17 octobre 2018

Déchets, souliers et vélo à Kyoto

Vivre ailleurs amène toujours des questions quant à notre façon de vivre. Jusqu’où va-t-on s’intégrer? Plus précisément: quelles seront les limites acceptables que l’on posera quand on arrivera aux différences entre la culture que l’on porte et celle où on évolue?

J’ai toujours trouvé qu’entre les façons de vivre québécoise et japonaise, il y avait des points communs. C’est facile de penser à enlever mes souliers en entrant dans la maison, je le fais chez nous, les enfants aussi. C’est une habitude.

Ce sont toutes les différences qui obligent l’adaptation.

Par exemple: les fenêtres, les murs, les portes laissent passer le son. On nous entend de l’extérieur (tout comme on entend l’extérieur). On sait quand les enfants écoutent la Pat Patrouille en français ou Hello Kitty en japonais. On ne peut ignorer quand ils se chicanent ou crient. Il faut vite tenter de tempérer les crises, qui deviennent publiques, même quand elles se passent dans les murs de la maison…

La gestion des déchets est un sujet sensible. Le Japon est un modèle à ce niveau. Le document de la ville de Kyoto avec les instructions sur la division des déchets et des différentes matières recyclables fait 32 pages, il est tout mignon pour ceux qui voudraient le voir… Il faut mettre le papier dans un sac et aller le mener dans un centre (dont j’ignore le lieu pour l’instant: merci à mon amie qui a pris mon sac dimanche dernier pour l’apporter au centre de son quartier!); le carton est mis à part, plié et attaché pour être donné à un petit camion qui passe dans le quartier à l’occasion avec de la musique typique; les cartons de lait doivent être découpés, lavés et retournés à l’épicerie; les bouteilles en plastique sont séparés de leur bouchon; les aérosols ont leur jour spécial; le plastique est surutilisé ici, on emballe vraiment trop!, mais on peut récupérer même les emballages de KitKat! Oh! Et pour le reste (déchets de nourriture, papiers souillés), il y a les déchets du mardi et vendredi qui iront à l’incinérateur.

Comprenez bien: les sacs utilisés sont transparents. On achète des sacs spéciaux de la ville de Kyoto et tout le quartier voit si vous ne respectez pas les règles. La seule conscience de ce regard est suffisante pour vous donner le goût de respecter les règles!

Cette impression d’être « visible » rend plus conscient quand on « choisit » de ne pas respecter les règles. Les Japonais supportent beaucoup de pression sociale quant à leurs comportements. Pour de bonnes raisons bien souvent: pour pouvoir vivre ensemble dans un espace réduit, pour l’hygiène dans les transports en commun, pour récupérer efficacement… Mais cette « obéissance » fortement suggérée s’applique à la moindre attitude et elle peut devenir épuisante pour plusieurs Japonais.

Quand vous êtes étranger, on ne s’attend pas à ce que vous sachiez toutes les « bonnes manières d’agir ». On soupirera si vous circulez à droite sur le trottoir, mais on comprendra… Mais d’autres règles ne pardonnent pas : ne pas savoir diviser ses déchets est une source de honte pour tout le quartier, ce qui explique mon étude attentive depuis une semaine!

Vivre dans un autre pays permet d’apprendre graduellement les règles de ce pays… Les règles, mais aussi les habitudes, les normalités… qui n’en sont pas toujours d’où l’on vient.

Un exemple? Il y a 12 ans, je trouvais libérateur de faire comme tous les Kyotoïtes et de faire du vélo sans casque. Vous me direz que c’est sécuritaire ici. Mais il y a 12 ans, je me souviens d’avoir été happée par un petit camion qui m’a fait un bon bleu au bras et j’étais aussi entrée en collision avec un jeune garçon à vélo. Le deux-roues n’est donc pas sans risque, même s’il est plus habituel qu’au Québec (et plus sécuritaire, oui).

Il y a huit ans, je faisais encore du vélo sans casque à Kyoto.
Il y a deux ans, j’étais encore tête libre.

La seule chose qui a changé en 12 ans, c’est que maintenant, pratiquement tous les enfants portent un casque ici. Mais je n’ai vu aucun adulte en porter un.

Sauf moi. Car je l’ai apporté dans la valise (comme trois paires de souliers car ils n’ont pas ma pointure!). Et je l’utilise. Même si je n’aime pas le mettre. Même si je détonne.

Parce que je suis venue « cultiver mon cerveau » en étudiant le japonais à tous les jours dans une école spécialisée. Ça coûte un bon montant pour le faire. Et je mettrais tout cela en danger pour faire comme tout le monde? C’est là que je parle d’un choix à faire entre l’adaptation et nos propres limites. Je peux expliquer, et réexpliquer, aux enfants pourquoi il ne faut pas crier ici, pourquoi il faut parler moins fort… Mais je ne peux plus rouler, en sachant que le 30 minutes que je fais matin et midi n’est pas de tout repos sur les routes de Kyoto.

Bof, non. Sur ce sujet, ma limite d’adaptation a été atteinte.
Pour le reste, je respecte le volume et je sépare bien mes déchets, je vous le jure! ;)

13 octobre 2018

Extraordinaire Takarazuka et entrée à l'école

Si vous n’avez jamais entendu parler de la Revue Takarazuka, laissez-moi vous dire que le spectacle en vaut le coût! Ce nom réunit en fait une école où les jeunes femmes peuvent s’inscrire pour espérer devenir actrice dans une des cinq troupes de la Revue Takarazuka. Chaque troupe produit environ deux spectacles par année, ce qui veut dire qu’il y a un nouveau spectacle de comédie musicale à peu près à chaque mois. La troupe se produit à Osaka, son lieu d’origine il y a cent ans, et à Tokyo aussi. C'est en allant voir un spectacle tiré de cette troupe à Montréal que j'ai acheté les billets pour y aller en famille.

Sa particularité? Les rôles d’hommes sont aussi joués par des femmes, spécialisées dans ce type de jeu. Ce sont les actrices les plus populaires! Ces spectacles sont absolument renversants en couleur, costumes, danses et chants! Ce que nous avons vu était assez impressionnant pour que LES DEUX enfants restent assis, fascinés, pendant trois heures et demi (je n’inclus pas l’entracte de 30 minutes où ils courraient partout!) ;) J’étais convaincue qu’on allait devoir partir avant la fin, mais non, ils sont ressortis enchantés! :)

Nous avons vu ce spectacle mardi dernier. Mercredi, je suis allée faire mon évaluation à l’école. C’était un peu effrayant. Et j’ai eu du mal à écrire les kanjis de mémoire (je sais les reconnaître et les lire, mais les écrire, c’est plus dur). Donc je n’ai pas fini très haut dans mes évaluations écrites… Mais en arrivant dans l’entrevue après, les deux dames m’ont dit que j’étais plus avancée… J’ai donc passé une autre entrevue avec une dame plus avancée, mais elle m’a expliquée que j’étais un peu un cas car je comprenais bien à l’oral, je m’exprimais aussi, mais dans les cours avancés, ce sont presque uniquement des Chinois, qui ont l’avantage de partager les mêmes caractères (et qui peuvent donc les tracer de mémoire!)

J’ai donc stressée jusqu’au vendredi, car je craignais qu’on me mette dans un cours moins avancé et que je révise plutôt que j’apprenne…

Jeudi, nous avons rencontré la professeure de Léo qu’il verra tous les mardis après-midi. C’était très bien. Il aura aussi des cours le samedi avec une autre professeure. La petite Émi aura aussi des cours le samedi, juste après Léo. :) Ce même jeudi, en soirée, j’ai fait une intervention à Médium large pour parler du marché de poissons à Tokyo.

Le vendredi, j’ai donc eu le résultat des évaluations, ainsi que la cérémonie officielle d’accueil des étudiants. Je suis classée dans le groupe 6 (il y a 8 niveaux), et tous mes collègues sont des Chinois. Je vais donc devoir travailler!!! Excellent. :)

J'ai bien fait rire ceux qui comprenaient le japonais pendant la cérémonie. C'était très formel, il fallait se présenter devant la grande salle pleine des étudiants. Dans les débutants, il y a un Anglais de 36 ans qui a dit qu'il était donc un "grand-père" (car la majorité des étudiants a environ 20 ans). Alors quand mon tour est arrivé, j'ai parlé du fait que j'avais déjà vécu à Kyoto et que j'étais revenue avec mes enfants...ce qui voulait donc dire que j'avais 39 ans... Et que si l'étudiant de l'Angleterre était un grand-père, j'étais certainement la grand-mère! Ah ah ah! :) Mes cours auront lieu le matin, ce qui me convient mieux que l'après-midi (où je commence déjà à manquer de concentration!) ;)

08 octobre 2018

Shichi-go-san, Hello Kitty et Château de Himeji

Samedi dernier, nous avions pris rendez-vous pour le shichi-go-san de Léo et Émi. Littéralement, ça veut dire 7-5-3, une fête qui est souligné aux 3 ans, 5 ans et 7 ans des enfants pour leur souhaiter une longue vie en santé. On va prier au temple ou au sanctuaire le 15 novembre, et on prend des photos avec les habits traditionnels (kimono pour les fillettes et hakama pour les garçons).

Vous vous souvenez peut-être que lors de notre visite au Japon en 2016, Léo avait fêté le sien pour ses 5 ans. Le chanceux, il revient alors qu’il a 7 ans! Et Émi… Eh bien, Émi avait encore 3 ans le samedi le 6 octobre… Mais elle passait à 4 ans le 7 octobre! Ah ah ah! Elle était donc très juste! Léo a dit qu’on allait devoir revenir au Japon lorsqu’elle aura 5 ans… Ouf. Je ne pense pas, coco, je ne pense pas. Profites-en bien maintenant! :)

La séance s’est bien passée, mais que les enfants étaient excités!!! Nous ne les avons jamais vu ainsi. Le décalage horaire est terminé (même si on se lève encore trop tôt le matin), mais je crois que le problème fut le typhon qui passait au large de la mer du Japon. À Kyoto, il faisait grand soleil, très humide et trop chaud, mais la pression dans l’air devait être différente car on aurait dit que la plus grosse tempête de neige allait passer!!! Sinon, je ne sais pas ce qu'ils avaient mangé, mais c'était quelque chose!

Nous venons de revenir d'une journée où nous nous sommes rendus au Château de Himeji dans le shinkansen de Hello Kitty! Ce train rapide est en marche depuis le début octobre jusqu’au mois de mars 2019… Émi me le demandait souvent alors c’était le moment où jamais! C’est vraiment un beau shinkansen, avec plein de Kitty. Si vous aimez le petit chat, c’est le paradis. :)

Le Château de Himeji étant tout de même à 150 kilomètres de Kyoto, en faire une partie en shinkansen nous a permis de sauver 45 minutes. Émi a marché de l’entrée jusque dans les hauteurs de la tour: il y en avait des marches dans ces six étages pour ses petites pattes de 4 ans! Nous avions retiré nos chaussures et elle a voulu enlever ses bas aussi. C’est vrai que le plancher de bois du château est beaucoup plus agréable nu-pieds!

On est fatigués de ces aventures, mais les choses se calmeront bientôt car je commencerai mes cours (mercredi, c'est le test de placement, et lundi prochain le véritable début).

05 octobre 2018

Le flou du décalage

Le vol de 13 heures entre Montréal et Tokyo s’est bien déroulé. Très bien en fait. J’ai appris dans l’avion le résultat des élections, une dame m’en a parlé en passant dans l’allée… Je ne sais pas comment elle le savait (le pilote, les agents de bord?), mais ça m’a fait ouvrir des grands yeux au-dessus de l’Océan arctique! Si Léo et Émi ont fait une petite sieste, quand ils se sont réveillés, ils étaient grognons et surtout tout déboussolés. Rendus à l’hôtel, on s’est tous endormis comme des loirs.

Le lendemain, nous avons quitté la capitale vers Kyoto. Nous avions un train d’une heure à prendre entre l’aéroport et Tokyo. Puis le shinkansen (train rapide) qui permet de rejoindre Kyoto en deux heures vingt minutes au lieu de 7 heures d’auto… On est arrivés au début de l’après-midi. On a rangé nos valises dans un casier (les grosses valises, on les avait déjà expédiés la veille à partir de l’aéroport), puis on est allés faire des commissions.

C’est bizarre de revenir dans une ville et d’avoir le sentiment que c’est « normal ». C’est difficile à expliquer, mais à Kyoto, il y a ce feeling d’être dans un lieu connu et apprivoisé, d’être enfin arrivés, d’être, à quelque part, dans un de nos « chez nous ». On a trouvé notre petite maison. C’est le meilleur logis qu’on a eu dans les quatre séjours que nous avons faits. Mais c’est dépouillé, trop dépouillé pour être bien pendant trois mois. Nous avons donc multiplié les déplacements pour le garnir car il n’y avait que le strict minimum. On s’en contente quand on loue trois jours, comme la plupart des gens le font, mais pas pour trois mois! On a aussi réorganisé l’emplacement des lieux (davantage configuré pour un couple qu’une famille avec des enfants). Maintenant, c’est vraiment bien, il y a de la place et on respire!

Toutefois, on dort moyen, encore pris dans le décalage horaire. Les matins débutent très tôt. Nous étions tous debout à quatre heures aujourd’hui. Je vous jure que ça dort fort dans la chambre en ce moment! Nous, on combat la fatigue pour se coucher un peu plus tard (genre 21h!). Il fait encore chaud le jour, l’automne n’est pas encore commencé ici (il fait 26 degrés, parfois 22 degrés le jour…) Comme une belle fin d’août!

Je commence les cours mercredi, j’aurai le temps d’être à l’heure du Japon et d’être plus reposée. Les enfants font bien ça, ils sont super contents, parlent beaucoup, posent des questions et disent des « arigatô » souvent. Nous sommes entre l’entre-deux-pays…

14 septembre 2018

Japon top chrono

Mariage Le chronomètre avant notre départ vers le Japon s’est mis en marche. Le 1er octobre, c’est le grand départ avec toute la famille pour un séjour de trois mois à Kyoto. Pour dix semaines, j'étudierai le japonais à temps plein! Ce qui veut qu’il faut préparer des milliers de choses. Voici un aperçu:

- apporter ce qu’il faut pour continuer le français et les mathématiques du grand garçon qui mettra sur pause sa 2e année
- réviser les caractères japonais et pratiquer la lecture avec lui pour faciliter son intégration là-bas
- essayer de trouver une garderie qui voudra bien de la plus petite pendant quelques jours par semaine
- faire les paiements à l’école où j’étudierai, réserver l’automobile pour se rendre à l’aéroport et en revenir, changer des yens, vérifier qu’on aura bien des cartes SIM à l’aéroport, etc.
- rencontrer la docteure et la pharmacienne pour la série de médicaments à apporter
- mettre à jour l’ordinateur portable pour qu’on ne rencontre aucun problème en l’ouvrant rendu là-bas
- acheter les cadeaux pour nos amis japonais (omiyagé)

C’était un extrait de ma liste consacrée au voyage. Ça me rappelle qu’il vaut mieux partir longtemps, étant donné que la liste est à peu près semblable quand on quitte pour trois semaines. J’ai donc l’impression de ne pas faire les efforts pour rien.

Mais j’ai une autre liste avec mes différents travaux en cours. Par exemple, j’ai fait mon dépôt initial no 2, un an et demi plus tard après le premier. Cette fois, je n’ose me réjouir trop vite après ce qui est arrivé avec le premier. La soutenance aura lieu un moment donné. Soit deux-trois jours avant que je prenne l’avion, soit quelques semaines après mon retour en 2019. Je pourrai dire que cette thèse aura vraiment exigée tout ce que je possédais de détermination. Je me sens comme un vêtement passé quinze fois à la laveuse avec l’eau de Javel et l’eau bouillante à chaque brassage. Je sors du lavage comme un t-shirt rendu blanc et au coton très aminci! Sentez-vous mon ton épuisé?(=_=)

Heureusement, je m’amuse toujours avec des activités connexes. J’ai eu la chance de faire un vidéo sur les valeurs japonaises dans Pokémon et Naruto avec Fred Bastien. On s’est bien amusés! Je continue aussi à faire des chroniques aux Éclaireurs, ma prochaine sera lundi le 17 septembre et j’y parlerai de l’écriture. Cet été, j’en ai fait une sur l’utilité des déguisements, le sens du mariage et la rentrée scolaire dans le monde. J’ai aussi participé à L'Heure du monde pour parler d’une université médicale discrimine systématiquement les femmes au Japon.

Voilà, c’est une partie de notre vie, avec la gestion du quotidien. Ce blogue redeviendra sûrement plus actif lors de notre voyage, n’hésitez pas à nous envoyer des messages! On mettra aussi des vidéos sur YouTube et sur Facebook! 楽しみ!

08 août 2018

Otakuthon 2018

La 13e édition de l'Otakuthon s'est tenue à Montréal, en fin de semaine dernière. Il y a eu 23 000 participants à cette année! Mais qu'est-ce que l'Otakuthon? C'est une convention, c'est-à-dire un "congrès" qui réunit les fans des dessins animés dans un même lieu. Et on encourage vivement les participants à y venir vêtus comme leur personnage préféré, ce qu'on appelle faire du "cosplay" (diminutif de "costume play"). C'est un peu comme le Comiccon, mais il y a moins de superhéros tirés de bande dessinées américaines. On se concentre davantage sur les animés japonais et les jeux vidéos. Comme vous pouvez le constater sur ces photos, plusieurs y consacrent des jours et des jours. Pour certains, cela se compte en mois. Et, comme la convention dure trois jours, certains en profitent même pour se déguiser en personnages différents à chaque jour.

C'était ma première participation. Comme nous venons de terminer les 720 épisodes des dessins animés de Naruto, et que Léo est en pleine lecture des mangas (donc le sujet revient souvent dans notre vie de famille!), j'avais choisi de "cosplayer" la mère de Naruto, la passionnée et bouillante Kushina! Comme elle sourit souvent, elle n'était pas trop difficile à "jouer" pour moi qui ai bien du mal à adopter une attitude "menaçante". ;)

Combien étions-nous à personnifier des gens du monde de Naruto? Plusieurs, comme la photo ci-bas le montre (il n'y a qu'une partie des cosplayeurs de Naruto dans celle-là). Alors que je parle de cet animé avec seulement quelques personnes depuis plusieurs mois, tout à coup j'ai rencontré plein de personnes qui avaient eu le même plaisir à le regarder ou le lire.

Depuis quelques années, non seulement on ne regarde plus tellement les vidéos sur une télé, mais on ne partage plus les mêmes "réseaux". Ils se sont fracturés en de multiples possibilités: le câble existe toujours, mais il y a maintenant Netflix, CrunchyRoll, AmazonPrime, HBO, YouTube, etc. Alors le lendemain, au bureau, on ne peut plus parler de la même série qui est passée la veille à la télé. Pourtant, les humains ont besoin de partager leurs expériences, leurs appréciations d'une création. Avec des intérêts aussi diversifiés en visionnement, il n'est pas étonnant que les conventions qui réunissent les gens autour d'un même champ d'intérêt soient de plus en plus populaires. Car ces rassemblements sont l’occasion de rencontrer des artistes d’un milieu qu’ils admirent, mais aussi de "personnifier" un héros. À travers ces "incarnations", les fans partagent la même admiration pour une création, il y a des liens d’amitié qui se créent et cela permet aussi de ressentir l'appartenance à un groupe.

Si vous êtes intéressés, j'ai fait une chronique à la radio, aux Éclaireurs sur le déguisement. Et pour voir davantage de photos des cosplayeurs, il y a ici.

Il y aura encore des Otakuthon à Montréal. Sans compter le Nadeshicon (Québec), le Animara Con (Sherbrooke) et la G-Convention (Gatineau)! Amusez-vous bien!

06 juin 2018

Lancement de livre le 28 juin

MariageIl me fait plaisir de vous inviter au lancement du livre Idole 1 - Anna de Charlevoix! Étant donné le thème du livre, le lancement aura lieu à la superbe Bibliothèque de La Malbaie. En plus, les oeuvres de mon père, Patrice Harvey, seront exposées en même temps: "Toutte est dans toutte!", comme on dit. Vous êtes tous les bienvenus pour ce 5 à 7 qui promet d'être lumineux!
Le livre sera en vente au coût de 14 dollars pour ceux et celles qui voudront se le procurer.

Résumé du roman
Anna Desgagnés travaille au Manoir Richelieu, l’hôtel le plus chic de Charlevoix. Elle y fait la rencontre de Charles Knight, un acteur qui méprise l'endroit. Elle lui propose de lui faire découvrir sa région montagneuse bordée du grand fleuve afin de lui prouver que Charlevoix est magnifique. Mais à travers ces cinq jours de visites, l'amour s’invite entre ces deux personnes provenant de mondes différents. Les amoureux décident de garder leur relation secrète afin d'éviter les paparazzis. Alors qu'Anna termine son année scolaire, Charles part pour faire la promotion de son dernier film. Sauront-ils poursuivre leur amour à distance? Leur secret pourra-t-il être gardé jusqu'à la graduation d'Anna? Les imprévus de la vie se chargeront de mettre leur amour à l'épreuve.

12 avril 2018

Le Prix jeunesse des Univers parallèles

Les Fleurs du Nord, le livre que j'aime le plus dans tout ce que j'ai écrit, a gagné le Prix jeunesse des Univers Parallèles. Plus de 500 élèves du secondaire ont voté. Et cette saga qui se déroule dans un monde médiéval japonais a remporté ce prix. Plusieurs élèves étaient là pour poser des questions, certains sont venus me rencontrer... C'est mon premier prix pour mon écriture et c'est pour le livre sur lequel j'ai le plus travaillé, que j'aime le plus... Alors je suis vraiment choyée et heureuse.

On peut bien dire que ce n'est pas important, les prix. C'est une affirmation que j'ai souvent entendue. Mais elle a besoin d'être nuancée. Évidemment, quand j'écris une histoire, c'est avant tout pour moi. C'est une question de survie si je veux continuer à écrire. Avec le petit nombre de livres que l'on vend, les rares commentaires, la difficulté à faire publier... On apprend vite à ne pas compter sur la reconnaissance. Si on continue d'écrire, c'est parce qu'on n'a pas le choix, parce que c'est un acte essentiel, parce qu'on aime ça.

Mais quand une passion pareille prend autant de temps, il peut arriver qu'on l'abandonne, malgré tout l'amour qu'on lui porte. Qu'on la mette de côté. La chanson, par exemple, n'a presque plus de place dans ma vie. On ne compose plus, on ne pratique plus, on n'y croit plus. On fait encore de la musique à l'occasion, en famille, mais on ne cherche plus à faire des concerts, à participer à des concours, à remettre à jour notre site web, à avancer. On aime ça, mais d'autres passions ont pris le dessus. Les enfants. Le japonais.

Et c'est là que la reconnaissance, sous différentes formes, a un rôle à jouer. Ça peut être des commentaires, un minimum de ventes ou un prix. Mais, de temps en temps, savoir que sa passion fait plaisir à d'autres apporte de l'énergie, nourrit. Cela donne la sensation que cela fait sens pour quelqu'un hors de nous-mêmes, de l'autre côté des pages. Quand ces personnages qui ne quittent pas notre cerveau d'écrivain fou réussissent à prendre vie chez un lecteur, une lectrice, c'est véritablement un miracle. Et c'est un partage infiniment précieux.

Et il y a aussi l'aide financière, qui est fort appréciée, surtout quand un ordinateur vieux de 11 ans vient de sauter!!!

On en revient à la vieille formule de Loto-Québec: un prix, ça ne change pas le monde, sauf que... À l'échelle humaine, ça réchauffe le coeur.

Merci à mon éditrice Stéphanie Durand qui a aimé cette histoire; à mes amies japonaises qui ont révisé les textes en japonais et qui ont calligraphié les caractères; merci à Québec Amérique pour le montage, la couverture, le travail; merci à Claude Janelle pour l'organisation de ce prix; aux trois membres du jury qui ont sélectionnés ce livre; aux enseignants qui l'ont fait lire; et surtout aux élèves qui l'ont lu! ありがとうございます!

04 avril 2018

« Toutes nos excuses pour avoir fait un enfant »

「子どもができてすみません」C’est ainsi que se traduisent les mots d’un futur père qui est allé rencontrer le directeur de la garderie où travaille sa femme. Ils se sont excusés tous les deux, car ils avaient mis la garderie dans l’embarras: l’employée est devenue enceinte au mauvais moment, elle n’a pas attendu « son tour ». En effet, d’autres femmes à l’emploi depuis plus longtemps dans cette garderie n’ont pas encore eu de bébé. Malgré les excuses, le lendemain, la pauvre employée se faisait reprocher son « erreur ». Cet exemple de matahara (le harcèlement des mères, de l’anglais « maternity harassment ») a choqué son mari qui a terminé sa lettre dans l’Asahi Shimbun ainsi:

Les éducatrices des garderies sacrifient leurs propres enfants pour prendre soin de ceux des autres. C’est une noble profession de faire grandir les enfants qui construiront le futur de notre pays. Je respecte ma femme à cause de son engagement dans sa carrière, et je continuerai de l’encourager. Mais ces conditions de travail difficiles pour celles qui prennent soin des enfants sont le signe d’un pays rétrograde.

Heureusement, la réaction des Japonais fut majoritairement en support pour le couple. Dans un pays où la dénatalité des dernières décennies frappe de plein fouet, le nombre de Japonais diminuant à chaque année, cette façon de traiter les femmes sur le marché du travail a choqué. Ce qui m'a fait penser au texte d'une blogueuse anonyme, Crève Japon!, publié en 2016 et au support qu'elle avait reçu. Mais la situation n’est pas nouvelle: les plaintes pour harcèlement suite à une grossesse ne cessent de faire les nouvelles, un tribunal de Tokyo ayant même condamné une entreprise l’an dernier suite à un licenciement abusif, déguisé en démission.

Une pharmacienne que j’avais rencontrée dans le cadre de ma maîtrise avait témoigné de cette situation: « Quand mon plus jeune a eu trois ans, j'ai dû démissionner. S’il était malade, on me demandait pourquoi je prenais un jour de congé. Mon employeur ne pouvait pas me dire: "Démissionne!" et me mettre dehors, mais je sentais une pression constante. Ça commençait à poser problème, alors j'ai démissionné. »

Le « boss-partum », soit des patrons qui souhaiteraient éviter au maximum les inconvénients des absences causées par les congés de maternité, n’existe pas seulement au Japon. Mais le Forum économique mondial a fait perdre quelques points au Japon l’an dernier, le classant 114e (sur 144) au chapitre de l’égalité homme-femme.

« Toutes nos excuses pour avoir fait un enfant ».
Ce sont des mots qu’on ne devrait jamais entendre.

25 mars 2018

L'automne 2018 au Japon en famille

Nous partons trois mois au Japon, cet automne. Du début octobre à la fin décembre, nous serons à Kyoto en famille. Les billets sont déjà achetés. Il n’y a plus de raison de reculer.

Le projet initial était de partir un an. Mais ayant eu des problèmes avec mon doctorat, l’idée d’un postdoctorat s’est évanouie. Quand j’ai appris qu’il serait impossible de soutenir ma thèse l’an dernier, ce fut l’une des conséquences les plus pénibles à assumer: la préparation vers un séjour prolongé à l’étranger avait été faite pour rien…

Un an au Japon avec les enfants, ça se prépare longtemps d’avance pour minimiser les difficultés. Cours de japonais pour les enfants, montage d’un projet postdoctoral avec un professeur là-bas, demande de bourse, budget, étude des caractères à tous les jours, etc. Ce n’est qu’une petite part de ce qui doit être fait pour favoriser l’intégration.

On a donc eu de longues discussions de couple. Qu’allions-nous faire maintenant?

Pourquoi c’était si important de partir en 2018? Parce que je suis à la fin de mes études, donc entre deux « situations », entre la flexibilité et l’ancrage. Aussi parce que notre plus grand termine sa 1re année. Il sait lire le français, il sait aussi lire le japonais de base (même s’il ne comprend pas la plupart du vocabulaire). Intégrer une école japonaise cet automne lui permet d’arriver au même niveau d’écriture que les autres : en commençant à apprendre les caractères compliqués (kanji). Y aller plus tard dans notre vie, c’est peut-être ne jamais y aller car j’aurai de plus en plus de mal à mettre de côté mes emplois ici, les enfants auront aussi de plus en plus de difficultés à s’immerger complètement à l’école. Pour toutes ces raisons, c’était le bon moment.

Pourquoi c’était si important de partir au Japon? Parce que ça fait dix-sept ans maintenant que j’ai commencé à l’étudier et je ne m’en lasse pas… C’est plausible de croire que je continuerai de m’y intéresser! Je dois donc comprendre mieux, continuer d’apprendre. Si j’ai obtenu le niveau intermédiaire de l’examen que j’ai passé en décembre (JLPT N3), j’aimerais passer à un autre niveau pour pouvoir lire plus couramment.

On part donc. On se concentre sur cet essentiel qu’on a réussi à définir. Nos objectifs sont peu nombreux, mais immenses en même temps:

- Améliorer mon japonais. Pour ce faire, je suis inscrite à une école spécialisée, cinq jours par semaine pendant trois mois. Nous serons donc basés à Kyoto pour toute la durée du séjour. Ce sera loin d’être des vacances!

- Que les enfants améliorent aussi leur japonais (et mon chum aussi, c’est sûr!). C’est pourquoi on va tenter d’inscrire Léo à l’école et Émi à la garderie. Si ce n’est pas possible, on va engager un tuteur privé.

Il me reste donc à finir le doctorat avant le départ. Six mois seulement nous séparent du début de l’aventure. Comme d’habitude, ce projet apportera son lot d’imprévus. À chacun de ces séjours, on revient un peu changés, la tête pleine d’idées en germe et de rêves à venir. On vous tient au courant!