants! Tout est adapté pour eux et les toilettes sont fantastiques (c’est vraiment important quand on a des petits!). Ils ne s’ennuient pas et nous non plus!

On a fini en visitant l’Illumination ROHM, absolument magique. C’était assez incroyable, et difficile à transmettre en photo…