Je ne fais pas de résolutions en début d’année, même si c’est bon pour la santé mentale, comme l’expliquait bien la psychologue Rachida Azdouz dernièrement. Il faut croire que j’avais tout faux car je viens de trouver un vieux papier datant de janvier 2020 (le temps d’avant) où j’énumère mes « rêves » pour 2020. Et, évidemment, ces petites lignes sont restées pour la plupart, à l’état de rêves. Ce qui est correct car les rêves sont souvent des embryons de projets, des possibilités, des idées. Ils ne peuvent tous se réaliser car il y a aussi ce que nous n’avions pas vu venir et qui pourrait être tout aussi intéressant que l’un des rêves mentionnés… Je remarque d’ailleurs que cette feuille retrouvée est à moitié blanche. Ce qui est tout à fait juste: il fallait, surtout en 2020, se laisser du lousse.
Alors, si je devais faire une feuille pour 2021, je laisserais encore plus de blanc. Deux choses me tiennent à cœur: un nouveau livre en février, et un déménagement au Japon cet été, au plus tôt.
Parlant du livre, il s’appelle Révolution Papa et il sortira, si tout va bien, le 16 février. C’est dans un mois! Voilà un projet qui n’était pas sur la liste de l’an dernier, et que j’ai eu le goût d’écrire pendant le confinement. Et je m’y suis lancée à temps partiel, trouvant des petits bouts de temps pour parler des pères québécois. J’ai hâte de le voir et d’entendre les commentaires des lecteurs!
Et puis, pour le reste de la feuille blanche, je peux y dessiner tout plein d’envie et de rêves, répondre « oui » quand j’ai du temps. Comme j’ai pu le faire pour fouiller les sujets de Code Québec, qui a commencé à être diffusé à Télé-Québec, les vendredis à 19h30. J’ai aussi recommencé à être à visiter le plateau d’On va se le dire, ce qui est toujours un grand bonheur. Et je travaille comme recherchiste et sociologue en résidence à Ça prend un village pour préparer les émissions de cet été.
Autre chose que je n’avais pas prévu en 2020: le concours de dessin qui m’a donné l’occasion de recevoir de magnifiques illustrations des personnages de mes romans, comme celui-ci, qui a reçu le premier prix, dessiné par Katsumi. Ça me donne le goût d’écrire d’autres récits dans ce Japon nordique, c’est clair! J’ai plein d’idées, mais je doute de faire cela en 2021! Je vais laisser le temps à ces parcelles d’inspiration de prendre plus de place!
Voici le vidéo de l’annonce des résultats avec tous les participants!
Quoiqu’il en soit, je vous souhaite une belle année 2021, quelle soit douce en en santé…
15 janvier 2021
04 décembre 2020
Des illustrations magnifiques: c'est l'heure du vote!
Tout le mois de novembre, j'ai organisé un concours. Il fallait soumettre un
dessin illustrant une scène ou des personnages d'un de mes romans
Les Fleurs du Nord, L'Ombre du Shinobi ou L'Héritage du Kami. J'ai reçu 10 illustrations, dix dessins aussi fantastiques les uns que les
autres. C'est Noël déjà!
Il y a trois prix qui seront remis: un jury de trois personnes (moi-même, Stéphanie Durand de Québec Amérique et Amé des Librairies O-Taku) évaluera les oeuvres pour le 1er et 2e prix. Le 3e prix est un vote du public, du 1er au 10 décembre. Je sollicite donc votre participation!!! Admirez, choisissez et votez!
Les lauréats seront annoncés le 15 décembre 2020 sur ma page Facebook:
1er prix: 100 dollars en argent
2e prix: la série de romans Les Fleurs du Nord, L'Ombre du Shinobi et L'Héritage du Kami (d'une valeur de 60$, gracieuseté de Québec Amérique)
Prix du public: 50$ en certificat-cadeau des Librairie O-Taku.
Bonne chance à tous et toutes!
Il y a trois prix qui seront remis: un jury de trois personnes (moi-même, Stéphanie Durand de Québec Amérique et Amé des Librairies O-Taku) évaluera les oeuvres pour le 1er et 2e prix. Le 3e prix est un vote du public, du 1er au 10 décembre. Je sollicite donc votre participation!!! Admirez, choisissez et votez!
Les lauréats seront annoncés le 15 décembre 2020 sur ma page Facebook:
1er prix: 100 dollars en argent
2e prix: la série de romans Les Fleurs du Nord, L'Ombre du Shinobi et L'Héritage du Kami (d'une valeur de 60$, gracieuseté de Québec Amérique)
Prix du public: 50$ en certificat-cadeau des Librairie O-Taku.
Bonne chance à tous et toutes!
28 octobre 2020
Pourquoi continue-t-on le changement d’heure?
En mai 2013, j’ai déposé une pétition à l’Assemblée nationale pour qu’on considère l’idée d’arrêter de changer l’heure deux fois par année. Elle avait été signée par 8228 personnes. J’avais reçu une réponse le 12 juin 2013 du ministre de la Santé qui concluait que: « De façon générale, à la lecture des différentes études qui portent sur la question, on constate que les arguments de nature économique s’opposent à ceux reliés à la santé. […] Que ce soit pour des raisons environnementales, économiques ou de santé, l’état actuel des connaissances ne nous permet pas de démontrer que les avantages reliés à l’abolition du changement d’heure soient suffisamment importants pour compenser les désavantages de le maintenir. »
Deux fois par année, on me contacte pour savoir si quelque chose a changé dans ce dossier. Car les choses bougent: l’Union Européenne a demandé aux pays européens de se pencher sur la question afin de décider s’ils continueront à changer l’heure ou s’il est préférable de l’abandonner. Au Canada, le Yukon a eu une participation record à sa consultation publique et a opté pour l’heure d’été en mars dernier. Au Canada, avec la Saskatchewan, le Yukon ne sera donc pas concerné par le changement d’heure cet automne. Au Québec, je rappelle que la Basse-Côte-Nord conserve l’heure d’été, mais que tout le reste de la province devra ajuster ses horloges dans la nuit de samedi à dimanche, car rien n’a changé.
Si ce jeu de yoyo est normalement bien supporté par la majeure partie des Québécois, cette année, en pleine pandémie, j’ai l’impression que le changement d’heure nous fera un peu plus mal. On est déjà fatigués, on est déjà stressés, on ne dort pas si bien.
D’où ça vient?
Au Québec, en 1920, les municipalités décidaient par référendum. Ainsi, Sherbrooke fut la première ville en 1924 à changer l’heure. Entre Magog et Sherbrooke, il y avait donc un décalage horaire! Montréal vota en 1928 pour utiliser l’heure d’été. En 1940, le gouvernement fédéral décréta comme mesure de guerre d’utiliser l’heure avancée TOUTE L’ANNÉE afin d’économiser l’énergie. En 1945, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, on revint aux choix des municipalités. Ce n’est qu’en 1971 que le gouvernement québécois impose une loi pour la province, à l'exception de la Basse-Côte-Nord.
La fameuse économie d’énergie
Pendant la Deuxième guerre mondiale, l’heure d’été permettait d’économiser l’énergie. Étant donné que notre éclairage consomme beaucoup moins d'électricité et que notre consommation a beaucoup changé (nos différents écrans sont ouverts à toute heure du jour, peu importe la lumière extérieure), cette économie n’est plus aussi vrai. Hydro-Québec ne s’est pas penché sur la situation québécoise, mais un rapport du sénat français concluait déjà en 1997 que: « Il ressort de l'ensemble de cette étude que les avantages annoncés ou attendus du changement semestriel de l'heure ne sont pas suffisamment importants pour compenser les inconvénients ressentis par les populations. »
Les inconvénients
Selon le professeur Charles Morin de l’Université Laval, 25% à 30% de la population québécoise souffre d’insomnie occasionnelle, et 10 % en souffre de façon chronique. Évidemment, le changement d’heure ne facilite pas la vie de ces personnes. Les conséquences d’un manque de sommeil sont nombreuses: fatigue, irritation, stress, mal de tête, maux d’estomac.
Selon une étude d'un chercheur de Vancouver, il y a un lien au Canada entre le changement d’heure du printemps qui augmente de 8% le nombre d’accidents sur la route, à cause de la perte de sommeil.
Lors du changement d'heure à l'automne, le nombre d'accidents augmentent de 16%, selon une étude de la société d'assurance de la Colombie-Britannique, publiée en 2013. Même si nous "gagnons" une heure et devrions donc être plus reposés, plusieurs personnes profitent de ces heures pour allonger leur journée au lieu de dormir une heure de plus, ce qui occasionne une plus grande fatigue et davantage d'accidents sur la route.
De plus, au printemps, le changement d’heure augmente de 5% le nombre d’infarctus dans la semaine suivante, parce que les gens dorment une heure de moins.
Si on gardait l’heure d’été…
J’ai beaucoup aimé l’étude faite la London School of Hygiene and Tropical Medicine qui montrait que les enfants de 8 à 11 ans sont plus actifs en soirée, entre 17h et 20h. Comme les parents hésitent à les laisser s’amuser dehors quand il fait noir et plus froid, remettre l’heure normale les amène à faire moins d’activité physique en hiver. Les enfants pourraient donc rester actifs plus longtemps en gardant l'heure d'été.
Garder l’heure d’été à l’année permettrait d’éviter des accidents, des infarctus, des troubles de sommeil. Je ne crois pas que cela aurait d’impacts majeurs sur nos relations économiques pour les quatre mois où nous serions en décalage horaire avec nos voisins.
Je compare souvent le changement d’heure à un caillou qui s’est égaré dans ma chaussure. On continue de marcher, on s’adapte pour éviter d’écraser le caillou, on tente de le tasser sur le côté de notre soulier. Souvent, ça fonctionne et on continue sa route en l'oubliant jusqu’à ce que… Aille! La pointe du caillou revienne juste en dessous du pied, à cet endroit tendre où il réussit à nous irriter…
La Deuxième guerre mondiale a permis au Canada d’unifier sa politique de changement d’heure. Les gouvernements hésitent à utiliser le temps parlementaire pour se pencher sur des sujets mineurs, comme celui du changement d’heure. Et cela explique sans doute pourquoi, au cours des années, on est resté pris dans nos habitudes.
Peut-être que ça prenait une autre crise majeure pour qu’on se questionne sérieusement sur le statu quo. En tout cas, le gouvernement ontarien y songe. Et moi, je me remets à espérer qu’on s’arrête un instant pour enlever ce petit caillou qui traine dans nos souliers…
Deux fois par année, on me contacte pour savoir si quelque chose a changé dans ce dossier. Car les choses bougent: l’Union Européenne a demandé aux pays européens de se pencher sur la question afin de décider s’ils continueront à changer l’heure ou s’il est préférable de l’abandonner. Au Canada, le Yukon a eu une participation record à sa consultation publique et a opté pour l’heure d’été en mars dernier. Au Canada, avec la Saskatchewan, le Yukon ne sera donc pas concerné par le changement d’heure cet automne. Au Québec, je rappelle que la Basse-Côte-Nord conserve l’heure d’été, mais que tout le reste de la province devra ajuster ses horloges dans la nuit de samedi à dimanche, car rien n’a changé.
Si ce jeu de yoyo est normalement bien supporté par la majeure partie des Québécois, cette année, en pleine pandémie, j’ai l’impression que le changement d’heure nous fera un peu plus mal. On est déjà fatigués, on est déjà stressés, on ne dort pas si bien.
D’où ça vient?
Au Québec, en 1920, les municipalités décidaient par référendum. Ainsi, Sherbrooke fut la première ville en 1924 à changer l’heure. Entre Magog et Sherbrooke, il y avait donc un décalage horaire! Montréal vota en 1928 pour utiliser l’heure d’été. En 1940, le gouvernement fédéral décréta comme mesure de guerre d’utiliser l’heure avancée TOUTE L’ANNÉE afin d’économiser l’énergie. En 1945, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, on revint aux choix des municipalités. Ce n’est qu’en 1971 que le gouvernement québécois impose une loi pour la province, à l'exception de la Basse-Côte-Nord.
La fameuse économie d’énergie
Pendant la Deuxième guerre mondiale, l’heure d’été permettait d’économiser l’énergie. Étant donné que notre éclairage consomme beaucoup moins d'électricité et que notre consommation a beaucoup changé (nos différents écrans sont ouverts à toute heure du jour, peu importe la lumière extérieure), cette économie n’est plus aussi vrai. Hydro-Québec ne s’est pas penché sur la situation québécoise, mais un rapport du sénat français concluait déjà en 1997 que: « Il ressort de l'ensemble de cette étude que les avantages annoncés ou attendus du changement semestriel de l'heure ne sont pas suffisamment importants pour compenser les inconvénients ressentis par les populations. »
Les inconvénients
Selon le professeur Charles Morin de l’Université Laval, 25% à 30% de la population québécoise souffre d’insomnie occasionnelle, et 10 % en souffre de façon chronique. Évidemment, le changement d’heure ne facilite pas la vie de ces personnes. Les conséquences d’un manque de sommeil sont nombreuses: fatigue, irritation, stress, mal de tête, maux d’estomac.
Selon une étude d'un chercheur de Vancouver, il y a un lien au Canada entre le changement d’heure du printemps qui augmente de 8% le nombre d’accidents sur la route, à cause de la perte de sommeil.
Lors du changement d'heure à l'automne, le nombre d'accidents augmentent de 16%, selon une étude de la société d'assurance de la Colombie-Britannique, publiée en 2013. Même si nous "gagnons" une heure et devrions donc être plus reposés, plusieurs personnes profitent de ces heures pour allonger leur journée au lieu de dormir une heure de plus, ce qui occasionne une plus grande fatigue et davantage d'accidents sur la route.
De plus, au printemps, le changement d’heure augmente de 5% le nombre d’infarctus dans la semaine suivante, parce que les gens dorment une heure de moins.
Si on gardait l’heure d’été…
J’ai beaucoup aimé l’étude faite la London School of Hygiene and Tropical Medicine qui montrait que les enfants de 8 à 11 ans sont plus actifs en soirée, entre 17h et 20h. Comme les parents hésitent à les laisser s’amuser dehors quand il fait noir et plus froid, remettre l’heure normale les amène à faire moins d’activité physique en hiver. Les enfants pourraient donc rester actifs plus longtemps en gardant l'heure d'été.
Garder l’heure d’été à l’année permettrait d’éviter des accidents, des infarctus, des troubles de sommeil. Je ne crois pas que cela aurait d’impacts majeurs sur nos relations économiques pour les quatre mois où nous serions en décalage horaire avec nos voisins.
Je compare souvent le changement d’heure à un caillou qui s’est égaré dans ma chaussure. On continue de marcher, on s’adapte pour éviter d’écraser le caillou, on tente de le tasser sur le côté de notre soulier. Souvent, ça fonctionne et on continue sa route en l'oubliant jusqu’à ce que… Aille! La pointe du caillou revienne juste en dessous du pied, à cet endroit tendre où il réussit à nous irriter…
La Deuxième guerre mondiale a permis au Canada d’unifier sa politique de changement d’heure. Les gouvernements hésitent à utiliser le temps parlementaire pour se pencher sur des sujets mineurs, comme celui du changement d’heure. Et cela explique sans doute pourquoi, au cours des années, on est resté pris dans nos habitudes.
Peut-être que ça prenait une autre crise majeure pour qu’on se questionne sérieusement sur le statu quo. En tout cas, le gouvernement ontarien y songe. Et moi, je me remets à espérer qu’on s’arrête un instant pour enlever ce petit caillou qui traine dans nos souliers…
21 septembre 2020
Le dilemme social
Le documentaire disponible sur Netflix, The Social Dilemma, est sur toutes les lèvres. Il traite de l’omniprésence des réseaux sociaux dans nos vies, et surtout des algorithmes mis en place par les programmeurs pour nous inciter à rester branchés afin que les compagnies accumulent de l’info sur nous. Ces grands monstres sociaux vendent ce savoir et l’utilise pour qu’on voit des opinions semblables à la nôtre, effaçant graduellement la possibilité de débats et de discussions et, bien sûr, pour afficher des publicités convenant à nos besoins. Je me souviens très bien quand la première publicité de « cure minceur » est apparue sur mon profil deux semaines après mon premier accouchement!
The Social Dilemma en arrive à la conclusion que notre monde court à sa perte à cause de ces réseaux sociaux. Rien de moins.
Si c’était aussi simple, on n’aurait qu’à interdire les réseaux sociaux pour le monde ne s’effondre pas, n’est-ce pas? C’est drôle, j’ai pourtant l’impression que ça ne règlerait pas le bouleversement climatique ou les inégalités de richesse, pour ne nommer que quelques autres des dangers à nos démocraties.
Les réseaux sociaux ont clairement une emprise immense sur nos vies, et ce documentaire permettra sans doute à plusieurs personnes de réaliser l’impact néfaste que ces compagnies exercent sur nous. Et c’est tant mieux.
Mais voilà! Maintenant que vous êtes au courant, que vous savez tout ça, qu’est-ce que vous pouvez faire? Personnellement, je me sens complètement impuissante. Les réseaux sociaux m’apportent la possibilité de garder contact avec ma famille et des amis lointains; elle me renseigne sur les opinions des autres aussi (que je découvre parfois avec surprise); elle me permet de partager les nouvelles à propos de mon écriture. Je n’ai pas vraiment le choix de continuer à les utiliser. Alors, que puis-je faire? Ce documentaire ne m’apporte que bien peu de réponses, me laissant seule devant l’immense pouvoir d’une compagnie. Ce n’est pas un peu décourageant?
En fait, la plus grande faille de The Social Dilemma est qu’il pense comme notre époque: en basant tout sur l’individu. Et c’est étrange car ça rejoint ce qu’est un « dilemme social » en philosophie: c’est-à-dire une situation où les individus auraient tout avantage à collaborer pour régler un problème, mais qu’ils sont au contraire démunis parce qu’ils sont de plus en plus seuls et divisés. On l’applique en politique avec les wedge issues, on le voit dans les religions aussi, c’est l’une des constantes de notre humanité.
Or, à chaque fois que la technique, ou la technologie aujourd’hui, a fait un bond en avant, les solutions n’ont pas été individuelles, mais collectives. Prenons un exemple qui remonte à 100-150 ans: lors de l’industrialisation, avec tous les abus que les grands propriétaires d’usines ont fait subir aux ouvriers (hommes, femmes ET enfants), un ouvrier seul dans son usine, qui aurait osé dire à son patron d’arrêter de le traiter comme un automate sur sa chaine de montage n’avait pas beaucoup de chance. Ils ont dû être plusieurs ouvriers pour qu’on finisse par mettre en place des lois encadrant l’industrie.
Il est temps que les gouvernements imposent des lois du 21e siècle. Car les États sont encore capables de mettre des limites, quoique cela est questionnable quand on voit ce qui arrive en Australie, les menaces à l'Europe et comment le Canada a du mal à faire des recommandations pour la protection de nos données personnelles, alors qu'il y a un rapport désastreux sur la question…
Bref, on n’est pas sortis de l’auberge. Mais on n’y arrivera pas seul, c’est certain.
The Social Dilemma en arrive à la conclusion que notre monde court à sa perte à cause de ces réseaux sociaux. Rien de moins.
Si c’était aussi simple, on n’aurait qu’à interdire les réseaux sociaux pour le monde ne s’effondre pas, n’est-ce pas? C’est drôle, j’ai pourtant l’impression que ça ne règlerait pas le bouleversement climatique ou les inégalités de richesse, pour ne nommer que quelques autres des dangers à nos démocraties.
Les réseaux sociaux ont clairement une emprise immense sur nos vies, et ce documentaire permettra sans doute à plusieurs personnes de réaliser l’impact néfaste que ces compagnies exercent sur nous. Et c’est tant mieux.
Mais voilà! Maintenant que vous êtes au courant, que vous savez tout ça, qu’est-ce que vous pouvez faire? Personnellement, je me sens complètement impuissante. Les réseaux sociaux m’apportent la possibilité de garder contact avec ma famille et des amis lointains; elle me renseigne sur les opinions des autres aussi (que je découvre parfois avec surprise); elle me permet de partager les nouvelles à propos de mon écriture. Je n’ai pas vraiment le choix de continuer à les utiliser. Alors, que puis-je faire? Ce documentaire ne m’apporte que bien peu de réponses, me laissant seule devant l’immense pouvoir d’une compagnie. Ce n’est pas un peu décourageant?
En fait, la plus grande faille de The Social Dilemma est qu’il pense comme notre époque: en basant tout sur l’individu. Et c’est étrange car ça rejoint ce qu’est un « dilemme social » en philosophie: c’est-à-dire une situation où les individus auraient tout avantage à collaborer pour régler un problème, mais qu’ils sont au contraire démunis parce qu’ils sont de plus en plus seuls et divisés. On l’applique en politique avec les wedge issues, on le voit dans les religions aussi, c’est l’une des constantes de notre humanité.
Or, à chaque fois que la technique, ou la technologie aujourd’hui, a fait un bond en avant, les solutions n’ont pas été individuelles, mais collectives. Prenons un exemple qui remonte à 100-150 ans: lors de l’industrialisation, avec tous les abus que les grands propriétaires d’usines ont fait subir aux ouvriers (hommes, femmes ET enfants), un ouvrier seul dans son usine, qui aurait osé dire à son patron d’arrêter de le traiter comme un automate sur sa chaine de montage n’avait pas beaucoup de chance. Ils ont dû être plusieurs ouvriers pour qu’on finisse par mettre en place des lois encadrant l’industrie.
Il est temps que les gouvernements imposent des lois du 21e siècle. Car les États sont encore capables de mettre des limites, quoique cela est questionnable quand on voit ce qui arrive en Australie, les menaces à l'Europe et comment le Canada a du mal à faire des recommandations pour la protection de nos données personnelles, alors qu'il y a un rapport désastreux sur la question…
Bref, on n’est pas sortis de l’auberge. Mais on n’y arrivera pas seul, c’est certain.
12 août 2020
Le 12 août, la journée qui réchauffe le coeur

C’est le 12 août, « J’achète un livre québécois ». C’est une journée que j’aime particulièrement parce que je suis une lectrice passionnée qui n’arrive pas à venir à bout de sa pile de livres à lire. J’avais lu il y a longtemps que c’est bon signe car ça indique que je n’ai jamais fini d’avoir des désirs de découverte! J’aime mieux le prendre ainsi que de me dire que je manque de temps! ;)
C’est une journée que j’aime aussi parce que je suis une autrice et qu’à chaque année, quelqu’un me dit qu’il a acheté l’un de mes livres. Dans la liste des étapes pour d’être un auteur, il y a bien sûr écrire, trouver un éditeur, corriger le livre, publier. Mais il y a ensuite l’étape si difficile de trouver ses lecteurs. Il est rare que notre premier roman casse la barraque des médias (on l’espère tous). La plupart du temps, c’est avec le temps, d’autres ouvrages, des lecteurs qui ont aimé et surtout de la chance qu’on arrive à intéresser les gens qui aimeraient découvrir notre histoire…
Alors, le 12 août, je découvre à chaque année quelques personnes de plus qui ont choisi de découvrir mes livres. Et ça me fait chaud au coeur. Merci merci, à chaque fois!
Bonne lecture!
Image: magnifique dessin d’Eve Patenaude
18 juillet 2020
L’argument du sourire
Le masque est devenu objet de polémique. On discute de sa pertinence, de son efficacité, de son inconfort. L’un des arguments contre son utilisation est qu’il masque le sourire. Je me suis sentie particulièrement interpellée. Car c’est un point qui mérite d’être expliqué plus attentivement.
Il y a quelques années, j’ai eu un choc en lisant une étude scientifique de chercheurs japonais, américains et canadiens sur notre façon, très culturelle, de lire les émotions dans les visages. Dans un article scientifique publié en 2007 et magnifiquement intitulé « Les fenêtres de l’âme sont-elles les mêmes à l’Est et à l’Ouest? » (ma traduction), les chercheurs en viennent à la conclusion qu’un Américain lit la joie, la peine, la surprise dans le bas du visage, alors qu’un Japonais (et plus largement les Asiatiques, d’autres études l’ont confirmé par la suite) regarde les yeux, les fenêtres de l’âme, pour détecter l’émotion de l’autre.
Mentionnons par ailleurs que les muscles autour des yeux sont beaucoup plus nombreux que ceux autour de la bouche, ce qui veut dire davantage de possibilités d’expression! Et c’est beaucoup plus difficile de « mentir » avec les yeux, ce que les Occidentaux savent très bien aussi: combien de fois un sourire ne m’a pas convaincu que la personne devant moi allait vraiment bien? À ce moment, j’avais probablement détecté une différence entre ce que je lisais dans les yeux de l’autre, malgré son sourire…
Cette attention aux yeux est visible jusque dans ce qu’on ajoute à nos messages: les Japonais ont beaucoup plus de variations d’émoticônes =^.^= (*^_^*) (*_*) (u_u) (@_@) que nous avec nos parenthèses et nos quelques lettres :) :( :p
Les émojis aussi jouent énormément sur les différentes expressions des yeux pour varier les émotions.
😄😂😆
En plus de l’habitude, les Asiatiques avaient donc un avantage quand le port du masque s’est généralisé autour du monde: ils savent déjà où regarder pour lire les émotions et le masque n’y changera pas grand-chose. Au vu de cette différence culturelle, je comprends pourquoi l’argument du sourire existe ici, même s’il n’est pratiquement jamais évoqué en Asie. J’attache moi-même énormément d’importance au sourire, que je pratique très souvent! (^_^)
Mais devant la possibilité de devoir rester terrée chez moi pour éviter de répandre davantage ce virus, je préfère nettement la distanciation physique et le port du masque qui me permettent de sortir. Et comme son efficacité est surtout prouvée pour protéger les autres, je le vois comme un acte de bienveillance envers ceux que je rencontre. Et la bienveillance est un argument qui pèse lourd. Bien davantage que mon sourire masqué qui, en attendant la fin de la pandémie, pourra facilement être lu dans mes yeux, je l’espère. d^o^b
Il y a quelques années, j’ai eu un choc en lisant une étude scientifique de chercheurs japonais, américains et canadiens sur notre façon, très culturelle, de lire les émotions dans les visages. Dans un article scientifique publié en 2007 et magnifiquement intitulé « Les fenêtres de l’âme sont-elles les mêmes à l’Est et à l’Ouest? » (ma traduction), les chercheurs en viennent à la conclusion qu’un Américain lit la joie, la peine, la surprise dans le bas du visage, alors qu’un Japonais (et plus largement les Asiatiques, d’autres études l’ont confirmé par la suite) regarde les yeux, les fenêtres de l’âme, pour détecter l’émotion de l’autre.
Mentionnons par ailleurs que les muscles autour des yeux sont beaucoup plus nombreux que ceux autour de la bouche, ce qui veut dire davantage de possibilités d’expression! Et c’est beaucoup plus difficile de « mentir » avec les yeux, ce que les Occidentaux savent très bien aussi: combien de fois un sourire ne m’a pas convaincu que la personne devant moi allait vraiment bien? À ce moment, j’avais probablement détecté une différence entre ce que je lisais dans les yeux de l’autre, malgré son sourire…
Cette attention aux yeux est visible jusque dans ce qu’on ajoute à nos messages: les Japonais ont beaucoup plus de variations d’émoticônes =^.^= (*^_^*) (*_*) (u_u) (@_@) que nous avec nos parenthèses et nos quelques lettres :) :( :p
Les émojis aussi jouent énormément sur les différentes expressions des yeux pour varier les émotions.
😄😂😆
En plus de l’habitude, les Asiatiques avaient donc un avantage quand le port du masque s’est généralisé autour du monde: ils savent déjà où regarder pour lire les émotions et le masque n’y changera pas grand-chose. Au vu de cette différence culturelle, je comprends pourquoi l’argument du sourire existe ici, même s’il n’est pratiquement jamais évoqué en Asie. J’attache moi-même énormément d’importance au sourire, que je pratique très souvent! (^_^)
Mais devant la possibilité de devoir rester terrée chez moi pour éviter de répandre davantage ce virus, je préfère nettement la distanciation physique et le port du masque qui me permettent de sortir. Et comme son efficacité est surtout prouvée pour protéger les autres, je le vois comme un acte de bienveillance envers ceux que je rencontre. Et la bienveillance est un argument qui pèse lourd. Bien davantage que mon sourire masqué qui, en attendant la fin de la pandémie, pourra facilement être lu dans mes yeux, je l’espère. d^o^b
12 juin 2020
Des liens sociaux menacés par le confinement?
J’ai lu plusieurs articles sur les multiples problèmes que causera le
confinement prolongé à l’intelligence menacée de nos enfants qui ne voient plus
leurs amis, à nos relations sociales qui ne se cultivent plus au travail ou à
notre communauté qui ne renforcera pas ses liens à travers les festivals
estivaux par exemple. Comme je lis plusieurs journaux et que j’écoute souvent la
radio, ces rapports dramatiques sur nos liens sociaux me dressent un bien sombre
portrait de notre avenir humain.
Pourtant, on gagnerait à faire un pas de côté pour regarder notre histoire. Les sociétés humaines n’ont pas grandi dans des paradis favorisant les communautés. Bien au contraire, il y a eu de nombreuses épreuves forçant toutes les populations du monde à bouleverser leurs routines quotidiennes pour survivre. Non seulement ce n’est pas la première pandémie à laquelle les sociétés font face, mais dans les menaces extrêmes qu’a subi l’humanité, on doit aussi compter les guerres (le 20e siècle n’en manque pas) ou les conditions climatiques désastreuses (éruptions volcaniques, tremblements de terre, feux de forêt, tempêtes de neige du siècle, etc.)
Les liens sociaux n’ont pas disparu pendant ces interruptions qui les ont
menacées. Au contraire, la « génétique » même de nos sociétés s’est
construite avec ces imprévus dramatiques. Nous sommes les descendants sociaux de
cette histoire faite de hauts et de bas. Ces crises ne défont pas les sociétés,
elles les forcent à se transformer en nous montrant le pire (CHSLD, mauvaise
gestion du matériel médical) et le meilleur (solidarité, innovation,
créativité). Ça m’a rappelé une visite lors d’un cours en Islande. Le professeur avait amené toute la classe dans un musée en plein air, un peu comme le Village acadien au Nouveau-Brunswick. Là-bas, un guide nous avait fait visiter les maisons pour nous parler de l’ancien temps. Dans la maison longue où s’entassait les familles pendant le sombre hiver islandais, le guide n’avait pas caché que le confinement obligatoire de ce temps-là était très difficile: il faisait noir, il faisait froid et il y avait des tensions (parfois des abus). Mais il nous avait également expliqué que c’est à cette époque que les gens s’étaient mis à parler de leurs dieux, après le souper, en ajoutant des bouts pour pimenter les histoires, transmettant de générations en générations ce qui allait devenir les sagas qu’on admire encore aujourd’hui. Ces longs moments ensemble avait forgé cette société insulaire.
En ce moment, nous sommes tous pris dans un long hiver où sortir dehors exige de la préparation et des précautions. La tempête n’est pas terminée: par la fenêtre, on voit la neige qui tombe encore et on soupire juste à penser au chemin qu’on devra se creuser pour se rendre chez les autres.
Quand on lit les nouvelles autour du monde, on constate vite qu’on est pas mal tous dans le même bateau. Toutes les économies ont ralenti, les frontières ont été fermées, le tourisme est sur pause. La planète est une île.
Comment en sortirons-nous? Les sociétés n’auront pas disparu, nous aurons au contraire encore plus envie de liens sociaux, comme quand le printemps se pointe enfin le bout du nez. Et la crise nous aura fait voir le pire et le meilleur de nos collectivités. Il restera à voir si on construira de meilleures sociétés avec ce regard nouveau…
03 juin 2020
Lancement à venir, 9 juin
Mon roman L’Héritage du Kami, retardé par le confinement, sera finalement lancé,
mardi le 9 juin prochain! Je suis contente, même si je crains aussi que peu de
gens aient l’occasion de l’acheter parce qu’on n’est pas « sorteux » ces
temps-ci... Alors quand une librairie de Montréal spécialisée en mangas, l’O-Taku
Manga Lounge, m’a proposé de faire un lancement virtuel, je me suis empressée
d’accepter! Il faut s’inscrire et c'est gratuit. Grâce à la technologie, je pourrai rencontrer les gens en privé pour dédicacer leurs livres (vous pourrez acheter Les Fleurs du Nord et L’Ombre du Shinobi aussi si vous voulez!) Je dois avouer que je suis bien stressée, j’espère qu’il y aura du monde, alors si vous êtes présents, ça me ferait vraiment vraiment plaisir! J’ai préparé des petits extras que ceux qui viendront au lancement!
12 mai 2020
Le masque et l’invisible pression sociale
On a tout entendu sur le port du masque. Les autorités publiques ont hésité à nous le conseiller, sans doute parce qu’ils en manquaient pour le personnel de santé. Depuis peu, le Dr Arruda nous le recommande vivement, changeant son fusil d’épaule.
Ok. Le message est plus cohérent sur l’utilité du masque.
Et pourtant, les gens qui le portent sont encore très peu nombreux.
Pendant ma vie au Japon, je suis passé de l’attitude « ben coudonc, pourquoi tout le monde porte un masque quand ils sont malades, c’est un peu exagéré » à « c’est drôle, j’ai plein d’étudiants malades (et masqués), pourtant je n’ai pas encore attrapé leur rhume... ».
Si j’ai fini par en acheter, c’est parce que j’ai trouvé que c’était une bonne idée pour ma santé et celle des autres. Mais il y a aussi une autre raison. Non, je n’avais pas consulté quinze études scientifiques; non, personne ne m’avait avertie. C’est beaucoup moins glorieux: j’ai fini par en mettre un parce que je me sentais mal sans masque si je coulais du nez (même pour des allergies). Donc, ce qui m’a fait porter le masque en Asie, c’est aussi la pression sociale.
Nous sommes de petites bêtes sociales, ne l’oublions jamais. Ça nous amène à imiter nos semblables. En situation de stress intense, comme c’est le cas en ce moment, on observe encore plus attentivement les autres. En période de pandémie, les raisons logiques pour porter le masque s’accumulent.
Mais au Québec, la pression sociale travaille à l’envers. Malgré toutes les bonnes raisons de le mettre, à l’épicerie ou à la pharmacie, si une personne porte un masque, elle fait bande à part. Deux réactions sont possibles: soit le regard douteux, tout à coup qu’on serait malade... Ou encore, pour les autres qui se sentent prêts à braver la CoVid, les yeux expriment plutôt un léger dédain: « Pas besoin d’aller aussi loin quand même... »
Dernièrement, j’ai dû aller chez le podiatre avec ma petite fille. J’avais un masque, elle aussi. Entre notre auto stationnée et l’entrée, nous avons été remarquées, regardées, évaluées. En entrant chez le bureau du spécialiste, on a attendu. Quand il est arrivé, il a mis des gants et un masque. J’ai ressenti un immense soulagement: tout à coup, nous ne faisions plus partie de la « gang des prudents bizarres »!
Nous ne devrions pas négliger le poids d’aller contre la pression sociale. Sinon les choses vont changer lentement, trop lentement. Les solutions sont multiples: des messages répétés et cohérents des autorités et des médecins; un rappel plus unanime de ce que ça peut apporter d’en avoir un; voir des gens en porter, surtout ceux et celles qui travaillent en public.
J’ai l’impression que le port du masque se répandra plus rapidement à Montréal qu’ailleurs au Québec. Car la peur du virus peut également être un allié puissant pour changer nos habitudes.
J’ai vu une pétition pour le rendre obligatoire. Cela peut fonctionner, effectivement les gens pourraient le porter; mais cela pourrait également avoir l’effet inverse: si trop de gens refusent de le mettre, il n’y aura jamais assez de policiers pour les empêcher de marcher… On pourrait peut-être commencer par le rendre obligatoire dans des lieux où nous sommes nécessairement plus proches: les épiceries, les pharmacies, les autobus, etc.
En fait, pour qu’une obligation soit efficace, il faut d’abord qu’une large part de la population y adhère. Ce n’est pas le cas en ce moment, il me semble. Trop de gens reste sceptiques à propos de l’utilité du masque. Le travail de pédagogie vient tout juste de commencer et il faut déconstruire le message confus envoyé par la santé publique sur son inutilité...
Ça prendra du temps. Alors commençons tout de suite à en parler. Et à s’avouer tout de suite deux choses:
1. Le masque, c’est inconfortable, je déteste avoir cette sensation d’humidité collée au visage.
2. Ça camoufle le sourire, je trouve ça d’une tristesse...
Mais, même si je le déteste, je suis également convaincue qu’il apporte davantage pour ma sécurité et celle des autres que ce que j’y perds.
Pourtant, je suis confinée depuis huit semaines, il y a peu de risques que je sois une porteuse asymptômatique. Mais je le mets quand même dans les bâtiments: aussi bien commencer à s’habituer, à tester les différents types de masques que j’ai achetés et cousus.
Et surtout à habituer nos regards. C’est la clé du changement d’habitude.
Ok. Le message est plus cohérent sur l’utilité du masque.
Et pourtant, les gens qui le portent sont encore très peu nombreux.
Pendant ma vie au Japon, je suis passé de l’attitude « ben coudonc, pourquoi tout le monde porte un masque quand ils sont malades, c’est un peu exagéré » à « c’est drôle, j’ai plein d’étudiants malades (et masqués), pourtant je n’ai pas encore attrapé leur rhume... ».
Si j’ai fini par en acheter, c’est parce que j’ai trouvé que c’était une bonne idée pour ma santé et celle des autres. Mais il y a aussi une autre raison. Non, je n’avais pas consulté quinze études scientifiques; non, personne ne m’avait avertie. C’est beaucoup moins glorieux: j’ai fini par en mettre un parce que je me sentais mal sans masque si je coulais du nez (même pour des allergies). Donc, ce qui m’a fait porter le masque en Asie, c’est aussi la pression sociale.
Nous sommes de petites bêtes sociales, ne l’oublions jamais. Ça nous amène à imiter nos semblables. En situation de stress intense, comme c’est le cas en ce moment, on observe encore plus attentivement les autres. En période de pandémie, les raisons logiques pour porter le masque s’accumulent.
Mais au Québec, la pression sociale travaille à l’envers. Malgré toutes les bonnes raisons de le mettre, à l’épicerie ou à la pharmacie, si une personne porte un masque, elle fait bande à part. Deux réactions sont possibles: soit le regard douteux, tout à coup qu’on serait malade... Ou encore, pour les autres qui se sentent prêts à braver la CoVid, les yeux expriment plutôt un léger dédain: « Pas besoin d’aller aussi loin quand même... »
Dernièrement, j’ai dû aller chez le podiatre avec ma petite fille. J’avais un masque, elle aussi. Entre notre auto stationnée et l’entrée, nous avons été remarquées, regardées, évaluées. En entrant chez le bureau du spécialiste, on a attendu. Quand il est arrivé, il a mis des gants et un masque. J’ai ressenti un immense soulagement: tout à coup, nous ne faisions plus partie de la « gang des prudents bizarres »!
Nous ne devrions pas négliger le poids d’aller contre la pression sociale. Sinon les choses vont changer lentement, trop lentement. Les solutions sont multiples: des messages répétés et cohérents des autorités et des médecins; un rappel plus unanime de ce que ça peut apporter d’en avoir un; voir des gens en porter, surtout ceux et celles qui travaillent en public.
J’ai l’impression que le port du masque se répandra plus rapidement à Montréal qu’ailleurs au Québec. Car la peur du virus peut également être un allié puissant pour changer nos habitudes.
J’ai vu une pétition pour le rendre obligatoire. Cela peut fonctionner, effectivement les gens pourraient le porter; mais cela pourrait également avoir l’effet inverse: si trop de gens refusent de le mettre, il n’y aura jamais assez de policiers pour les empêcher de marcher… On pourrait peut-être commencer par le rendre obligatoire dans des lieux où nous sommes nécessairement plus proches: les épiceries, les pharmacies, les autobus, etc.
En fait, pour qu’une obligation soit efficace, il faut d’abord qu’une large part de la population y adhère. Ce n’est pas le cas en ce moment, il me semble. Trop de gens reste sceptiques à propos de l’utilité du masque. Le travail de pédagogie vient tout juste de commencer et il faut déconstruire le message confus envoyé par la santé publique sur son inutilité...
Ça prendra du temps. Alors commençons tout de suite à en parler. Et à s’avouer tout de suite deux choses:
1. Le masque, c’est inconfortable, je déteste avoir cette sensation d’humidité collée au visage.
2. Ça camoufle le sourire, je trouve ça d’une tristesse...
Mais, même si je le déteste, je suis également convaincue qu’il apporte davantage pour ma sécurité et celle des autres que ce que j’y perds.
Pourtant, je suis confinée depuis huit semaines, il y a peu de risques que je sois une porteuse asymptômatique. Mais je le mets quand même dans les bâtiments: aussi bien commencer à s’habituer, à tester les différents types de masques que j’ai achetés et cousus.
Et surtout à habituer nos regards. C’est la clé du changement d’habitude.
08 mai 2020
Otaku
Le 7 mai, un chroniqueur bien connu du Journal de Montréal a écrit un texte sur la victoire temporaire des otakus, étant donné que le confinement nous oblige à rester dans nos maisons, un peu comme le font ces passionnés de jeux vidéo, de séries animées et de lectures de mangas (bandes dessinées japonaises).
Le problème n’est pas tellement de présenter les otakus comme des personnes ayant le plus « d’aptitudes » à supporter le confinement, étant donné qu’une part de leurs activités se déroulent déjà chez eux. Je l’ai moi-même fait dans un vidéo humoristique Soyons tous otakus!, de nombreuses images et mèmes ont été créées par les otakus eux-mêmes pour rire de cela. C’est une communauté qui a un excellent sens de l’humour.
Or en lisant que les otakus seraient des « handicapés émotionnels qui se coupent du monde […] les complotistes, les conspirationnistes, les geeks, les ‘pas-de-vie’, ceux qui passent leur journée devant leur ordi », il est plus difficile de trouver ça drôle. On est plutôt dans les stéréotypes, l’ignorance et la méchanceté.
Les otakus ont-ils été surpris? Déçus peut-être, mais ils n’ont pas été surpris. Quand on connaît l’histoire du mouvement, on ne peut pas l’être.
Un peu d’histoire
Le mot otaku est japonais, il signifie tout simplement « maison », dans le sens de votre « chez-vous », le lieu où vous êtes bien. Il est toujours employé dans ce sens, mais dans les années 80, il a commencé à dériver de sa définition originale et de parler de gens qui aiment rester à la maison pour y faire des activités liées aux jeux vidéo, à lire des mangas, à regarder des dessins animés et, plus tard, à naviguer sur le web (pour jouer à des jeux, lire des mangas et regarder des séries!)
Depuis le début, traiter quelqu’un d’otaku n’était pas considéré comme un compliment au Japon. Même dans la société japonaise d’aujourd’hui, on est tolérant envers les jeunes qui sont otakus, mais il est mal avisé de le rester à l’âge adulte, comme le montre bien la série traduite en français Otaku Otaku, mais dont le titre japonais est plutôt « L’amour est difficile pour les otakus » (Wotaku ni koi wa muzukashii).
Avec la venue d’Internet, dans les années 90, le mot a traversé la barrière des langues et il a commencé à être utilisé en Europe et en Amérique. Internet a également permis de lier des gens qui se sentaient bien souvent seuls avec leurs intérêts, qui étaient jugés et étiquetés comme des nerds et des geeks asociaux.
Les otakus, des asociaux
C’est une accusation facile. Mais quand je discute avec un oncle passionné d’horticulture, le moment où il me parle vraiment, c’est quand j’aborde le sujet des fleurs. Pour un autre, il faut que je m’ouvre plutôt à parler de chars et du Salon de l’auto. Et je le fais car j’apprends tellement de choses grâce à eux! C’est aussi quand les gens parlent de leurs passions qu’ils sont les plus beaux.
Pour les fans d’animés, de mangas et de jeux vidéo, cette reconnaissance a été acquise d’abord auprès d’autres personnes comme eux, grâce à Internet bien souvent, car on ne trouvait pas toujours quelqu’un qui voulait bien jaser de SailorMoon et de Final Fantasy dans sa famille. Et le net a permis également d’avoir accès directement à ce qui se faisait au Japon, la source de plusieurs de leurs passions.
Depuis 10-15 ans, les otakus ont mis en place des événements comme l’Otakuthon à Montréal ou le Nadeshicon à Québec, où ils se rencontrent par dizaine de milliers pour s’amuser et revendiquer leur droit d’aimer une part souvent méprisée de la culture. Ils ont graduellement acquis une légitimité qui permet aux plus jeunes de ne plus avoir honte de leurs passions.
Distinguer les otakus et les hikikomoris
Mais il reste l’étiquette qu’ils se terrent dans leurs maisons, qu’ils sont inaccessibles et même un peu malades. Cela existe. Au Japon, certaines personnes ont même poussé jusqu’à devenir des hikikomoris, ce qui est sérieux, car c’est véritablement une fermeture, un enfermement volontaire dans sa chambre. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des otakus, heureusement.
Au contraire, les otakus parlent, ils parlent même énormément. Mais comme le fan fini de motos et l’amateur de cuisine (une activité qui se fait à la maison, mais qui est valorisée), il faut peut-être aborder ce qui les fascine le plus… Les otakus ne le feront pas spontanément, étant donné que leurs passions sont encore vues négativement par plusieurs. Ça prend de l’ouverture d’esprit et un peu de patience si on n’avait pas d’intérêt particulier pour leurs sujets de prédilection.
Mépriser les otakus, une surprise? Bof, on l’a tellement fait, c’est une fois de plus. Et ça permettra sûrement la création de plusieurs amusantes images et mèmes, car les otakus sont des gens très créatifs. Et c’est justement leur créativité et leurs passions qui les sauvent en ce moment.
On souhaite à tous et à toutes autant d’imagination.
Le problème n’est pas tellement de présenter les otakus comme des personnes ayant le plus « d’aptitudes » à supporter le confinement, étant donné qu’une part de leurs activités se déroulent déjà chez eux. Je l’ai moi-même fait dans un vidéo humoristique Soyons tous otakus!, de nombreuses images et mèmes ont été créées par les otakus eux-mêmes pour rire de cela. C’est une communauté qui a un excellent sens de l’humour.
Or en lisant que les otakus seraient des « handicapés émotionnels qui se coupent du monde […] les complotistes, les conspirationnistes, les geeks, les ‘pas-de-vie’, ceux qui passent leur journée devant leur ordi », il est plus difficile de trouver ça drôle. On est plutôt dans les stéréotypes, l’ignorance et la méchanceté.
Les otakus ont-ils été surpris? Déçus peut-être, mais ils n’ont pas été surpris. Quand on connaît l’histoire du mouvement, on ne peut pas l’être.
Un peu d’histoire
Le mot otaku est japonais, il signifie tout simplement « maison », dans le sens de votre « chez-vous », le lieu où vous êtes bien. Il est toujours employé dans ce sens, mais dans les années 80, il a commencé à dériver de sa définition originale et de parler de gens qui aiment rester à la maison pour y faire des activités liées aux jeux vidéo, à lire des mangas, à regarder des dessins animés et, plus tard, à naviguer sur le web (pour jouer à des jeux, lire des mangas et regarder des séries!)
Depuis le début, traiter quelqu’un d’otaku n’était pas considéré comme un compliment au Japon. Même dans la société japonaise d’aujourd’hui, on est tolérant envers les jeunes qui sont otakus, mais il est mal avisé de le rester à l’âge adulte, comme le montre bien la série traduite en français Otaku Otaku, mais dont le titre japonais est plutôt « L’amour est difficile pour les otakus » (Wotaku ni koi wa muzukashii).
Avec la venue d’Internet, dans les années 90, le mot a traversé la barrière des langues et il a commencé à être utilisé en Europe et en Amérique. Internet a également permis de lier des gens qui se sentaient bien souvent seuls avec leurs intérêts, qui étaient jugés et étiquetés comme des nerds et des geeks asociaux.
Les otakus, des asociaux
C’est une accusation facile. Mais quand je discute avec un oncle passionné d’horticulture, le moment où il me parle vraiment, c’est quand j’aborde le sujet des fleurs. Pour un autre, il faut que je m’ouvre plutôt à parler de chars et du Salon de l’auto. Et je le fais car j’apprends tellement de choses grâce à eux! C’est aussi quand les gens parlent de leurs passions qu’ils sont les plus beaux.
Pour les fans d’animés, de mangas et de jeux vidéo, cette reconnaissance a été acquise d’abord auprès d’autres personnes comme eux, grâce à Internet bien souvent, car on ne trouvait pas toujours quelqu’un qui voulait bien jaser de SailorMoon et de Final Fantasy dans sa famille. Et le net a permis également d’avoir accès directement à ce qui se faisait au Japon, la source de plusieurs de leurs passions.
Depuis 10-15 ans, les otakus ont mis en place des événements comme l’Otakuthon à Montréal ou le Nadeshicon à Québec, où ils se rencontrent par dizaine de milliers pour s’amuser et revendiquer leur droit d’aimer une part souvent méprisée de la culture. Ils ont graduellement acquis une légitimité qui permet aux plus jeunes de ne plus avoir honte de leurs passions.
Distinguer les otakus et les hikikomoris
Mais il reste l’étiquette qu’ils se terrent dans leurs maisons, qu’ils sont inaccessibles et même un peu malades. Cela existe. Au Japon, certaines personnes ont même poussé jusqu’à devenir des hikikomoris, ce qui est sérieux, car c’est véritablement une fermeture, un enfermement volontaire dans sa chambre. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des otakus, heureusement.
Au contraire, les otakus parlent, ils parlent même énormément. Mais comme le fan fini de motos et l’amateur de cuisine (une activité qui se fait à la maison, mais qui est valorisée), il faut peut-être aborder ce qui les fascine le plus… Les otakus ne le feront pas spontanément, étant donné que leurs passions sont encore vues négativement par plusieurs. Ça prend de l’ouverture d’esprit et un peu de patience si on n’avait pas d’intérêt particulier pour leurs sujets de prédilection.
Mépriser les otakus, une surprise? Bof, on l’a tellement fait, c’est une fois de plus. Et ça permettra sûrement la création de plusieurs amusantes images et mèmes, car les otakus sont des gens très créatifs. Et c’est justement leur créativité et leurs passions qui les sauvent en ce moment.
On souhaite à tous et à toutes autant d’imagination.
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