22 janvier 2019

S.O.S. Soutenance difficile à venir

Le 8 février prochain, à 9h, au local 3244 de Charles-de-Koninck de l’Université Laval aura lieu ma soutenance de thèse. Et ça s’annonce mal.

C’est un cri du cœur. Venez, s’il vous plaît. Venez nombreux. En support et comme témoins de ce procès qui aura lieu et où, soyons honnêtes, je serai pratiquement seule.

Normalement, une soutenance de thèse est un événement stressant, certes, mais aussi la finale réjouissante d’un long processus visant à transformer un étudiant en un spécialiste de sa discipline. Devant ses pairs, c’est-à-dire des professeurs qui deviennent jurés, l’étudiant présente alors sa recherche, le processus ayant mené à ses résultats, avec ses failles et ses apprentissages, pour ensuite répondre aux questions sur ce qui aurait pu être mieux fait. L’étudiant doit aussi justifier ses choix qui ont nécessairement mis de côté d’autres possibilités.

Le 8 février prochain, vous aurez l’occasion d’assister à une soutenance hors de l’ordinaire. Vous aurez peut-être même l’occasion de voir les jurys s’entendre pour faire échouer une étudiante qui en est à sa 7e année d’études. C’est une possibilité réelle puisque deux des quatre jurés présents (le 5e juré, mon directeur, est en congé maladie) ont déjà jugé la thèse comme irrecevable et non soutenable.

Pour les jurés, ma soutenance a donc pour but de répondre à cette unique question : Mais pourquoi donnerait-on à cette fille le titre de docteure en sociologie alors que le document présenté est insuffisant?

Comment a-t-on pu en arriver là, me demanderez-vous? C’est une question que je me pose moi aussi. J’ai quelques éléments de réponse que je n’exposerai pas tous ici. En résumé, il y a clairement eu un manque d’encadrement et de suivi de la part de mon département dans cette histoire. Depuis trois ans et demi, je me débrouille à peu près seule pour analyser, écrire et réécrire. Malgré cet accompagnement insuffisant, j’ai réussi à pondre une thèse « passable » (rapports d’évaluation reçus en octobre 2017 après mon 1er dépôt initial).

Cette thèse passable a permis de pondre trois articles scientifiques qui ont été ou seront publiés très prochainement. Soupir. Si j’avais décidé, quelques années auparavant, d’opter pour une thèse par articles, j’aurais donc déjà terminé puisque les critères sont de rédiger trois articles…

En octobre 2017, les jurés s’entendent pour me laisser faire un 2e dépôt initial avec des modifications majeures. Je suis désespérée: la thèse que mon directeur avait qualifié d’excellente en avril est à refaire, et je n’ai plus de directeur (en congé maladie). On me donne accès à une professeure qui fera le suivi pour que ma thèse se conforme à ce que les jurés ont demandé.

Je déplace des sections pour que ma thèse ressemble davantage à un texte académique avec les parties traditionnelles classiques (je m’étais entendue avec mon directeur auparavant pour la faire davantage comme un essai, mais cela n’a pas plu). Je supprime tout ce qui sort du cadre sociologique (exit les références à la biologie et la neuropsychologie), je me concentre sur le Québec (en retirant les quelques comparaisons au Japon ou l’Islande), j’étends la problématique pour parler davantage de la transformation de la famille et de la place du père, donnant un tout autre angle à l’analyse…

Si, officiellement, je suis inscrite à temps plein à l’université, je ne peux pas passer autant d’heures à la rédaction que lorsque j’étais véritablement étudiante. J’avais déjà accepté d’être professeure de japonais dans deux écoles de la ville de Québec. C’était la première fois, alors j’ai eu trois cours à monter de A à Z…

Je travaillais aussi comme assistante de recherche. Et comme je voulais consacrer quelques jours de la semaine pour la thèse, mon chum s’est remis à temps plein pour que le revenu soit suffisant. Il travaille à Québec et se rend au travail en transport en commun. Résultat indirect de son temps plein : la charge complète de la maison m’est revenue, car il est déjà parti quand les enfants se lèvent et il revient après eux. Alors on s’entend que 2018 fut une année très difficile. Physiquement et émotionnellement.

Par chance, le Japon m’a permis de décrocher de cette routine éreintante pendant trois mois. Je me suis consacrée à étudier, étudier seulement, sans avoir d’autres soucis que d’étudier.

Le retour est difficile, car j’ai été frappée de plein fouet par la réalité: ce n’est pas terminé. La moitié des jurés font complètement abstraction du contexte (problèmes d’encadrement) pour juger la 2e version de ma thèse. Or le contexte a teinté la thèse, il est présent à l’intérieur du texte.

S’attendre à une thèse du même niveau que celles des autres étudiants semblent une chose objective. Or lorsque les conditions qu’on a donné à un étudiant ne sont pas les mêmes que celles auxquelles ont eu droit les autres étudiants, cela devient complètement injuste.

Je le répète : j’ai besoin d’avoir un public qui pourra me supporter, qui sera là. Je veux vous parler, vous présenter cette recherche absolument fascinante sur la manière dont les pères québécois s’impliquent dans leur famille et ce que ça veut dire pour notre société. J’ai adoré faire cette étude.

Le point final ressemblera peut-être à la chute d’une haute falaise, où je serai poussée avec enthousiasme par mes pairs!, mais au moins la randonnée fut, la plupart du temps, fort belle. Difficile, mais fascinante.

Mais il y a de sérieux problèmes à régler à mon université. Pour qu’une étudiante doive lancer un cri du cœur sur son blogue afin qu’on vienne en masse la voir échouer une thèse encadrée ainsi, il faut que le processus ait des manquements.

Advienne que pourra.
Et pour ceux et celles qui viendront : merci d’avance.

04 janvier 2019

Naha et cuisine okinawaïenne

On poursuit notre découverte d’Okinawa ensemble? On passait deux nuits au resort, alors dès le lendemain matin, c’était le temps de faire les valises et de partir! Notre amie Megumi est venue nous chercher en voiture pour nous amener à Naha, la ville principale. Comme elle habite Okinawa, nous n’avons donc pas eu l’humiliation de louer une voiture avec l’autocollant « Un étranger conduit » apposé dessus (ce n’est pas une blague…) On a fait un détour au musée Sakima, blotti contre la base militaire américaine controversée de Futenma. On a discuté avec le directeur, c’était fort intéressant, Léo avait beaucoup de questionnements sur la situation d’Okinawa.

On est allés manger au restaurant du Château Shuri, c’était absolument délicieux. Je suis fan de la nourriture okinawaïenne, surtout des sobas! Le jus de shiquazar, l’algue mozuku, le concombre amer gôya (margose), le délicieux tofu jimami aux arachides et les multiples desserts à la patate douce violette (béni-imo) sont dans mes coups de cœur aussi!

Le château de Shuri en est à sa 4e reconstruction, la dernière après la Deuxième Guerre mondiale qui a grandement affecté Okinawa. Son architecture et sa couleur rouge le rendent très différent de ce qu’on peut voir ailleurs au Japon. On a visité l’intérieur aussi, les maquettes représentant la visite de l’Empereur chinois au roi des Ryūkyū (l’ancien nom du royaume okinawaïen, avant l’annexion au Japon en 1879). L’histoire de cet archipel d’îles est aussi intéressante que sa culture ou sa gastronomie!

Megumi nous a ensuite amené au marché de poissons où Émi me collait fort en me disant qu’elle avait peur « des bebittes ». En effet, les crabes et homards n’hésitaient à sortir une patte ou deux des bacs, parfois même à marcher par-dessus les autres. C’était fort impressionnant. Megumi nous a quitté par la suite et nous sommes allés à notre nouvel hôtel, qui fut sans doute le plus beau de notre séjour! Tout à côté du monorail, avec une partie sur un sol de tatamis, du verre coloré d’Okinawa pour boire notre eau, du thé: on s’est bien reposés.

Le lendemain matin, on est repartis vers l'aéroport, le chauffeur de taxi nous a fait jouer une radio du Québec avec de la musique traditionnelle! Le vol vers Osaka a duré moins de deux heures, on a pris un taxi jusqu’à notre hôtel près de la gare du shinkansen… Ouf! Quelle chambre minuscule! Deux lits doubles qui ressemblent plus à des lits simples pour quatre personnes… Enfin. Par chance, la professeure des enfants, Mika-sensei, est venu éclairer notre soirée, nous rejoignant après un excellent souper de tempura et soba. Elle a fait le trajet de Kyoto pour venir nous saluer une dernière fois.

À quoi a ressemblé le retour? Eh bien, accrochez votre ceinture… Départ le matin en shinkansen, deux heures trente vers Tokyo à 300 kilomètres heure, avec des paysages enneigés dignes du Québec (une vague de froid a couru sur l’île principale pendant notre séjour au sud); puis transfert dans le train express vers l’aéroport pour une heure; récupération des 7 valises envoyées, enregistrement de toutes ces valises-là (plus une); passage de la sécurité, attente puis embarquement. Le vol de 12 heures vers Montréal a démarré à 17h55! Ça s’est très bien passé, ça a semblé moins long qu'à l'aller. On est arrivés à Montréal à 15h30 (la même journée), retour dans le temps! Récupération des valises, passage des douanes, récupération de la voiture de location et trajet de trois heures vers Lévis… La journée fut longue, très longue, mais heureusement, tout s’est bien passé! Les enfants soulignaient chacune des étapes en tapant dans nos mains et ils étaient très contents d’arriver.

Depuis le décalage horaire frappe fort. Le soir, les enfants pleurent pour aller se coucher, ils ont les yeux dans la graisse de bine. Ils ont pogné de la toux, de la fièvre, du mal de gorge (pharyngite), qui semble aussi transmis aux adultes… Bref, on n’est pas forts côté santé. Pas étonnant que les nouvelles décourageantes sur mon doctorat m’atteignent autant: j’avais comme la porte grande ouverte pour cela!

Merci à vous tous et toutes d’avoir suivi nos aventures! Les nouvelles se feront un peu plus espacées maintenant, mais je continuerai de vous tenir au courant!

C'est la nouvelle année. Je vous la souhaite bonne, très bonne et douce. En pleine santé physique et mentale. Et dans un cocon d'amour.