16 avril 2016

Les fleurs n'empêchent pas les larmes

Le 10 avril, j'ai vécu mon premier séisme au Japon . Il était 1h22, je me suis réveillée juste avant. J'ai tout de suite su que c'était un petit tremblement de terre et non pas un train qui passait. Je viens de Charlevoix après tout, zone sismique la plus active de l’est du Canada , et lorsque j’y habitais, j’en vivais régulièrement . Notre petite maison traditionnelle tremblait de partout. J'ai réveillé Philippe, mais déjà, le tremblement de terre s’achevait. Qu'à cela ne tienne, 20 minutes plus tard, il y en avait un deuxième moins fort que le premier. Ah que c'est effrayant pareil!

Le 14 avril, à 21h26, un tremblement de terre majeur a fait trembler la région de Kumamoto, sur l'île de Kyushu, au sud du Japon. Il a été suivi de plusieurs autres, comme vous le verrez sur ce site japonais qui recense la météo et les séismes. J'ai sélectionné pour vous les tremblements qui dépassent le "shindo" (le ressenti à la surface) de plus de 6 (très fort). Vous verrez facilement que depuis le 14, plusieurs autres tremblements de terre majeurs ont eu lieu à Kyushu. Pour ceux qui aimeraient faire un don pour les réfugiés de ce tremblement de terre, consultez cette page du Consulat général du Japon.

Il est normal qu’après un gros séisme, la terre continue de vibrer et de s’ajuster. C’est comme quand on se tourne dans son lit: on bouge encore après pour ajuster nos draps, notre pyjama, se gratter le nez, etc. Après le tremblement dramatique du 11 mars 2011, la terre a pris beaucoup de temps avant de s’ajuster, comme on peut bien le voir avec ce montage effrayant :



Ici, à Kyoto, au coeur de l'île principale, nous n'avons rien ressenti. Quand je me suis levée, le 15 au matin (donc le 14 au soir pour vous), aucun site québécois ne parlait des tremblements de terre à Kyushu et des 49 morts, des mille blessés et des 37 000 déplacés. J'ai trouvé un article sur Radio-Canada, mais c'était parce que je cherchais! Je n'avais donc pas reçu de courriels d'inquiétudes de mes amis et familles! Sauf de mon père qui écoute TV5! Mais les tremblements de terre se succédant, 24 heures plus tard, le Québec était mis au courant de la situation. J'ai une amie à Fukuoka (ville principale de Kyushu) qui va bien aussi et qui me disait que ça bouge beaucoup depuis le 14, c'est très inquiétant.

En discutant avec mes amis suite à cet événement, j’ai réalisé que ce que les Japonais redoutent le plus est le séisme appréhendé du Tokai, le « Big One ». L’Agence météorologique japonaise s’attend à ce que ce tremblement de terre estimé à une magnitude 8 frappe d’ici 2040, autour de la capitale Tokyo. C’est la réalité d’une vie sur un pays au confluent de quatre plaques tectoniques. Pour éviter les catastrophes, les normes de construction sont très sévères, les exercices d’évacuation sont réguliers et tous les cellulaires sont équipés d’une alerte capable de détecter les ondes P pour donner quelques secondes d’avertissement avant l’arrivée imminente des ondes S, les plus destructrices. Toute cette préparation explique pourquoi on dénombre tout de même peu de victimes pour cette suite de tremblements de terre, surtout si l’on compare avec le séisme de force similaire ayant touché l’Équateur aujourd’hui.

Produits KumamonCette situation m'a fait réaliser que je connaissais mal ma géographie japonaise. En apprenant la langue japonaise, j’ai bien sûr glané quelques éléments de géographie et d'histoire. Mais je n’avais appris l’existence de Kumamoto-ken que depuis quelques jours, ayant une fascination pour la mascotte de cette préfecture, Kumamon, présente sur toutes sortes de produits. Si en 2006, je croisais des Hello Kitty partout; qu’en 2010, c’était la folie pour Stitch à toutes les sauces, cette année, Kumamon me suivait jusqu’à l’épicerie puisque cette région est reconnue pour ses produits agricoles. Mes fraises étaient étiquetées d’un petit ours Kumamon!

Livre régions japonaisesIl est temps de m’instruire. Je suis donc allée à la librairie avec Léo en expliquant que je cherchais un livre pour enfants expliquant les préfectures japonaises. J'en ai trouvé un pour les 6 ans et plus, c'est-à-dire parfait pour moi puisque je suis capable de le lire et les explications ne sont pas trop complexes! Je vais étudier cela avec plaisir.

13 avril 2016

La foule se masse autour des derniers cerisiers

BiwakoOn commence à porter des manteaux plus légers et des manches courtes. On a eu de beaux 24 degrés cette semaine. Émi a eu deux jours de congé de sorties, ayant manqué plusieurs siestes d'après-midi et étant très fatiguée. Deux grosses dents sont sorties depuis notre arrivée au Japon, alors ça fait beaucoup pour une petite fille d'un an et demie! Je suis donc allée seule avec Léo à Ôtsu pour cueillir des fraises et écouter un concert de musique pour enfants. Le lac Biwa, le plus grand lac du Japon, était d’un bleu à couper le souffle cette journée-là. Le vent lui donnait des airs de petite mer…

Ninna-jiNous avons visité deux temples, dont le superbe Ninna-ji avec ses cerisiers tardifs. C’est un temple que Philippe et moi avions visité juste avant notre départ, en décembre 2006. Je me souviens qu’il n’y avait personne, on était en plein début d’hiver, et la pagode de cinq étages, équivalente à celle du Tôji, un des symboles de Kyoto, était très jolie sous la lumière blanche du soleil hivernal. J’étais retournée au Ninna-ji en 2010, avec une amie japonaise, pour admirer le jardin en pleine floraison. Comme c’est l’un des rares endroits où on a réuni autant de cerisiers tardifs, la foule qui a manqué la floraison des premiers se réunit ici pour marcher sur les trottoirs de bois. Avec les enfants, nous sommes donc arrivés très tôt…mais c’était plein pareil! La pagode a beaucoup impressionné Léo, puis nous sommes retournés à la maison par notre petit tramway, le Randen.



Fraises dans la machiyaCe matin, il pleut, alors on passe la journée à la maison et on donne les bains. On reçoit des amis à manger aussi! C’est une chose fascinante de penser que nous pouvons recevoir à la maison. En quatre semaines, nous aurons invité au moins quatre fois des personnes à manger avec nous, dans notre petit salon sur tatami. Et je ne compte pas le nombre de fois où on nous a invités au restaurant et chez des amis! Ce voyage est rempli de rencontres. Comme Léo commence à connaître les gens que nous voyons et revoyons, il s'amuse encore plus. Il dit de plus en plus de mots en japonais et il me demande souvent comme on dit telle ou telle chose.

11 avril 2016

La neige de pétales roses tombe sur Kyoto

Coiffeur japonaisSaviez-vous que chez le coiffeur pour enfants, les petits sont installés dans une petite voiture avec un volant? Ils sont très attentifs à ce qui se passe devant eux puisque, juste en bas du miroir, une télévision leur offre leurs émissions préférées. Et on leur offre un jus pour les féliciter pendant le séchage des cheveux. Léo a donc beaucoup apprécié son expérience. Philippe, quant à lui, a visité un autre coiffeur, le même qu'il y a dix ans (puisque nous sommes dans le même quartier). Ils ont retrouvé sa carte de client et le service fut, encore une fois, à la hauteur! Shampoing, massage de tête, coupe, shampoing encore pour enlever les petits cheveux, puis séchage et coiffure. Il est revenu de là relax! :)

Léo et maikoOn a commencé à visiter les temples avec les enfants. Notre priorité n’est pas de les emmener partout, mais dans les plus significatifs pour nous. On va seulement dans nos préférés, qui ne sont pas toujours les plus connus de Kyoto. Avec une exception pour le très couru Tenryu-ji pour voir le dragon céleste sur le plafond, la forêt de bambous, l'étang et son jardin. Il y a dix ans, lorsque mes beaux-parents étaient de passage à Kyoto pendant la saison des cerisiers, ils avaient visité ce temple alors que des maikos offraient le thé matcha et une pâtisserie. La même activité se tenait le jour de notre visite et les enfants ont littéralement séduits les maikos (apprenties geishas). Léo, avec sa casquette où il est écrit « samourai » a ému le coeur d'une de ses jolies demoiselles. :)

Nous avons également visité le Rokuô-in, le temple le plus près de notre petite maison. Il n'y avait personne, sauf deux Japonais avec qui nous avons discuté. Nous nous sommes reposés en admirant le jardin. Puis nous avons marché dans la neige de pétales de cerisiers qui tombait sur nous. C'était magique.

Tenryu-ji avec ÉmiAvec Éri, une amie rencontrée il y a six ans, nous sommes allés à notre temple préféré, le Daikaku-ji. J'aime ce temple car on y trouve plusieurs pavillons, de fascinants bouquets d'ikebana (arrangement floral), un petit temple rouge magnifique, des planchers qui font cui-cui, et un étang entouré de cerisiers. Encore une fois, ce fut un beau moment, même si Léo s'est perdu quelques minutes (en courant devant nous). Il est revenu en pleurant, pauvre petit chou.

Avec Léo, Makiko et Kano, je suis allée faire une visite de l'Aquarium de Kyoto. C’est le genre d’activités que je ne faisais pas lors de mes passages précédents. Les enfants ajoutent toute une dimension à ce voyage. Alors qu’auparavant, les Japonais qui nous abordaient cherchaient à nous parler en anglais, avec les enfants, ils leur parlent en japonais, nous demandent leurs noms, etc. Ça donne de belles rencontres dans les trains et les temples, des discussions spontanées en japonais sur nos liens avec le Japon!

Sakura et ombrelleJuste avant mon départ du Québec, mon éditrice chez Québec Amérique m’a contactée pour me dire que la sortie de mon prochain roman, d’inspiration japonaise, pourrait être publié cet automne, si on a le temps de travailler ensemble là-dessus. L’échéancier est plus serré, mais j’ai apporté ma dernière version au Japon et toutes les siestes et les soirs, je travaille là-dessus. J’ai terminé juste à temps pour amorcer la dernière révision. Et si La Pomme de Justine avait été débuté au Japon lors de mon dernier voyage, c’est agréable de savoir que mon prochain roman va avoir été terminé au Japon! Un pays inspirant vous dites? ;)

Sakura au Daikaku-jiAujourd'hui, nous sommes allés passer la journée à Nara, où les chevreuils (bêtes sacrés de Bouddha) sont en liberté dans le grand parc près des temples bouddhistes. Nous avons marché jusqu'au sanctuaire shinto Kasuga-taisha, qui vient d'être démoli pour être reconstruit, comme à tous les 20 ans: il en est à sa 60e reconstruction! Imaginez l'âge du temple (1300 ans)! Pour cette visite, nous avons rejoint l'auteur du blogue Taking Leave qui raconte les aventures d'un père américain vivant au Japon, qui a pris un an de congé parental pour être avec sa première fille. Avouons qu'il est dans mon sujet de thèse! Il m'a offert son livre et nous avons passé la journée en compagnie de sa femme et ses deux filles. La plus jeune s'appelle « Emily », mais tous l'appelle « Émi » alors elle aimait beaucoup notre bébé!

Les chevreuils n'ont pas fait le bonheur de notre Émi qui criait quand ces bêtes trop grandes s'approchaient de la poussette pour vérifier si des morceaux de nourriture traînaient (non mais! Allez ailleurs!) Léo non plus n'a pas beaucoup aimé les chevreuils, surtout quand ils se sont élancés vers sa crème glacée alors qu'il ne regardait pas! OHHHH!

05 avril 2016

Le paradis ressemble à la pleine floraison

Admiration des cerisiersLe temps passe vite. Déjà dix jours que nous sommes au Japon!

Aujourd’hui, la journée était superbe. Le soleil nous a donné au moins 20 degrés. Les cerisiers sont au maximum de leur floraison, ça veut dire que demain les pétales se mettront à tomber. Ce fut donc tout à fait approprié de rejoindre une ancienne dame qui étudiait le français avec moi pour qu'on fasse une sortie en bateau sur le canal du Biwako. Elle était accompagnée de ses deux filles (de notre âge) et de son petit-fils Joi. Le bateau sous les cerisiers en fleurs, c'était indescriptible. J'espère que le paradis ressemble un peu à cela. En voici un aperçu:




Zoo de KyotoNous sommes aussi allés au zoo, fantastiquement aménagé, avec des jeux pour les enfants, de la place pour se promener en poussette, un prix vraiment compétitif et des grues, des pandas roux, des éléphants, girafes, zèbres, tapirs, etc. Léo a apprivoisé le petit Joi (2 ans) et bientôt, ils couraient ensemble un peu partout. Le petit garçon est même venu donner un bisou à Émi à la fin!

Comme vous vous en doutez, nous profitons bien du temps doux et des cerisiers. Samedi, nous sommes retournés sur le pont Tôgetsu-kyô pour enregistrer la deuxième partie du vidéo de notre composition Watashi wa hitori. Nous avions tourné la première partie au Québec, juste avant le départ. Je parle de neige dans la chanson, je vous laisse deviner comment j’utiliserai les images québécoises! Il ne fut pas facile de tourner au milieu des touristes. La chanson dure à peine deux minutes et nous avons tourné qu’une fois (et demie), et pourtant, c’était trop long pour plusieurs personnes qui n’hésitaient pas à venir derrière moi ou tout près... Je vais devoir jouer avec d’autres images lorsque je ferai le montage.

CerisierIl n’y a pas eu de sieste en après-midi: nous avions rendez-vous à l'est de la ville où il y a le Kyoto International Community House. Nous le fréquentons depuis nos débuts japonais: c'est là qu'on avait trouvé notre appartement, des amis pour les échanges de langues, des participantes pour mes entrevues de maîtrise... Nous y avons une amie qui y travaille et qui nous avait invités à venir à une rencontre pour enfants étrangers vivants à Kyoto. Nous y avons rencontré beaucoup de gens dont des Congolais avec leur petit Angelo. C'était trop mignon de voir Léo parler français avec bonheur.

Normalement, c'est aussi là que Léo aurait pu suivre des cours de japonais. Nous avons rempli une demande pour un professeur, mais comme ce sont les vacances du printemps, plusieurs personnes sont absentes et il est peu probable qu'il puisse commencer des cours pendant notre trop court séjour. Il apprendra donc ce qu'il peut en jouant avec les enfants de nos amis!

Émi n'ayant pas dormi de l'après-midi, je suis partie avec Léo pendant qu'Émi revenait à la maison avec son papa. Nous sommes allés rencontrer une amie de longue date (celle sur la couverture de mon livre Le pari impossible des Japonaises) et nous avons mangé des sushis chez elle en compagnie d'une autre amie à qui j'ai enseigné le français il y a dix ans (et dont les enfants sont devenus pas mal grands!) :) Ce fut vraiment agréable.

Dimanche, ce fut une journée très étrange. J'avais invité à la maison d'anciens étudiants d'anglais. Les trois sont donc venus dans notre petite maison et on a bien ri. Ils ont diné avec nous, puis ils sont partis en après-midi, alors que je partais faire la sieste. Philippe est parti faire des commissions en vélo, dont il revint tout dépité. Il a perdu sa carte ICOCA. Qu’est-ce que c’est ça? Il faut d’abord savoir qu’au Japon, on paie les transports en commun à chaque usage, et souvent en fonction de la distance. Il n’y a pas de carte mensuelle qui couvre tous les trajets. Les seules exceptions sont à l’intention des touristes: une carte de bus pour la journée, une autre pour trois jours, ou un Japan Rail Pass acheté de l’étranger pour une semaine par exemple. Pour tous les autres, il faut payer à chaque trajet. Plus c’est loin, plus c’est cher. Heureusement, Léo et Émi ne nous coûtent rien!

Pour faciliter les paiements et ne pas avoir à attendre aux guichets pour acheter le ticket à chaque fois, nous utiliser une carte à puce où on peut mettre de l’argent pour faire tous les déplacements plus facilement dans la ville. La carte est débitée selon le montant à payer basé sur la distance parcourue. Avec la foule qu'il y a à Kyoto en ce moment, ça nous évite beaucoup d'attente. On avait achetées les deux cartes ICOCA en 2010, alors on les a ramenées en 2016. Et sur celle de Philippe, on venait de mettre 3000 yens (environ 35 dollars). Perdu.

Bon. On est au Japon. Il paraît que l'on retrouve ce que l'on perd.

Koryu-jiLe lendemain (lundi), Philippe retourne au magasin où il l'a peut-être perdue (ou dans l'autobus... Ou dans l'autre magasin, on ne sait pas trop). On lui donne un papier avec un numéro et on lui dit d'aller au poste de police principal.

Après la sieste des enfants, on s'y rend en train. Léo est très excité de visiter un poste de police avec toutes les voitures et les motos. Et les policiers (à qui il dit "Konnichiwa" sans en manquer un).

Et on retrouve la carte. Eh ben. Fantastique.

On est allés au temple après (Koryû-ji). Fallait bien remercier les dieux! :)

01 avril 2016

La pluie n'interrompt pas la floraison

ArashiyamaArashiyama signifie « la montagne de la tempête ». Situé à l’ouest de Kyoto, le mont Atago-san fait face au mont de l’est, le Hiei-zan. En plus d’une année à fréquenter cette montagne, je n’ai jamais expérimenté de tempête justifiant ce terme. Au contraire, pendant la saison des cerisiers ou lorsque les érables changent de couleur, le paysage d’Arashiyama est tellement beau qu’on aurait pu nommer le quartier « la montagne de la beauté ». Je ne suis pas la seule à le penser, comme on peut le voir sur cette vidéo.



Le décalage horaire n'en finit plus. Malgré des journées très chargées où Léo me surprend car il marche autant que nous sans se dire fatigué, les enfants se lèvent encore vers 3h30-4h du matin. Quand ils dorment l'après-midi, il faut les réveiller car ils seraient partis pour tout le reste de la journée!

Glace au matchaPeu importe la beauté des cerisiers en fleurs, c'est véritablement la chaleur humaine de l'accueil de nos amis et la joie de les revoir qui font que ce voyage se charge, petit à petit, de moments inoubliables. Mardi le 29, nous avons passé la journée à marcher pour faire des commissions afin d'être prêts pour le lendemain: on se recevait à diner trois amies et une petite fille de 4 ans. Le lendemain, on s'est donc fait un gros riz au cari (カレライース), un mets très populaire au Japon, dans notre cocotte à riz toute neuve. Les enfants ont vite joué ensemble, avec le train que Léo avait reçu en cadeau la veille: un train rapide électrique Plarail, reproduction du Kagayaki, un shinkansen mis en service l’année dernière au Japon.

Jeudi, la journée était superbe, alors nous sommes allés marcher au bord de la rivière qui traverse notre quartier d'Arashiyama. On a grimpé sur la montagne des singes, avec Émi dans le sac à dos, pour voir les macaques japonais. Comme vous pourrez le voir dans le vidéo, Léo n’a pas cessé de saluer tous les singes en leur disant : « Konnichiwa ». C’est trop mignon!



En revenant de la montagne, vers 11h, la quantité de touristes était telle qu’il était difficile de marcher sur les trottoirs. On a mangé du yakisoba que même Émi a dégusté! :) En soirée, nous avons rencontré l'ancienne patronne de Philippe qui nous avait invités à manger dans un restaurant japonais avec une ancienne collègue qui a une petite fille de deux ans, Koyuki. La petite a vite été séduite par Léo qu’elle le suivait partout. Quand j'ai félicité Léo de s’être bien amusé avec elle, il m'a répondu: « Oui, je suis bon avec les bébés, je les aime. »

Nakamura TokichiAujourd'hui, première journée de pluie (et donc d'interruption du lavage puisque nous faisons tout sécher dehors). Nous sommes partis à la Gare de Kyoto faire les boutiques. Émi a dormi dans la poussette (ce qui est rare!) pendant que nous mangions des nouilles dans un restaurant de thé que j'adore, le Nakamura Tokichi. Puis nous sommes revenus pour coucher tout ce petit monde parce que nous sommes bien évidemment épuisés!

29 mars 2016

L'aventure qui bourgeonne

Voyager au Japon avec les enfantsOn ne peut pas dire que nous avons choisi la facilité en décidant de faire un voyage vers le Japon avec deux enfants: un grand de 5 ans, une petite d'un an et demi... Quel trajet épuisant! L'heure de départ n'a pas aidé, car nous avons dû réveiller les enfants à 1h du matin. Jusqu'à mon arrivée au Japon, 25 heures plus tard, je n'ai pas dormi. Et deux jours plus tard, je n'ai pas tellement bien dormi encore. En ce moment, j'écris ce mot avec la petite près de moi qui subit le décalage horaire et s'est réveillée à 3h du matin.

Le vol Toronto-Tokyo est long: 13 heures dans les airs. Émi a dormi un peu et pleuré souvent. Elle était fatiguée et elle ne comprenait pas ce qui se passait. Léo a peu dormi, mais il a écouté plusieurs émissions proposées par le vol. Quant à nous, avec les soins au bébé, on n'a rien pu voir des films proposés ni dormir. On est donc sortis de là en petits morceaux (et on essaie de les recoudre depuis!) ;)

TraverserÀ l'arrivée, on a posté nos grosses valises vers Kyoto grâce au service de livraison offert par une compagnie japonaise. On n'avait plus les valises enregistrées dans les pattes. Puis on a acheté une carte SIM pour pouvoir accéder à Internet sur notre cellulaire. Notre hôtel pour une nuit n'est pas fantastique (des rénovations ne feraient pas de tort au tapis et aux murs), mais au moins les lits étaient propres. Et Léo était tellement impressionné d'être dans un hôtel pour la première fois!

Le lendemain, voyage agréable en shinkansen vers notre ville préférée: 2h15 de trajet à 300 km/h. Quand nous sommes arrivés à Kyoto, nos amis nous attendaient en voiture pour nous amener chez eux. Avoir des gens qui nous accueillent, ça change tout d'un voyage. On se demande moins ce qu'on fait là! C'est à l'image de ce que je souhaite de ce voyage: des rencontres, de la chaleur humaine, des liens entre notre famille et celles rencontrées il y a 10 ou 6 ans.

Nous avons louée une maison dans le même quartier où nous avons vécu il y a dix ans: Arashiyama, à l'ouest de Kyoto. Nous connaissons les trajets de trains, tramnways, autobus qui y mènent, les supermarchés et la quincaillerie à proximité, les plus beaux temples, les petites rues. La petite maison sur deux étages que nous avons louée est mignonne et propre. Pour la visiter, c'est ici:



Cerisiers débutant à ArashiyamaOn sort marcher souvent. Les cerisiers d'Arashiyama, un quartier très populaire auprès des Japonais et des touristes en cette saison-ci, ne sont pas encore en pleine floraison. Nous pourrons donc voir l'évolution au cours des prochains jours. Les touristes sont déjà très nombreux, les autobus arrivent et des centaines de marcheurs se mettent en route sous les cerisiers. Alors on fait nos marches très tôt le matin!

10 mars 2016

Ils ont planté des cerisiers - Tragédie du Tohoku, Japon

TohokuIl y a cinq ans, un tremblement de terre soulevait la mer et une vague gigantesque déferlait sur la côte nord-est du Japon, dans la région du Tohoku. J’étais alors à l’hôpital, car je venais d’accoucher de mon premier bébé. Neuf mois auparavant, j’étais en visite dans la région dévastée. Ce fut donc avec beaucoup d’émotion que j’ai appris cette tragédie qui touchait un pays si important pour moi.

Les années passent et les travaux de reconstruction sont en marche au Japon. On a reconstruit les écoles, on a remis les trains en marche, on a repensé l’urbanisation des quartiers en bord de mer. De beaux projets ont été mis en place et j’aurais pu vous parler de tant d’exemples. Mais c’est celle que relate le dernier Highlighting Japan qui m’a le plus touchée.

Ils ont planté des cerisiers.

Edo Higan SakuraDans des écoles et les garderies de la région dévastée, on a planté des cerisiers de type Edo Higan Sakura, capable de fleurir pendant 1000 ans. Un tremblement de terre et un tsunami d’une telle ampleur arrivent normalement à chaque millénaire dans cette région. Pour symboliser l’espoir à ceux qui vivront après, on a donc choisi un arbre qui peut vivre aussi longtemps que ces funestes statistiques.

L’idée vient de Takashi Murakami, le directeur d’une organisation locale, qui a remarqué qu’un cerisier solitaire avait résisté à la vague dévastatrice, et qu’il avait fleuri cette année-là, au milieu des ruines. Malgré le deuil, malgré les drames, la vie continue et elle émerveille ceux qui savent la voir.

C’est une chose qui m’avait frappée lorsque j’ai habité au Japon: la sensibilité des Japonais envers les fleurs et les arbres. Il n’est pas rare de voir un homme d’affaires pressé, en complet-cravate, s’arrêter brusquement pour prendre en photo une fleur sur son cellulaire. Voit-on le même enthousiasme à la floraison des tulipes ici?

Tout en haut de la liste des arbres aimés, il y a trois chanceux: le pin, le bambou et le plus connu de tous, le cerisier, adoré parmi les adorés. Le sakura, comme on l’appelle en japonais, existe en plusieurs variétés, toutes aussi belles les unes que les autres. On en plante partout. Il fleurit au début avril, en même temps que la rentrée scolaire, c’est le renouveau, le retour de la vie. Il est aussi le symbole de la beauté éphémère: les fleurs ne durent qu’une semaine et elles s’envolent en un ou deux jours. Il faut savourer le moment lorsqu’il est là, impossible de reporter l’émerveillement au lendemain. On fait de grands pique-niques sous les arbres fleuris : les fameux o-hanami.

Et là, parmi la dévastation et les chantiers de construction, on plante des cerisiers dans les écoles et les garderies pour signifier à nos plus petits: « Regarde la beauté. Regarde la vie. Elle durera bien au-delà des catastrophes. »

Ne négligeons jamais le pouvoir d’une fleur.

07 mars 2016

Mon enfant n’a pas été accepté à la garderie! Crève, Japon!

Lorsque j'ai étudié la conciliation travail-famille au Japon, j’ai intitulé mon livre Le pari impossible des Japonaises, parce que je considère que si le désir d’enfant est toujours présent au Japon, il est souvent bloqué par les circonstances, particulièrement par le marché du travail très exigeant. Eh bien! L’actualité japonaise s’intéresse beaucoup à ce blogue publié par une mère anonyme qui a posté un texte intitulé Hoikuen ochita Nihon shine!!! (Mon enfant n’a pas été accepté à la garderie! Meurs, Japon!). Ce cri du coeur a résonné chez plusieurs autres parents qui déplorent l’absence d'actions du gouvernement face à l’impossible conciliation travail-famille au Japon. Cela fait suite à un scandale créé par le premier député japonais à avoir demandé son congé de paternité, Kensuke Miyazaki, qui a dû avouer avoir trompé sa femme à plusieurs reprises, y compris quelques jours avant la naissance de son fils. La nouvelle, et ses excuses très émotives, ont fait le tour du monde.

Voilà le texte de cette mère en colère (que j'ai traduit librement en français).Attention, ce n'est pas toujours poli!

Mon enfant n’a pas été accepté à la garderie! Crève, Japon!

Quel est ton problème, Japon? N’es-tu pas une société où 100 millions de personnes peuvent être actifs sur le marché du travail?

Hier l’entrée de mon enfant à la garderie a été refusée. Que suis-je supposé faire maintenant? Je ne peux pas me remettre à travailler, n’est-ce pas? J’ai donné naissance, et je me disais que mon rôle était maintenant d’élever mon enfant, puis de retourner dans la société pour travailler et payer mes impôts. De quoi peux-tu être insatisfait alors, Japon?

Pourquoi fais-tu autant de chichis avec la dénatalité, alors? Si tu disais… « Vous pouvez avoir des enfants, mais ce sera impossible de leur trouver une place en garderie après »… Personne n’aurait d’enfant. C’est correct d’avoir une maîtresse ou de recevoir des pots-de-vin, mais pas d’augmenter le nombre de garderies, c’est ça?

Tu dépenses 10 000 millions de yens pour les Olympiques. Je me fous complètement des emblèmes, mets en place des garderies. Si tu as de l’argent pour payer des architectes célèbres, alors crée des garderies.

Qu’est-ce que je suis supposée faire maintenant? Cela signifie que je dois donner ma démission.

Arrête de tourner autour du pot, Japon.

Si tu ne peux augmenter le nombre de garderies, alors augmente le montant d’allocation pour enfants de 200 000 yens. Tu dis que tu ne peux pas augmenter le nombre de garderies et ne peux donner qu’un petit montant d’allocation pour enfant, mais tu veux toujours déjouer la dénatalité. C’est de la bullshit!

Si ce pays ne peut permettre aux femmes d’avoir des enfants, qu’est-ce qu’il va devenir? Il y a plein de gens qui auraient des enfants s’ils avaient l’argent, alors donne-leur l’argent ou les moyens pour élever leur enfant. Si tu mets fin aux petits jeux d’adultère et de corruption des députés de ton gouvernement, tu pourrais avoir les moyens.

Sérieusement, reprends-toi en main, Japon.

03 mars 2016

Lancement Passion Islande

Passion IslandeIl y a quatre ans depuis ma dernière publication. Je ne sais pas trop si c'était long puisque je n'ai pas cessé d'écrire pendant ces années. Il reste toutefois que de toucher le produit final et de réaliser qu'il est maintenant réel, lancé dans le monde, public, est toujours un grand moment. J'ai donc reçu la boite contenant mes exemplaires avec le grand sourire, surprenant le livreur qui me l'a fait remarquer... On ne reçoit pas un livre que l'on a écrit tous les jours! Il y a de quoi fêter!

Il est donc tout beau, tout neuf. Il est déjà disponible en librairie, depuis le jour bissextile, mais le lancement officiel a lieu ce soir, chez Sebz (67, boul. René-Lévesque, Québec), de 17h à 19h. Vous êtes les bienvenus. J'y serai là avec toute la famille, de la musique islandaise et le sourire, c'est certain.

15 février 2016

« L’attachant » Claude Jutra

Je suis scandalisée.

On apprend, par le biais d’une biographie d’Yves Lever, que le cinéaste maintes fois honoré Claude Jutra, était attiré par les garçons, c’est-à-dire par les jeunes de 14-15 ans « et deux fois au moins, plus jeunes », dira l’auteur de l’ouvrage en entrevue. Ce qui m’étonne, c’est qu’on minimise cette attitude en faisant référence à « cet autre temps », ce moment flou, cette époque d’il y a si longtemps où tout était permis... Or les victimes sont toujours vivantes: on ne parle pas de la Grèce antique où la pratique était courante! Les lois contre les abuseurs existaient déjà.

« Personne n’a pensé à faire une plainte à ce moment-là… Avec cette personnalité-là… Puis il était tellement attachant », renchérit l’auteur. On dénonce peu encore aujourd’hui. Seulement 10 % des victimes s’y oseront. Et quand on dénonce, on le paie très cher. Dans quel état sont présentement les témoins au procès Ghomeshi, vous pensez?

Je suis scandalisée qu’on minimise ces allégations, qu'on tente de les excuser. Évidemment, il faut vérifier si elles sont vraies. Mais s'il s'avère, comme le prétend l'auteur, que "tout le monde le savait", va-t-on hésiter longtemps à retirer les honneurs à Claude Jutra? Un trophée à son nom. Des parcs, des rues, des prix. On l'excuse, on minimise parce que le cinéaste avait des qualités? Ben voyons donc! Guy Cloutier aussi avait des qualités! Il a fait un bon père, il a lancé des carrières... Tout en détruisant l’enfance de deux personnes. Quant à Guy Turcotte, il était un bon chirurgien qui a sauvé plusieurs personnes... Mais il a tué ses deux enfants.

Je reconnais sans peine qu’on doit continuer de reconnaître l’excellent travail du cinéaste. Faire voir ces films, les montrer en exemple dans les cours de cinéma. Ses œuvres ont une vie à part.

Mais un hommage est dédié à la personne. Sans exiger que celle-ci soit un saint ou une sainte, on s’attend tout de même à ce qu’elle soit « honorable ». Commettre des actes sexuels avec un enfant n’est pas honorable. C’est criminel. Et comme nous n’aurons pas une rue Guy-Turcotte, pourquoi aurions-nous à rendre hommage à un criminel?

Il y a souvent deux poids deux mesures quand on parle de personnes reconnues. Un exemple? J’ai vécu les « Alertes Marcel ». À l’époque, je travaillais dans un organisme où on faisait affaire à l’occasion avec le monsieur. Une dame m’avait bien avertie de ne jamais être seule dans une pièce avec lui, parce qu’elle avait subi des gestes répréhensibles de sa part. Je l’ai cru. Rien n’est arrivé.

Pendant les années qui ont suivies, combien de fois ai-je entendu le nom de Marcel Aubut encensé par les médias? Combien de fois a-t-on vanté ses qualités? Ses mérites de bon gestionnaire et de visionnaire? À chaque fois, l’hommage me donnait un petit haut-le-cœur. Je pensais à toutes ces femmes qui ne pouvaient rien dire, ne voulaient rien dire, car le monsieur était si digne et admiré...

Je pense à ces enfants qui ont eu à subir les actes de ce « grand homme ». Comment ont-ils vécu les multiples hommages, le retour à ces souvenirs à chaque cérémonie des Jutra? Ne serait-ce pas leur manifester du respect que de cesser de fermer les yeux sur la réelle personne qu’a été Claude Jutra?

Comme on le fait toujours quand il s’agit de personnes reconnues, le message qu’on envoie aux victimes reste le même. En gros, on leur fait comprendre qu’elles devraient se sentir honorées d’avoir été abusées par un si « grand » monsieur.

J’ai comme… un gros haut-le-cœur.