17 octobre 2018

Déchets, souliers et vélo à Kyoto

Vivre ailleurs amène toujours des questions quant à notre façon de vivre. Jusqu’où va-t-on s’intégrer? Plus précisément: quelles seront les limites acceptables que l’on posera quand on arrivera aux différences entre la culture que l’on porte et celle où on évolue?

J’ai toujours trouvé qu’entre les façons de vivre québécoise et japonaise, il y avait des points communs. C’est facile de penser à enlever mes souliers en entrant dans la maison, je le fais chez nous, les enfants aussi. C’est une habitude.

Ce sont toutes les différences qui obligent l’adaptation.

Par exemple: les fenêtres, les murs, les portes laissent passer le son. On nous entend de l’extérieur (tout comme on entend l’extérieur). On sait quand les enfants écoutent la Pat Patrouille en français ou Hello Kitty en japonais. On ne peut ignorer quand ils se chicanent ou crient. Il faut vite tenter de tempérer les crises, qui deviennent publiques, même quand elles se passent dans les murs de la maison…

La gestion des déchets est un sujet sensible. Le Japon est un modèle à ce niveau. Le document de la ville de Kyoto avec les instructions sur la division des déchets et des différentes matières recyclables fait 32 pages, il est tout mignon pour ceux qui voudraient le voir… Il faut mettre le papier dans un sac et aller le mener dans un centre (dont j’ignore le lieu pour l’instant: merci à mon amie qui a pris mon sac dimanche dernier pour l’apporter au centre de son quartier!); le carton est mis à part, plié et attaché pour être donné à un petit camion qui passe dans le quartier à l’occasion avec de la musique typique; les cartons de lait doivent être découpés, lavés et retournés à l’épicerie; les bouteilles en plastique sont séparés de leur bouchon; les aérosols ont leur jour spécial; le plastique est surutilisé ici, on emballe vraiment trop!, mais on peut récupérer même les emballages de KitKat! Oh! Et pour le reste (déchets de nourriture, papiers souillés), il y a les déchets du mardi et vendredi qui iront à l’incinérateur.

Comprenez bien: les sacs utilisés sont transparents. On achète des sacs spéciaux de la ville de Kyoto et tout le quartier voit si vous ne respectez pas les règles. La seule conscience de ce regard est suffisante pour vous donner le goût de respecter les règles!

Cette impression d’être « visible » rend plus conscient quand on « choisit » de ne pas respecter les règles. Les Japonais supportent beaucoup de pression sociale quant à leurs comportements. Pour de bonnes raisons bien souvent: pour pouvoir vivre ensemble dans un espace réduit, pour l’hygiène dans les transports en commun, pour récupérer efficacement… Mais cette « obéissance » fortement suggérée s’applique à la moindre attitude et elle peut devenir épuisante pour plusieurs Japonais.

Quand vous êtes étranger, on ne s’attend pas à ce que vous sachiez toutes les « bonnes manières d’agir ». On soupirera si vous circulez à droite sur le trottoir, mais on comprendra… Mais d’autres règles ne pardonnent pas : ne pas savoir diviser ses déchets est une source de honte pour tout le quartier, ce qui explique mon étude attentive depuis une semaine!

Vivre dans un autre pays permet d’apprendre graduellement les règles de ce pays… Les règles, mais aussi les habitudes, les normalités… qui n’en sont pas toujours d’où l’on vient.

Un exemple? Il y a 12 ans, je trouvais libérateur de faire comme tous les Kyotoïtes et de faire du vélo sans casque. Vous me direz que c’est sécuritaire ici. Mais il y a 12 ans, je me souviens d’avoir été happée par un petit camion qui m’a fait un bon bleu au bras et j’étais aussi entrée en collision avec un jeune garçon à vélo. Le deux-roues n’est donc pas sans risque, même s’il est plus habituel qu’au Québec (et plus sécuritaire, oui).

Il y a huit ans, je faisais encore du vélo sans casque à Kyoto.
Il y a deux ans, j’étais encore tête libre.

La seule chose qui a changé en 12 ans, c’est que maintenant, pratiquement tous les enfants portent un casque ici. Mais je n’ai vu aucun adulte en porter un.

Sauf moi. Car je l’ai apporté dans la valise (comme trois paires de souliers car ils n’ont pas ma pointure!). Et je l’utilise. Même si je n’aime pas le mettre. Même si je détonne.

Parce que je suis venue « cultiver mon cerveau » en étudiant le japonais à tous les jours dans une école spécialisée. Ça coûte un bon montant pour le faire. Et je mettrais tout cela en danger pour faire comme tout le monde? C’est là que je parle d’un choix à faire entre l’adaptation et nos propres limites. Je peux expliquer, et réexpliquer, aux enfants pourquoi il ne faut pas crier ici, pourquoi il faut parler moins fort… Mais je ne peux plus rouler, en sachant que le 30 minutes que je fais matin et midi n’est pas de tout repos sur les routes de Kyoto.

Bof, non. Sur ce sujet, ma limite d’adaptation a été atteinte.
Pour le reste, je respecte le volume et je sépare bien mes déchets, je vous le jure! ;)

13 octobre 2018

Extraordinaire Takarazuka et entrée à l'école

Si vous n’avez jamais entendu parler de la Revue Takarazuka, laissez-moi vous dire que le spectacle en vaut le coût! Ce nom réunit en fait une école où les jeunes femmes peuvent s’inscrire pour espérer devenir actrice dans une des cinq troupes de la Revue Takarazuka. Chaque troupe produit environ deux spectacles par année, ce qui veut dire qu’il y a un nouveau spectacle de comédie musicale à peu près à chaque mois. La troupe se produit à Osaka, son lieu d’origine il y a cent ans, et à Tokyo aussi. C'est en allant voir un spectacle tiré de cette troupe à Montréal que j'ai acheté les billets pour y aller en famille.

Sa particularité? Les rôles d’hommes sont aussi joués par des femmes, spécialisées dans ce type de jeu. Ce sont les actrices les plus populaires! Ces spectacles sont absolument renversants en couleur, costumes, danses et chants! Ce que nous avons vu était assez impressionnant pour que LES DEUX enfants restent assis, fascinés, pendant trois heures et demi (je n’inclus pas l’entracte de 30 minutes où ils courraient partout!) ;) J’étais convaincue qu’on allait devoir partir avant la fin, mais non, ils sont ressortis enchantés! :)

Nous avons vu ce spectacle mardi dernier. Mercredi, je suis allée faire mon évaluation à l’école. C’était un peu effrayant. Et j’ai eu du mal à écrire les kanjis de mémoire (je sais les reconnaître et les lire, mais les écrire, c’est plus dur). Donc je n’ai pas fini très haut dans mes évaluations écrites… Mais en arrivant dans l’entrevue après, les deux dames m’ont dit que j’étais plus avancée… J’ai donc passé une autre entrevue avec une dame plus avancée, mais elle m’a expliquée que j’étais un peu un cas car je comprenais bien à l’oral, je m’exprimais aussi, mais dans les cours avancés, ce sont presque uniquement des Chinois, qui ont l’avantage de partager les mêmes caractères (et qui peuvent donc les tracer de mémoire!)

J’ai donc stressée jusqu’au vendredi, car je craignais qu’on me mette dans un cours moins avancé et que je révise plutôt que j’apprenne…

Jeudi, nous avons rencontré la professeure de Léo qu’il verra tous les mardis après-midi. C’était très bien. Il aura aussi des cours le samedi avec une autre professeure. La petite Émi aura aussi des cours le samedi, juste après Léo. :) Ce même jeudi, en soirée, j’ai fait une intervention à Médium large pour parler du marché de poissons à Tokyo.

Le vendredi, j’ai donc eu le résultat des évaluations, ainsi que la cérémonie officielle d’accueil des étudiants. Je suis classée dans le groupe 6 (il y a 8 niveaux), et tous mes collègues sont des Chinois. Je vais donc devoir travailler!!! Excellent. :)

J'ai bien fait rire ceux qui comprenaient le japonais pendant la cérémonie. C'était très formel, il fallait se présenter devant la grande salle pleine des étudiants. Dans les débutants, il y a un Anglais de 36 ans qui a dit qu'il était donc un "grand-père" (car la majorité des étudiants a environ 20 ans). Alors quand mon tour est arrivé, j'ai parlé du fait que j'avais déjà vécu à Kyoto et que j'étais revenue avec mes enfants...ce qui voulait donc dire que j'avais 39 ans... Et que si l'étudiant de l'Angleterre était un grand-père, j'étais certainement la grand-mère! Ah ah ah! :) Mes cours auront lieu le matin, ce qui me convient mieux que l'après-midi (où je commence déjà à manquer de concentration!) ;)

08 octobre 2018

Shichi-go-san, Hello Kitty et Château de Himeji

Samedi dernier, nous avions pris rendez-vous pour le shichi-go-san de Léo et Émi. Littéralement, ça veut dire 7-5-3, une fête qui est souligné aux 3 ans, 5 ans et 7 ans des enfants pour leur souhaiter une longue vie en santé. On va prier au temple ou au sanctuaire le 15 novembre, et on prend des photos avec les habits traditionnels (kimono pour les fillettes et hakama pour les garçons).

Vous vous souvenez peut-être que lors de notre visite au Japon en 2016, Léo avait fêté le sien pour ses 5 ans. Le chanceux, il revient alors qu’il a 7 ans! Et Émi… Eh bien, Émi avait encore 3 ans le samedi le 6 octobre… Mais elle passait à 4 ans le 7 octobre! Ah ah ah! Elle était donc très juste! Léo a dit qu’on allait devoir revenir au Japon lorsqu’elle aura 5 ans… Ouf. Je ne pense pas, coco, je ne pense pas. Profites-en bien maintenant! :)

La séance s’est bien passée, mais que les enfants étaient excités!!! Nous ne les avons jamais vu ainsi. Le décalage horaire est terminé (même si on se lève encore trop tôt le matin), mais je crois que le problème fut le typhon qui passait au large de la mer du Japon. À Kyoto, il faisait grand soleil, très humide et trop chaud, mais la pression dans l’air devait être différente car on aurait dit que la plus grosse tempête de neige allait passer!!! Sinon, je ne sais pas ce qu'ils avaient mangé, mais c'était quelque chose!

Nous venons de revenir d'une journée où nous nous sommes rendus au Château de Himeji dans le shinkansen de Hello Kitty! Ce train rapide est en marche depuis le début octobre jusqu’au mois de mars 2019… Émi me le demandait souvent alors c’était le moment où jamais! C’est vraiment un beau shinkansen, avec plein de Kitty. Si vous aimez le petit chat, c’est le paradis. :)

Le Château de Himeji étant tout de même à 150 kilomètres de Kyoto, en faire une partie en shinkansen nous a permis de sauver 45 minutes. Émi a marché de l’entrée jusque dans les hauteurs de la tour: il y en avait des marches dans ces six étages pour ses petites pattes de 4 ans! Nous avions retiré nos chaussures et elle a voulu enlever ses bas aussi. C’est vrai que le plancher de bois du château est beaucoup plus agréable nu-pieds!

On est fatigués de ces aventures, mais les choses se calmeront bientôt car je commencerai mes cours (mercredi, c'est le test de placement, et lundi prochain le véritable début).

05 octobre 2018

Le flou du décalage

Le vol de 13 heures entre Montréal et Tokyo s’est bien déroulé. Très bien en fait. J’ai appris dans l’avion le résultat des élections, une dame m’en a parlé en passant dans l’allée… Je ne sais pas comment elle le savait (le pilote, les agents de bord?), mais ça m’a fait ouvrir des grands yeux au-dessus de l’Océan arctique! Si Léo et Émi ont fait une petite sieste, quand ils se sont réveillés, ils étaient grognons et surtout tout déboussolés. Rendus à l’hôtel, on s’est tous endormis comme des loirs.

Le lendemain, nous avons quitté la capitale vers Kyoto. Nous avions un train d’une heure à prendre entre l’aéroport et Tokyo. Puis le shinkansen (train rapide) qui permet de rejoindre Kyoto en deux heures vingt minutes au lieu de 7 heures d’auto… On est arrivés au début de l’après-midi. On a rangé nos valises dans un casier (les grosses valises, on les avait déjà expédiés la veille à partir de l’aéroport), puis on est allés faire des commissions.

C’est bizarre de revenir dans une ville et d’avoir le sentiment que c’est « normal ». C’est difficile à expliquer, mais à Kyoto, il y a ce feeling d’être dans un lieu connu et apprivoisé, d’être enfin arrivés, d’être, à quelque part, dans un de nos « chez nous ». On a trouvé notre petite maison. C’est le meilleur logis qu’on a eu dans les quatre séjours que nous avons faits. Mais c’est dépouillé, trop dépouillé pour être bien pendant trois mois. Nous avons donc multiplié les déplacements pour le garnir car il n’y avait que le strict minimum. On s’en contente quand on loue trois jours, comme la plupart des gens le font, mais pas pour trois mois! On a aussi réorganisé l’emplacement des lieux (davantage configuré pour un couple qu’une famille avec des enfants). Maintenant, c’est vraiment bien, il y a de la place et on respire!

Toutefois, on dort moyen, encore pris dans le décalage horaire. Les matins débutent très tôt. Nous étions tous debout à quatre heures aujourd’hui. Je vous jure que ça dort fort dans la chambre en ce moment! Nous, on combat la fatigue pour se coucher un peu plus tard (genre 21h!). Il fait encore chaud le jour, l’automne n’est pas encore commencé ici (il fait 26 degrés, parfois 22 degrés le jour…) Comme une belle fin d’août!

Je commence les cours mercredi, j’aurai le temps d’être à l’heure du Japon et d’être plus reposée. Les enfants font bien ça, ils sont super contents, parlent beaucoup, posent des questions et disent des « arigatô » souvent. Nous sommes entre l’entre-deux-pays…