Pour les artistes (entre autres), l’arrivée de cette pandémie, et la suspension de toutes les activités culturelles, ça crève le cœur. La superbe pièce Ceux qui se sont évaporés au Théâtre d’Aujourd’hui qui raconte un cas de disparition volontaire, inspirée par les évaporés du Japon (j’en ai parlé ici à Pénélope) est suspendue, comme c’est le cas de tous les événements qui nous rassemblent.
Et c’est normal. Je suis rassurée que le gouvernement québécois prenne au sérieux l’arrivée de la vague à venir. Car le tsunami nous atteindra aussi. Aussi bien se réfugier dans nos terres, dans nos foyers chaleureux. C’est que je ferai avec mes petits. Et on dessine sur le thème de Ça fait rire les oiseaux.
Mais je ne serai pas au Nadeshicon (convention cosplay) pour faire des conférences, je n’irai probablement pas au Salon du livre de Québec, je ne ferai pas de lancements pour parler de mon nouveau roman, mon extraordinaire roman, mon tout nouveau chéri, L’Héritage du Kami.
Inari, le kami dont je parle dans ce récit, un dieu japonais bien connu, est particulièrement tortueux et imprévu. Si j’étais superstitieuse, je pourrais partir une folle théorie: et si ce kami avait voulu que ce soit si compliqué de parler de lui? Mais ne démarrons pas de nouvelles rumeurs, il y en a déjà trop!
C’est le temps de faire tout ce qu’on n’a jamais le temps de faire. Je n’ai jamais le temps d’écrire souvent sur mon blogue, je soupire devant ma pile de livres à lire, j’ai envie d’écouter des séries, je veux jouer à des jeux de société avec mes enfants.
C’est le temps de se parler. On a besoin des autres. Les réseaux sociaux peuvent remplir leur fonction sociale: parlons de nos douces nouvelles, intervenons quand un de nos amis poste une fausse nouvelle, rassurons avec des faits quand s’expriment les inquiétudes, rappelons pourquoi nous prenons des mesures, la solidarité dont il faut faire preuve.
C’est le temps de se réunir autrement. Pour ma part, je vous invite à un projet numérique: la lecture publique de trois de mes romans. À partir du 17 mars, je commence le projet L’heure du conte sur Facebook. Les vendredis, je mettrai ensuite ces vidéos sur ma chaine YouTube.
Le 17, 18 et 19 mars, à 20h, je lirai des scènes du roman Les Fleurs du Nord en live.
Puis le 24, 25 et 26 mars, ce sera des extraits de L’Ombre du Shinobi.
Finalement, le 31 mars, 1er et 2 avril, je lirai des parties de mon prochain roman L’Héritage du Kami, dont le lancement a été retardé.
Mon éditeur, Québec Amérique, est solidaire avec ses auteurs. Depuis vendredi, il est possible de commander leurs livres en ligne et ils seront livrés chez vous, sans frais de livraison.
C’est un printemps stressant, car on ne contrôle pas ce qui nous entoure. Il faut parfois penser à autre chose, sortir de notre environnement. Et il y a l’imagination. Pour moi, ce sera une saison de lecture. Et je vous souhaite la santé!
15 mars 2020
27 février 2020
Coupe ta moustache, Jacques Nantel!
J’ai une histoire extraordinaire à vous raconter. Comme vous le savez, depuis octobre dernier, j’ai commencé à faire de la télé à On va se le dire. En janvier, l’un des intervenants à côté de moi était Jacques Nantel, professeur émérite au HEC de Montréal, que j’avais déjà rencontré à la radio. Pendant les pauses de l’émission, alors que les maquilleurs passent pour nous refaire une beauté, il parlait avec Sébastien Diaz, notre animateur préféré. Et il disait qu’il avait le rêve de raser sa moustache cinquantenaire pour une bonne cause.
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde, pourrait-on dire! Je lui ai parlé de la maladie de mon filleul de 8 ans, Justin, la dystrophie musculaire de Duchenne. Pendant mon trajet de retour vers Lévis, j’ai réfléchi. Ça m’a pris deux jours avant de prendre mon courage à deux mains pour lui écrire avec la proposition du projet. Et il m’a répondu que oui, il était d’accord!
Après quelques semaines de travail pour visiter un laboratoire du CHU de Québec, en avoir parlé avec l’équipe d'On va se le dire, le projet Coupe ta moustache est maintenant en branle! Le but est d’atteindre 100 000$. Et le rasage de la moustache se fera en ondes, à On va se le dire, en avril!
Je remercie Monsieur Nantel de permettre à tous les enfants atteints de cette maladie d’espérer voir avancer les possibilités de traitement. Et un grand merci à vous aussi pour les dons! Il n'y a AUCUN don trop petit: un cinq dollars est un pas vers l'espoir!
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde, pourrait-on dire! Je lui ai parlé de la maladie de mon filleul de 8 ans, Justin, la dystrophie musculaire de Duchenne. Pendant mon trajet de retour vers Lévis, j’ai réfléchi. Ça m’a pris deux jours avant de prendre mon courage à deux mains pour lui écrire avec la proposition du projet. Et il m’a répondu que oui, il était d’accord!
Après quelques semaines de travail pour visiter un laboratoire du CHU de Québec, en avoir parlé avec l’équipe d'On va se le dire, le projet Coupe ta moustache est maintenant en branle! Le but est d’atteindre 100 000$. Et le rasage de la moustache se fera en ondes, à On va se le dire, en avril!
Je remercie Monsieur Nantel de permettre à tous les enfants atteints de cette maladie d’espérer voir avancer les possibilités de traitement. Et un grand merci à vous aussi pour les dons! Il n'y a AUCUN don trop petit: un cinq dollars est un pas vers l'espoir!
14 janvier 2020
Et que s’ouvre 2020!
Janvier a pris sa place cette semaine, la neige tombant avec enthousiasme sur ma ville. Dimanche, on a passé la journée en pyjama à lire des livres, à écouter l’animé Haikyû avec les enfants, à manger des pâtisseries ramenées de Charlevoix (merci à mes parents, ma tante et ma marraine!) en regardant le blanc envahir nos fenêtres. J’aime l’hiver car elle m’oblige à ces moments. C’est une saison qui stimule mon imagination. J’ai donc démarré l’écriture d’un essai sur les papas, me croisant les doigts pour le voir publier en 2020. Je vous tiendrai au courant.
J’ai aussi lu à voix haute les 400 pages de mon prochain roman, prévu pour le début mars. Léo voulait participer à l’aventure et il profitait de tous les moments possibles des vacances pour entendre enfin les combats que je résumais aux soupers de l’été dernier.
2019, c’est une vraie année de clôture pour moi. Une décennie à la maîtrise et au doctorat s’est achevée. Ce qui ne veut pas dire que j’en ai terminé avec les études. J’attends des nouvelles à ce sujet d’ailleurs.
Une chose qui ne change pas, c’est mon intérêt pour le Japon. Je suis allée au Japon pour la 5e fois l’an dernier. Je ne prévois pas y retourner en 2020, mais j’aimerais beaucoup pouvoir en parler en ondes. Comme l’Empire du soleil levant est très loin, ce pays n’est pas tellement présent dans les médias, mais peut-être que les Jeux olympiques de cet été me permettront d’en parler plus souvent!
Mon expérience de recherchiste à Radio-Canada pour la radio a été super agréable en fin d’année. C’est un nouveau rapport à la recherche que j’explore, beaucoup plus en lien avec les gens. Et j’apprivoise la télé, bien entourée de gens plus expérimentés.
Bref, côté travail, c’est éclaté, encore difficile à prévoir. C’est une année pleine de possibilités.
Côté famille, Émi, à 5 ans, a obtenu sa ceinture jaune-blanche en judo, parce qu’elle « a une attitude modèle qui lui permet d’avancer très vite » a dit le professeur devant tout le monde. Vous pouvez imaginer sa fierté! Elle n’a pas encore commencé l’école, mais elle fait des devoirs de japonais tous les matins, copiant les hiraganas, s’amusant aussi avec notre alphabet.
Léo, quant à lui, développe sa réflexion, expliquant à ses amis la théorie des « trois tamis » qui le fascine en ce moment. Il lit beaucoup à propos de la géologie et veut intervenir à tout moment dans ses cours de science, m’a-t-il raconté! Sa professeure m’indiquait que le seul problème était « qu’il ne rangeait pas son livre quand elle le demandait ».
Philippe continuera certainement à développer son intérêt pour la menuiserie cette année car nous sommes en train de réorganiser le condo. Il crée des bibliothèques et des étagères. On ne vend plus le condo alors on va bien s’installer!
Gros bisous et bonne année à tout le monde!
J’ai aussi lu à voix haute les 400 pages de mon prochain roman, prévu pour le début mars. Léo voulait participer à l’aventure et il profitait de tous les moments possibles des vacances pour entendre enfin les combats que je résumais aux soupers de l’été dernier.
2019, c’est une vraie année de clôture pour moi. Une décennie à la maîtrise et au doctorat s’est achevée. Ce qui ne veut pas dire que j’en ai terminé avec les études. J’attends des nouvelles à ce sujet d’ailleurs.
Une chose qui ne change pas, c’est mon intérêt pour le Japon. Je suis allée au Japon pour la 5e fois l’an dernier. Je ne prévois pas y retourner en 2020, mais j’aimerais beaucoup pouvoir en parler en ondes. Comme l’Empire du soleil levant est très loin, ce pays n’est pas tellement présent dans les médias, mais peut-être que les Jeux olympiques de cet été me permettront d’en parler plus souvent!
Mon expérience de recherchiste à Radio-Canada pour la radio a été super agréable en fin d’année. C’est un nouveau rapport à la recherche que j’explore, beaucoup plus en lien avec les gens. Et j’apprivoise la télé, bien entourée de gens plus expérimentés.
Bref, côté travail, c’est éclaté, encore difficile à prévoir. C’est une année pleine de possibilités.
Côté famille, Émi, à 5 ans, a obtenu sa ceinture jaune-blanche en judo, parce qu’elle « a une attitude modèle qui lui permet d’avancer très vite » a dit le professeur devant tout le monde. Vous pouvez imaginer sa fierté! Elle n’a pas encore commencé l’école, mais elle fait des devoirs de japonais tous les matins, copiant les hiraganas, s’amusant aussi avec notre alphabet.
Léo, quant à lui, développe sa réflexion, expliquant à ses amis la théorie des « trois tamis » qui le fascine en ce moment. Il lit beaucoup à propos de la géologie et veut intervenir à tout moment dans ses cours de science, m’a-t-il raconté! Sa professeure m’indiquait que le seul problème était « qu’il ne rangeait pas son livre quand elle le demandait ».
Philippe continuera certainement à développer son intérêt pour la menuiserie cette année car nous sommes en train de réorganiser le condo. Il crée des bibliothèques et des étagères. On ne vend plus le condo alors on va bien s’installer!
Gros bisous et bonne année à tout le monde!
27 novembre 2019
Lancement de Idole 2
J'ai publié beaucoup d'ouvrages sur le Japon, mais j'ai aussi écrit des romans qui se déroulent dans Charlevoix, dont La Pomme de Justine et la série Idole, dont le premier tome s'intitule justement Anna de Charlevoix. Cette série de romans raconte l'histoire d'amour entre une vedette d'Hollywood et une Charlevoisienne qui se rencontre au Manoir Richelieu. Et c'est en fait les premiers romans que j'ai écrits, même avant mon premier ouvrage, Passion Japon. Je poursuis la publication, en vente uniquement dans Charlevoix.
Le lancement aura lieu le 6 décembre, à la Librairie Baie-Saint-Paul. Pour ceux et celles qui voudraient le lire en format papier, mais qui ne peuvent pas se rendre dans Charlevoix, vous pouvez m'écrire un petit mot, j'en ai aussi à la maison! :) Au plaisir de vous rencontrer!
Le lancement aura lieu le 6 décembre, à la Librairie Baie-Saint-Paul. Pour ceux et celles qui voudraient le lire en format papier, mais qui ne peuvent pas se rendre dans Charlevoix, vous pouvez m'écrire un petit mot, j'en ai aussi à la maison! :) Au plaisir de vous rencontrer!
19 novembre 2019
La télé est-elle mon amie?
Je n’ai pas écrit sur mon blogue depuis mon retour du Japon. Le décalage horaire bien sûr a frappé. Le début de mon enseignement de japonais m’a pris du temps aussi. Mais étonnamment, ce sont les médias qui ont occupé la majeure partie de mes heures de travail. Et c’est bienvenu.
Car je dois avouer qu’après dix ans aux études supérieures (maîtrise et doctorat cumulés), je n’étais pas prête à m’embarquer dans un postdoctorat. J’espère pouvoir le faire plus tard, mais après avoir fait autre chose. Seulement… quoi?
Au moment où je me posais la question, j’ai reçu une invitation pour venir parler du changement d’heure à On va se le dire, à la télé de Radio-Canada. J’ai dit oui, car c’est un sujet qui me « gosse » deux fois par année. Puis ils m’ont demandé de revenir, et de revenir encore. J’ai fais donc plusieurs allers-retours à Montréal depuis quelques temps.
On m’a aussi contactée pour être recherchiste pour deux émissions spéciales de Ça prend un village qui seront diffusées pendant le temps des Fêtes à la radio. J’ai donc une carte d’employée de Radio-Canada pour quelques temps, c’est le fun. Je n’ai jamais été recherchiste pour une émission, mais j’ai déjà fait beaucoup de recherches et quelques centaines d’entrevues, alors c’est un bel assemblage des deux.
J’ai refait de la radio aussi, je suis allée discuter de la semaine de quatre jours à Du côté de chez Catherine un dimanche. Léo est venu avec moi à Montréal, on a fait la route ensemble, on est allés manger chinois.
La télé c’est un média qui dévoile tout. D’habitude, on ne voit pas mes gestes derrière le micro. À la télé, oui! Je parle toujours en faisant des faces... À la télé, c’est visible. Ton apparence, ton attitude, tout est là. Et n’étant pas comédienne, je n’ai rien d’autre à offrir que mon habituelle expressivité. Au début, je me questionnais beaucoup sur cela. Avant de comprendre que je n’avais qu’à simplement m’amuser, écouter, réagir avec les autres, des invités tous plus fascinants à découvrir les uns que les autres.
L’année 2020 approche, je me laisse encore un peu de temps pour pouvoir dire oui à des contrats momentanés, à des participations ponctuelles qui me motivent. En attendant de décanter le long processus universitaire et de (peut-être) mieux savoir où je m’en vais par la suite.
De toute façon, ma liste des choses à faire est déjà longue. Je viens d’y ajouter: corrections finales de L’Héritage du Kami, mon troisième roman dans le monde d’inspiration japonaise qui sortira chez Québec Amérique (en mars)! Finalement, j’ai très hâte à 2020!
Si vous venez au Salon, n’hésitez pas!
Car je dois avouer qu’après dix ans aux études supérieures (maîtrise et doctorat cumulés), je n’étais pas prête à m’embarquer dans un postdoctorat. J’espère pouvoir le faire plus tard, mais après avoir fait autre chose. Seulement… quoi?
Au moment où je me posais la question, j’ai reçu une invitation pour venir parler du changement d’heure à On va se le dire, à la télé de Radio-Canada. J’ai dit oui, car c’est un sujet qui me « gosse » deux fois par année. Puis ils m’ont demandé de revenir, et de revenir encore. J’ai fais donc plusieurs allers-retours à Montréal depuis quelques temps.
On m’a aussi contactée pour être recherchiste pour deux émissions spéciales de Ça prend un village qui seront diffusées pendant le temps des Fêtes à la radio. J’ai donc une carte d’employée de Radio-Canada pour quelques temps, c’est le fun. Je n’ai jamais été recherchiste pour une émission, mais j’ai déjà fait beaucoup de recherches et quelques centaines d’entrevues, alors c’est un bel assemblage des deux.
J’ai refait de la radio aussi, je suis allée discuter de la semaine de quatre jours à Du côté de chez Catherine un dimanche. Léo est venu avec moi à Montréal, on a fait la route ensemble, on est allés manger chinois.
La télé c’est un média qui dévoile tout. D’habitude, on ne voit pas mes gestes derrière le micro. À la télé, oui! Je parle toujours en faisant des faces... À la télé, c’est visible. Ton apparence, ton attitude, tout est là. Et n’étant pas comédienne, je n’ai rien d’autre à offrir que mon habituelle expressivité. Au début, je me questionnais beaucoup sur cela. Avant de comprendre que je n’avais qu’à simplement m’amuser, écouter, réagir avec les autres, des invités tous plus fascinants à découvrir les uns que les autres.
L’année 2020 approche, je me laisse encore un peu de temps pour pouvoir dire oui à des contrats momentanés, à des participations ponctuelles qui me motivent. En attendant de décanter le long processus universitaire et de (peut-être) mieux savoir où je m’en vais par la suite.
De toute façon, ma liste des choses à faire est déjà longue. Je viens d’y ajouter: corrections finales de L’Héritage du Kami, mon troisième roman dans le monde d’inspiration japonaise qui sortira chez Québec Amérique (en mars)! Finalement, j’ai très hâte à 2020!
Si vous venez au Salon, n’hésitez pas!
12 octobre 2019
Le sens du voyage
J’écris de Kyoto. C’est normalement la journée où j’aurais dû prendre le train vers Tokyo, puis l’avion vers chez moi, mais le typhon Hagibis a changé les plans. J’ai retardé mon retour pour être sûre de pouvoir circuler. Les trains sont toujours au ralenti ce matin et l’aéroport rouvrira cet après-midi, alors c’était la bonne chose à faire. À Kyoto, la situation est restée calme, du vent et de la pluie en grande partie, mais la région centrale et le nord du Japon ont subi plusieurs inondations. Il y a quatre morts, 17 personnes disparues et une centaine de blessés jusqu’à maintenant. J’ai pu suivre la situation à la télévision toute la journée hier.
Mes dix jours au Japon se sont bien passés. J’ai rencontré plusieurs personnes en personne pour la première fois, dont David Brulotte, le délégué général du Québec à Tokyo, Maud Archambault, qui a contribué avec moi au Fabuleux Japon publié chez Ulysse et plusieurs professeurs! J’ai aussi visité plusieurs amis de longue date, ce qui est un vrai bonheur.
Lors du colloque de sociologie de Japan Sociological Society, où j’étais invitée, j’ai fait ma communication sur les pères québécois et japonais. C’était en anglais, ce qui est une première pour moi! Cet événement fut intéressant, mais il y avait huit intervenants qui se succédaient pendant trois heures sans pause, ce qui est difficile pour la concentration. De plus, les sujets des panels étaient très disparates, ce qui ne favorisaient pas la réunion des gens en fonction de leur intérêt. Le dimanche, je suis allée à un panel (de huit intervenants) sur le seul sujet des minorités sexuelles au Japon, et c’était plein, ce qui démontre que c’est préférable de mettre ensemble les chercheurs ayant des thèmes communs.
J’ai ensuite visité brièvement Matsumoto et Nagano. Il y a longtemps que je voulais découvrir la région montagneuse, au centre de l’île principale. J’étais dans un ryokan, c’était fort agréable. Le moment que j’ai préféré fut au Zenkô-ji de Nagano, où l’un des moines a remarqué que je visitais seule et que je parlais japonais. Il est venu me voir, m’a demandé si je lui accordais quelques minutes et m’a fait visiter. C’était infiniment sympathique et cela a rendu mon expérience mémorable. Merci!
À Kyoto, j’ai visité une classe de littérature francophone à l’université Kyoto Gaikoku-go. J’ai parlé devant une classe en japonais pendant près d’une heure! Ça aussi, c’était une première! On pourra dire que j’ai repoussé mes frontières pendant ce court séjour au Japon! Je remercie les deux professeurs qui m’ont accueillie dans leurs classes, car c’est l’un de mes moments favoris du voyage. Les étudiants étaient super sympathiques, ils ont ri et étaient intéressés. Un grand bonheur!
Finalement, ce sont les moments où je rencontre d’autres personnes, où j’ai le temps d’avoir une longue conversation avec une amie autour d’un thé, ou en marchant lentement dans un vieux temple, que je ressens le plus que le voyage a un sens. Sans aucun doute parce qu’à travers ces discussions, ces rencontres, je change un peu à chaque fois. Et c’est le souvenir le plus précieux que je ramène de chacun de mes séjours.
Mes dix jours au Japon se sont bien passés. J’ai rencontré plusieurs personnes en personne pour la première fois, dont David Brulotte, le délégué général du Québec à Tokyo, Maud Archambault, qui a contribué avec moi au Fabuleux Japon publié chez Ulysse et plusieurs professeurs! J’ai aussi visité plusieurs amis de longue date, ce qui est un vrai bonheur.
Lors du colloque de sociologie de Japan Sociological Society, où j’étais invitée, j’ai fait ma communication sur les pères québécois et japonais. C’était en anglais, ce qui est une première pour moi! Cet événement fut intéressant, mais il y avait huit intervenants qui se succédaient pendant trois heures sans pause, ce qui est difficile pour la concentration. De plus, les sujets des panels étaient très disparates, ce qui ne favorisaient pas la réunion des gens en fonction de leur intérêt. Le dimanche, je suis allée à un panel (de huit intervenants) sur le seul sujet des minorités sexuelles au Japon, et c’était plein, ce qui démontre que c’est préférable de mettre ensemble les chercheurs ayant des thèmes communs.
J’ai ensuite visité brièvement Matsumoto et Nagano. Il y a longtemps que je voulais découvrir la région montagneuse, au centre de l’île principale. J’étais dans un ryokan, c’était fort agréable. Le moment que j’ai préféré fut au Zenkô-ji de Nagano, où l’un des moines a remarqué que je visitais seule et que je parlais japonais. Il est venu me voir, m’a demandé si je lui accordais quelques minutes et m’a fait visiter. C’était infiniment sympathique et cela a rendu mon expérience mémorable. Merci!
À Kyoto, j’ai visité une classe de littérature francophone à l’université Kyoto Gaikoku-go. J’ai parlé devant une classe en japonais pendant près d’une heure! Ça aussi, c’était une première! On pourra dire que j’ai repoussé mes frontières pendant ce court séjour au Japon! Je remercie les deux professeurs qui m’ont accueillie dans leurs classes, car c’est l’un de mes moments favoris du voyage. Les étudiants étaient super sympathiques, ils ont ri et étaient intéressés. Un grand bonheur!
Finalement, ce sont les moments où je rencontre d’autres personnes, où j’ai le temps d’avoir une longue conversation avec une amie autour d’un thé, ou en marchant lentement dans un vieux temple, que je ressens le plus que le voyage a un sens. Sans aucun doute parce qu’à travers ces discussions, ces rencontres, je change un peu à chaque fois. Et c’est le souvenir le plus précieux que je ramène de chacun de mes séjours.
30 septembre 2019
Décrochage des garçons: des activités selon le sexe? Si c’était si facile…
La semaine dernière, une école de Gatineau a dévoilé que les garçons et les filles de 5e année avaient été mis dans des classes séparées. Ce n’est pas un phénomène nouveau de séparer les genres et ce n’est pas ce qui a soulevé le plus de critiques.
Ce qui a mis le feu aux poudres du net, c’est plutôt le fait que les garçons et les filles n’avaient pas les mêmes activités. Aux gars, on parlait de robotique et de techno; aux filles de littérature et de jardinage. Des idées qui semblent venir tout droit d’une autre époque.
Par hasard, la semaine dernière, c’était aussi la sortie du livre très émouvant de François Cardinal qui dévoile avoir eu bien du mal à l’école parce que celle-ci était mal adaptée à ses intérêts, à sa façon d’apprendre. Ne suffisait qu’un petit pas de plus pour qu’on comprenne que l’école québécoise est adaptée aux filles et à leur tempérament calme et réfléchi, ce qu’a fait M. Cardinal à Pénélope et le chroniqueur Patrick Lagacé. Ce dernier reproche à tous les « hyper-progressistes » de porter peu d’attention au décrochage des garçons.
Quand je me suis indignée de cette nouvelle, je ne me suis jamais considérée comme « hyper-progressiste ». Je me suis juste dit que je n’aurais jamais eu le choix que j’ai eu.
En 5e année, je gagnais des concours de maths, j’aurais probablement été fan de robotique si ça avait existé (j’ai après tout fait un peu de programmation plus tard). Mais j’étais aussi typiquement attirée par la lecture. J’étais donc une fille qui a suivi un parcours science jusqu’à la fin du secondaire, hésitant entre les possibilités: des intérêts plus « garçon » et d’autres plus « fille ». On aurait fait quoi avec moi?
Je n’étais pas un cancre, alors on me répliquera que l’école était faite pour moi, jeune fille en plein épanouissement. À Gatineau, j’aurais juste appris plus tôt que mon étiquette « fille » me prédisposait à la littérature.
Mais des gars qui détestent l’éducation physique, j’en ai connu. Des gars qui aiment lire, mais qui ne veulent pas se faire traiter de moumounes parce que c’est l’étiquette qu’on leur donne. Des gars qui aiment le jardinage, tiens. On fait quoi avec eux?
Et des filles qui capotent sur les jeux vidéo, mais qui ont bien du mal à le dire parce que ça a une étiquette « garçon », j’en ai rencontré plusieurs dans le cadre d’une étude sur les femmes en TI que je suis en train de terminer. On fait quoi avec elles?
Des filles qui ont du mal à rester tranquillement assises sur leur chaise, ça existe aussi, j’en ai fréquenté de près. Elles auraient eu besoin de la même chose que ces gars qui bougent plus. On fait quoi avec elles?
Ça commence à faire plusieurs personnes « atypiques ». Savez-vous à quel point c’est difficile de dire qu’on aime un domaine pour lequel une étiquette genrée est apposée? Est-ce qu’on croit vraiment qu’en associant des intérêts à un genre, on aura réglé la question et que les garçons réussiront mieux à l’école, tout à coup? C’est ça, la solution gagnante dans le reste du Canada (où il y a moins de décrochage), vraiment?
Ce sont les étiquettes pré-apposées qui nuisent. Je comprends que ça rassure, que c’est plus facile quand nos intérêts correspondent à ce que l’on attend de nous. Mais c’est justement ce qui crée le déséquilibre: la catégorie « fille » se fait dire qu’être calme et rester tranquille, c’est un must pour elle. La catégorie « garçon » est encouragée à être active, à se salir. Rendu à l’école, la première est déjà « éduquée » à rester sage. Les filles qui ont d’autres intérêts que la « norme » peuvent être étiquetées comme « tomboy » ou encore paraître « fortes ». Mais les gars qui ont des intérêts vers des activités de filles, quels mots utilisent-on? Et on se surprend après que chacun des genres « favorisent » en masse des activités typiques de leur genre, sans explorer « l’autre bord » par peur d’avoir l’étiquette?
Je pensais que « les filles au jardinage » « les gars en techno », on se doutait déjà que ce n’était pas une solution potable, surtout quand on sait que c’est le milieu socioéconomique qui détermine vraiment le décrochage, pas le sexe.
Ce serait la base du succès de ne pas limiter les intérêts des enfants, de leur ouvrir toutes les portes et de les encourager à persévérer dans une passion qui les accroche à l’école. Impro, techno, art, photo, musique, jardinage, soccer, peu importe. Sans que l’étiquette « fille » ou « gars » vienne les empêcher de s’y lancer avec enthousiasme.
François Cardinal a raison sur un point essentiel: l’école est rigide, elle suit un parcours préétabli à lequel il faudrait tous correspondre. Ça fait un moment qu’on le sait, que les chercheurs le dénoncent. Il faut faire varier les méthodes pour que les enfants s’y retrouvent, développent le plaisir de l’apprentissage. Ça se peut, on le fait dans plusieurs écoles où il y a des programmes spéciaux qui motivent les jeunes: l’école secondaire d’Arvida a même ouvert un spécial E-Sport, wow! À ce que je sache, les filles aussi peuvent s’inscrire, mais si on leur a déjà confirmé au primaire que c’était étiqueté « gars », elles hésiteront en masse.
Si ma fille a envie de science, vas-y. Si t’as envie de littérature, lance-toi.
Mon fils, tu as envie de jardinage? Pas de trouble. Les maths et Minecraft? Super!
Si les gars ont envie de cultiver des plantes, il faut qu’ils se sentent à l’aise de le dire. Si elles trippent sur les jeux vidéo, il faut qu'elles puissent s’y inscrire sans un instant d’hésitation.
Mais bon, des études de chercheurs qui s’entendent et pointent dans la même direction, quand ça ne rejoint pas notre propos, on n’en a pas tellement besoin.
Je vais arrêter d’écrire maintenant parce que j’ai du mal à rester tranquillement assise sur ma chaise. De toute façon, la réussite des garçons à l’école, on s’en occupe à Gatineau.
Ce qui a mis le feu aux poudres du net, c’est plutôt le fait que les garçons et les filles n’avaient pas les mêmes activités. Aux gars, on parlait de robotique et de techno; aux filles de littérature et de jardinage. Des idées qui semblent venir tout droit d’une autre époque.
Par hasard, la semaine dernière, c’était aussi la sortie du livre très émouvant de François Cardinal qui dévoile avoir eu bien du mal à l’école parce que celle-ci était mal adaptée à ses intérêts, à sa façon d’apprendre. Ne suffisait qu’un petit pas de plus pour qu’on comprenne que l’école québécoise est adaptée aux filles et à leur tempérament calme et réfléchi, ce qu’a fait M. Cardinal à Pénélope et le chroniqueur Patrick Lagacé. Ce dernier reproche à tous les « hyper-progressistes » de porter peu d’attention au décrochage des garçons.
Quand je me suis indignée de cette nouvelle, je ne me suis jamais considérée comme « hyper-progressiste ». Je me suis juste dit que je n’aurais jamais eu le choix que j’ai eu.
En 5e année, je gagnais des concours de maths, j’aurais probablement été fan de robotique si ça avait existé (j’ai après tout fait un peu de programmation plus tard). Mais j’étais aussi typiquement attirée par la lecture. J’étais donc une fille qui a suivi un parcours science jusqu’à la fin du secondaire, hésitant entre les possibilités: des intérêts plus « garçon » et d’autres plus « fille ». On aurait fait quoi avec moi?
Je n’étais pas un cancre, alors on me répliquera que l’école était faite pour moi, jeune fille en plein épanouissement. À Gatineau, j’aurais juste appris plus tôt que mon étiquette « fille » me prédisposait à la littérature.
Mais des gars qui détestent l’éducation physique, j’en ai connu. Des gars qui aiment lire, mais qui ne veulent pas se faire traiter de moumounes parce que c’est l’étiquette qu’on leur donne. Des gars qui aiment le jardinage, tiens. On fait quoi avec eux?
Et des filles qui capotent sur les jeux vidéo, mais qui ont bien du mal à le dire parce que ça a une étiquette « garçon », j’en ai rencontré plusieurs dans le cadre d’une étude sur les femmes en TI que je suis en train de terminer. On fait quoi avec elles?
Des filles qui ont du mal à rester tranquillement assises sur leur chaise, ça existe aussi, j’en ai fréquenté de près. Elles auraient eu besoin de la même chose que ces gars qui bougent plus. On fait quoi avec elles?
Ça commence à faire plusieurs personnes « atypiques ». Savez-vous à quel point c’est difficile de dire qu’on aime un domaine pour lequel une étiquette genrée est apposée? Est-ce qu’on croit vraiment qu’en associant des intérêts à un genre, on aura réglé la question et que les garçons réussiront mieux à l’école, tout à coup? C’est ça, la solution gagnante dans le reste du Canada (où il y a moins de décrochage), vraiment?
Ce sont les étiquettes pré-apposées qui nuisent. Je comprends que ça rassure, que c’est plus facile quand nos intérêts correspondent à ce que l’on attend de nous. Mais c’est justement ce qui crée le déséquilibre: la catégorie « fille » se fait dire qu’être calme et rester tranquille, c’est un must pour elle. La catégorie « garçon » est encouragée à être active, à se salir. Rendu à l’école, la première est déjà « éduquée » à rester sage. Les filles qui ont d’autres intérêts que la « norme » peuvent être étiquetées comme « tomboy » ou encore paraître « fortes ». Mais les gars qui ont des intérêts vers des activités de filles, quels mots utilisent-on? Et on se surprend après que chacun des genres « favorisent » en masse des activités typiques de leur genre, sans explorer « l’autre bord » par peur d’avoir l’étiquette?
Je pensais que « les filles au jardinage » « les gars en techno », on se doutait déjà que ce n’était pas une solution potable, surtout quand on sait que c’est le milieu socioéconomique qui détermine vraiment le décrochage, pas le sexe.
Ce serait la base du succès de ne pas limiter les intérêts des enfants, de leur ouvrir toutes les portes et de les encourager à persévérer dans une passion qui les accroche à l’école. Impro, techno, art, photo, musique, jardinage, soccer, peu importe. Sans que l’étiquette « fille » ou « gars » vienne les empêcher de s’y lancer avec enthousiasme.
François Cardinal a raison sur un point essentiel: l’école est rigide, elle suit un parcours préétabli à lequel il faudrait tous correspondre. Ça fait un moment qu’on le sait, que les chercheurs le dénoncent. Il faut faire varier les méthodes pour que les enfants s’y retrouvent, développent le plaisir de l’apprentissage. Ça se peut, on le fait dans plusieurs écoles où il y a des programmes spéciaux qui motivent les jeunes: l’école secondaire d’Arvida a même ouvert un spécial E-Sport, wow! À ce que je sache, les filles aussi peuvent s’inscrire, mais si on leur a déjà confirmé au primaire que c’était étiqueté « gars », elles hésiteront en masse.
Si ma fille a envie de science, vas-y. Si t’as envie de littérature, lance-toi.
Mon fils, tu as envie de jardinage? Pas de trouble. Les maths et Minecraft? Super!
Si les gars ont envie de cultiver des plantes, il faut qu’ils se sentent à l’aise de le dire. Si elles trippent sur les jeux vidéo, il faut qu'elles puissent s’y inscrire sans un instant d’hésitation.
Mais bon, des études de chercheurs qui s’entendent et pointent dans la même direction, quand ça ne rejoint pas notre propos, on n’en a pas tellement besoin.
Je vais arrêter d’écrire maintenant parce que j’ai du mal à rester tranquillement assise sur ma chaise. De toute façon, la réussite des garçons à l’école, on s’en occupe à Gatineau.
19 septembre 2019
40 ans et son image
Comme l’an dernier, je décollerai vers le Japon le jour de mon anniversaire. La fête durera donc très peu de temps, car je passerai la ligne de changement de date au milieu du Pacifique et le 2 octobre deviendra brusquement le 3. En 2018, j’ai « vécu » 8 heures du jour de mon anniversaire; cette année, ce sera un peu plus. Si je les mets ensemble, ça fera moins de 24 heures! C’est très drôle.
Le problème avec le changement de décennie est que chaque âge porte des « attentes ». Et en entrant dans le 40, je corresponds de moins en moins à ces dernières.
Personnellement, vieillir ne me fait pas grand-chose. Dans ma tête, j’étais déjà « vieille » quand j’avais 5 ans. Je me sentais décalée, encore plus en arrivant à l’adolescence. La « beauté » et la fraicheur de la jeunesse ne m’ont jamais vraiment servie. Je restais concentrée sur mes livres, je chantais dans ma chambre en cachette et j’avais la tête dans mes projets et mes rêves, avec mille et une envies.
Alors vieillir pour moi, ça a longtemps voulu dire qu’on me reprochait de moins en moins d’être comme je suis. J’avais l’air plus « normale » de partir à l’étranger en sac à dos, de changer d’emplois, de revenir aux études au lieu d’être sérieuse. C’était « de mon âge ».
Mais 40 ans, c’est un tournant où ma façon de vivre recommence à être taxée de « bizarre ». Je n’ai pas de job stable, pas de maison, pas de définition précise de qui je suis. Quand je sors une carte d’affaires, je dois me demander laquelle convient à la personne devant moi: celle plus sérieuse, avec mon titre de sociologue ou celle en japonais qui précise mon pays? Celle où il y a l’énumération de mes réseaux sociaux? Celle avec mes livres? Celle consacrée au Japon ou à l’Islande? Ou la « retraitée » carte d’affaire musicale?
Ce qui est normal pour moi, c’est d’être multi, alors je suis à l’aise avec mes différentes cartes. Mais ça provoque deux types d’effets: « Wow! Je t’envie! Comment tu fais? » ou « Vas-tu te brancher un moment donné? » Étrangement, ma réponse est la même: « Je ne sais pas ». Ça dépend de tant de choses hors de ma volonté: l’inspiration, la passion, la chance, les idées, la santé, le chum, la famille.
On remarquera que l’âge n’entre pas dans mes critères. Bien sûr, l’âge vient jouer dans l’aspect « santé », mais la réplique « Ce n’est plus de ton âge » n’a pas plus d’impact que « Tu es trop jeune pour ça » en avait quand j’avais 12 ans. Désolée. La vie est trop courte pour que j’ajoute ce critère à mes limites.
L’apparence de jeunesse, c’est un avantage quand on veut cruiser. Mais pas quand on doit être crédible en contexte académique. Alors, pour mon prochain voyage, je ne conviens pas.
J’assume. Je serai la seule femme sur mon panel au congrès de sociologie, à Tokyo. Une des rares étrangères aussi. J’amène mon complet vert printemps. Tant qu’à sortir du lot, aussi bien le faire franchement.
Tout ça pour dire que je suis bien stressée de prendre cet avion. Et mes 40 ans.
Heureusement, l’envie ne s’est pas tarie. J’ai bien l’intention de le faire durer jusqu’à mes 100 ans. On s’en reparlera à ce moment-là, ça arrivera bien assez vite.
Le problème avec le changement de décennie est que chaque âge porte des « attentes ». Et en entrant dans le 40, je corresponds de moins en moins à ces dernières.
Personnellement, vieillir ne me fait pas grand-chose. Dans ma tête, j’étais déjà « vieille » quand j’avais 5 ans. Je me sentais décalée, encore plus en arrivant à l’adolescence. La « beauté » et la fraicheur de la jeunesse ne m’ont jamais vraiment servie. Je restais concentrée sur mes livres, je chantais dans ma chambre en cachette et j’avais la tête dans mes projets et mes rêves, avec mille et une envies.
Alors vieillir pour moi, ça a longtemps voulu dire qu’on me reprochait de moins en moins d’être comme je suis. J’avais l’air plus « normale » de partir à l’étranger en sac à dos, de changer d’emplois, de revenir aux études au lieu d’être sérieuse. C’était « de mon âge ».
Mais 40 ans, c’est un tournant où ma façon de vivre recommence à être taxée de « bizarre ». Je n’ai pas de job stable, pas de maison, pas de définition précise de qui je suis. Quand je sors une carte d’affaires, je dois me demander laquelle convient à la personne devant moi: celle plus sérieuse, avec mon titre de sociologue ou celle en japonais qui précise mon pays? Celle où il y a l’énumération de mes réseaux sociaux? Celle avec mes livres? Celle consacrée au Japon ou à l’Islande? Ou la « retraitée » carte d’affaire musicale?
Ce qui est normal pour moi, c’est d’être multi, alors je suis à l’aise avec mes différentes cartes. Mais ça provoque deux types d’effets: « Wow! Je t’envie! Comment tu fais? » ou « Vas-tu te brancher un moment donné? » Étrangement, ma réponse est la même: « Je ne sais pas ». Ça dépend de tant de choses hors de ma volonté: l’inspiration, la passion, la chance, les idées, la santé, le chum, la famille.
On remarquera que l’âge n’entre pas dans mes critères. Bien sûr, l’âge vient jouer dans l’aspect « santé », mais la réplique « Ce n’est plus de ton âge » n’a pas plus d’impact que « Tu es trop jeune pour ça » en avait quand j’avais 12 ans. Désolée. La vie est trop courte pour que j’ajoute ce critère à mes limites.
L’apparence de jeunesse, c’est un avantage quand on veut cruiser. Mais pas quand on doit être crédible en contexte académique. Alors, pour mon prochain voyage, je ne conviens pas.
J’assume. Je serai la seule femme sur mon panel au congrès de sociologie, à Tokyo. Une des rares étrangères aussi. J’amène mon complet vert printemps. Tant qu’à sortir du lot, aussi bien le faire franchement.
Tout ça pour dire que je suis bien stressée de prendre cet avion. Et mes 40 ans.
Heureusement, l’envie ne s’est pas tarie. J’ai bien l’intention de le faire durer jusqu’à mes 100 ans. On s’en reparlera à ce moment-là, ça arrivera bien assez vite.
20 août 2019
Otakuthon 2019
J'ai participé la première fois à l'Otakuthon l'année dernière. Tant qu'à y être, j'avais aussi décidé de faire du cosplay en 2018, incarnant la mère de Naruto, Uzumaki Kushina. J'avais tellement aimé que j'ai eu le goût d'y retourner. Mais cette année, c’est en tant qu’invitée que j'y suis allée. J’étais donc dans le programme et je présentais des panels pendant ces trois jours: deux sur le Japon (Passion Japon, Quand le Japon devient un travail) en plus d’un autre sur Naruto (Ce que cache le manga Naruto). J’avais aussi une table marchande où je pouvais proposer mes différents livres sur le Japon et j'avais trois séances d’autographes. J'en ai profité pour amener toute la famille avec moi. Léo était tout excité d'avoir une carte d'accès spéciale, jaune comme Pikachu, identifiée à son nom en plus.
Faire l'Otakuthon en famille, c'est aussi préparer quatre cosplays, heureusement que certains étaient plus simples que d'autres! Nous avions choisi d'incarner toute la famille de Naruto, l'une des seules qui existent dans les animés japonais, les héros ayant tendance à ne pas vieillir, bien souvent... Je voulais que les enfants puissent s’amuser et pas seulement tenir la table marchande des livres de maman! Ah ah! :) Ce fut un grand bonheur, les enfants ont le bon âge, et mon chum s’est fait teindre les cheveux en blond pour incarner Naruto, ça lui allait comme un gant! Je l’ai trouvé pas mal hot et les enfants vraiment cutes… :)
J’étais dans les invités officiels, oui, mais personne ne venait aux conférences parce qu’ils me connaissaient avant. Ils venaient parce que le thème les intéressait et aussi, pour plusieurs, parce que la conférence était en français. Une grande salle m’avait été allouée, alors j’ai été très surprise quand je suis entrée et qu’elle était bien remplie! Je débutais avec Passion Japon, une conférence que j’ai donnée très souvent, alors ça réduisait le stress. Et je me suis bien amusée encore une fois.
Si certaines personnes s’étaient arrêtées à ma table pour acheter des livres parce que le thème les intéressait (les couvertures des Fleurs du Nord et de L’Ombre du Shinobi sont si belles…), j’ai commencé à voir davantage de gens venir à la table après la conférence. Ils venaient me jaser du Japon, de leurs projets, c’était vraiment le fun!
Je dois avouer que le vendredi, je me suis ennuyée lors de la première séance d’autographes. J’étais remisée dans la rangée E (celle des « oubliées » comme je l’ai appelée), à regarder les A, B, C, D rencontrer des fans. Alors j’ai invité les gens venus à la deuxième conférence, le samedi, à me sauver de la solitude et à venir jaser avec moi. Et j’ai eu du monde qui ont eu pitié de moi (un grand merci!) Sans blague, ce fut un beau samedi!
Le dimanche, c’était ma conférence sur Naruto. J’ai donc pris soin de revêtir tout mon costume de Hinata (l’amoureuse de Naruto), perruque comprise, avant de m’installer. La salle était complètement pleine! Et comme c’était la première fois que je présentais cette conférence-là, un peu plus sérieuse à propos de mon analyse de ce manga en lien avec le Japon d’aujourd’hui, c’était plus stressant. Mais les gens ont été vraiment attentifs. Plusieurs, sont venus jaser avec moi de leur propre théorie sur Naruto à la table marchande ou pendant la séance d’autographes. J’ai ADORÉ ces moments. Ça m’a donné le goût de continuer à analyser des mangas.
On a eu aussi plusieurs photoshoots: un avec un photographe officiel, un autre avec tous les autres personnages de Naruto et un dernier à thématique Boruto. J’ai pu rencontrer des cosplayeurs professionnels magnifiques, faire une entrevue vidéo avec l’Antre du Geek et surtout jaser avec quelques invités japonais, ce qui m’a permis de pratiquer mon japonais (ce qui ne fait pas de tort car mon prochain voyage approche!)
Bref, un bilan complètement positif de l’événement. On revient avec des courbatures partout, une énorme pile de vêtements et de costumes à laver, des enfants et des parents très fatigués, mais très heureux de l’expérience. Et plein d’achats (affiches, toutous, figurines) bien sûr! Les artistes sont tellement impressionnants!
J’espère que les participants aux conférences ont eu autant de plaisir à y assister que moi à les faire. Et que ceux et celles qui ont acheté mes livres prolongeront leur plaisir en découvrant mon Japon imaginaire!
Faire l'Otakuthon en famille, c'est aussi préparer quatre cosplays, heureusement que certains étaient plus simples que d'autres! Nous avions choisi d'incarner toute la famille de Naruto, l'une des seules qui existent dans les animés japonais, les héros ayant tendance à ne pas vieillir, bien souvent... Je voulais que les enfants puissent s’amuser et pas seulement tenir la table marchande des livres de maman! Ah ah! :) Ce fut un grand bonheur, les enfants ont le bon âge, et mon chum s’est fait teindre les cheveux en blond pour incarner Naruto, ça lui allait comme un gant! Je l’ai trouvé pas mal hot et les enfants vraiment cutes… :)
J’étais dans les invités officiels, oui, mais personne ne venait aux conférences parce qu’ils me connaissaient avant. Ils venaient parce que le thème les intéressait et aussi, pour plusieurs, parce que la conférence était en français. Une grande salle m’avait été allouée, alors j’ai été très surprise quand je suis entrée et qu’elle était bien remplie! Je débutais avec Passion Japon, une conférence que j’ai donnée très souvent, alors ça réduisait le stress. Et je me suis bien amusée encore une fois.
Si certaines personnes s’étaient arrêtées à ma table pour acheter des livres parce que le thème les intéressait (les couvertures des Fleurs du Nord et de L’Ombre du Shinobi sont si belles…), j’ai commencé à voir davantage de gens venir à la table après la conférence. Ils venaient me jaser du Japon, de leurs projets, c’était vraiment le fun!
Je dois avouer que le vendredi, je me suis ennuyée lors de la première séance d’autographes. J’étais remisée dans la rangée E (celle des « oubliées » comme je l’ai appelée), à regarder les A, B, C, D rencontrer des fans. Alors j’ai invité les gens venus à la deuxième conférence, le samedi, à me sauver de la solitude et à venir jaser avec moi. Et j’ai eu du monde qui ont eu pitié de moi (un grand merci!) Sans blague, ce fut un beau samedi!
Le dimanche, c’était ma conférence sur Naruto. J’ai donc pris soin de revêtir tout mon costume de Hinata (l’amoureuse de Naruto), perruque comprise, avant de m’installer. La salle était complètement pleine! Et comme c’était la première fois que je présentais cette conférence-là, un peu plus sérieuse à propos de mon analyse de ce manga en lien avec le Japon d’aujourd’hui, c’était plus stressant. Mais les gens ont été vraiment attentifs. Plusieurs, sont venus jaser avec moi de leur propre théorie sur Naruto à la table marchande ou pendant la séance d’autographes. J’ai ADORÉ ces moments. Ça m’a donné le goût de continuer à analyser des mangas.
On a eu aussi plusieurs photoshoots: un avec un photographe officiel, un autre avec tous les autres personnages de Naruto et un dernier à thématique Boruto. J’ai pu rencontrer des cosplayeurs professionnels magnifiques, faire une entrevue vidéo avec l’Antre du Geek et surtout jaser avec quelques invités japonais, ce qui m’a permis de pratiquer mon japonais (ce qui ne fait pas de tort car mon prochain voyage approche!)
Bref, un bilan complètement positif de l’événement. On revient avec des courbatures partout, une énorme pile de vêtements et de costumes à laver, des enfants et des parents très fatigués, mais très heureux de l’expérience. Et plein d’achats (affiches, toutous, figurines) bien sûr! Les artistes sont tellement impressionnants!
J’espère que les participants aux conférences ont eu autant de plaisir à y assister que moi à les faire. Et que ceux et celles qui ont acheté mes livres prolongeront leur plaisir en découvrant mon Japon imaginaire!
05 juillet 2019
Du japonais au français : réflexions sur la traduction
Je suis autrice et lectrice. Mais je ne me suis jamais considérée traductrice. Pour plusieurs raisons: d’abord je trouve insuffisante ma maîtrise de mes langues secondes. Ensuite, les quelques notions j’ai eu sur le sujet lorsque j’étudiais en rédaction, m’ont appris à quel point traduire, bien traduire, est un métier difficile.
Pourtant, je m’y suis commise avec Nous sommes tous différents et nous sommes tous beaux. En lisant l’article scientifique d’Isabelle Bilodeau, professeure à l’Aichi Shukutoku University, qui analyse les commentaires des traducteurs dans les livres (beaucoup plus fréquents dans les ouvrages en japonais qu’en anglais ou en français), j’ai réalisé que je faisais de tels commentaires, mais dans les salons du livre ou en discussion avec une personne intéressée par l'ouvrage. J’ai eu envie de partager mes réflexions autrement, d’où ce billet!
Les fleurs de feu
Commençons par les mots intraduisibles. En japonais, le feu d’artifice s’appelle « la fleur de feu ». C’est joli, n’est-ce pas? Misuzu aussi semblait trouver le terme très poétique car elle en a fait un poème où elle joue sur le fait que la « fleur de feu » sont « des fleurs venant de pays invisibles pour les yeux ».
Comment l’enfant francophone pourra-t-il comprendre le lien entre ce pays invisible et les « feux d’artifice » qui ne sont pas des « fleurs de feu » en français? J’ai donc fait un compromis, profitant des répétitions du poème en japonais. Si dans la première ligne, j’ai choisi « feu d’artifice », dans la deuxième (où le mot revenait), j’ai plutôt opté pour « fleurs de feu » pour qu’on puisse les « voir » dessinées dans le ciel.
Le bruit d’un flocon qui se pose
Dans Le chant de grand-maman, on croise une onomatopée japonaise, c’est-à-dire la répétition d’un son pour transmettre un état. Par exemple, le très populaire Pikachu tire son nom de l’onomatopée pika-pika qui indique les étincelles du feu. Le japonais est rempli de tels usages, c’est très commun.
Misuzu parle donc de la neige à la toute fin du poème et elle utilise deux fois sara-sara. Cette onomatopée désigne le bruit que font les feuilles de bambous (comme dans la chanson traditionnelle de Tanabata pour ceux qui la connaissent!), mais aussi le son que font les flocons en se posant.
Ok… Nous n’avons pas de mots pour parler du bruit des flocons. Je comprends pourtant fort bien ce qu’elle veut dire. J’ai toujours adoré me coucher dans la neige et regarder le ciel déverser le blanc sur moi. Alors, moi aussi, j’ai déjà entendu ce son léger et étouffé d’un flocon qui se dépose sur une accumulation de neige. Mais en français, il n’y a pas de mot.
Il a donc fallu que je décrive ce son: « Pareil au son d’un flocon qui se pose », c’est le mieux que j’ai trouvé pour ne pas passer outre le sara-sara japonais.
Les poèmes en japonais
Une chose m’a rassurée quand j’ai débuté ce projet: mon éditrice a proposé d’inclure la version japonaise des poèmes (en caractères japonais ET romanisés) juste à côté de la traduction française. Ça m’a apaisée car je sais que ceux et celles qui maîtrisent cette langue pourront observer/refaire/critiquer les choix de ma traduction.
Car traduire, c’est nécessairement faire des choix. On ne peut arriver au même résultat que l’original, peu importe les efforts. C’est crève-cœur quand on aime les versions originales. Mais, à moins que le génie d’Aladdin m’accorde le vœu de parler la totalité des langues de la terre, je ne pourrai jamais apprécier les créations littéraires originales de toute l’humanité. Alors la traduction est le palliatif.
J’avais choisi 13 poèmes, en collaboration avec l’illustratrice, Rieko Koresawa. Un équilibre entre les poèmes les plus connus de Misuzu Kaneko (L’oisillon, la clochette et moi; Es-tu seulement l’écho?; Tout aimer), ceux qui évoquent une réalité partagée avec le Québec (La neige qui s’accumule; Les étoiles et les pissenlits) et les autres qui inspiraient des images fortes à Rieko (L’enterrement de la baleine; Les abeilles et les dieux).
Le public-cible
Pour guider mes choix de traduction (registre de langue, répétitions), j’ai gardé en tête que Misuzu Kaneko est reconnue au Japon comme une poétesse pour enfants. De la même manière, ce sont aux enfants que je voulais que ces poèmes s’adressent. Je voulais qu’ils voient les images que Misuzu fait naître dans l’imagination, aussi clairement que les enfants japonais.
Ça a bien sûr teinté le texte. Dans le poème La grue, on utilise le terme tanchô no tsuru pour désigner l’oiseau, un terme qui se traduit d’au moins cinq façons en français, à cause des différentes régions d’Asie où on croise cette grue. Je n’allais certainement pas choisir le terme scientifique (grus japonensis), alors j’ai opté pour « grue à couronne rouge » que j’ai modifié un peu pour « grue couronnée de rouge ».
Le plus difficile des poèmes fut Le chant de grand-maman. Dans une seule ligne, Misuzu utilise Otsuru, Senmatsu, Chûjô-hime. Ce sont trois titres d’histoires chantées traditionnelles… que les enfants francophones ne connaissent pas. Que faire? Comment transmettre la peine dans la voix de la grand-mère qui chante ces histoires tristes? Choisir des contes bien connus en français pour que les enfants comprennent les images: La petite fille aux allumettes, Tom Pouce, Cendrillon? Mais les équivalents sont nécessairement très loin des trois histoires choisis par Misuzu.
Alors j’ai plutôt choisi de faire de chacun des titres une ligne de quelques mots qui « résume » l’histoire. Otsuru est devenu « Celui de la fillette qui cherche sa mère en vain », Senmatsu « Du serviteur du petit samouraï qui meurt » et Chôjô-hime « De la princesse fidèle et mal aimée ».
Voilà. Je n’ai pas parlé des répétitions; du haori que j’ai laissé tel quel en japonais parce que, dans le contexte, on comprend assez bien que c’est un vêtement; du mot kami que j’ai traduit par « dieux » au pluriel, bien heureuse que les kamis soient si nombreux au Japon et me permette d’inclure tous les dieux des lecteurs.
Mais je dirai une dernière chose: j’espère que la traduction de ces poèmes transmet l’émerveillement et la richesse des émotions que sait si bien faire vivre Misuzu Kaneko. Et je pense que les commentaires des traducteurs à propos de leur travail est certainement lié en partie à leur désir d'expliquer leurs choix. C'est très intéressant finalement!
Pourtant, je m’y suis commise avec Nous sommes tous différents et nous sommes tous beaux. En lisant l’article scientifique d’Isabelle Bilodeau, professeure à l’Aichi Shukutoku University, qui analyse les commentaires des traducteurs dans les livres (beaucoup plus fréquents dans les ouvrages en japonais qu’en anglais ou en français), j’ai réalisé que je faisais de tels commentaires, mais dans les salons du livre ou en discussion avec une personne intéressée par l'ouvrage. J’ai eu envie de partager mes réflexions autrement, d’où ce billet!
Les fleurs de feu
Commençons par les mots intraduisibles. En japonais, le feu d’artifice s’appelle « la fleur de feu ». C’est joli, n’est-ce pas? Misuzu aussi semblait trouver le terme très poétique car elle en a fait un poème où elle joue sur le fait que la « fleur de feu » sont « des fleurs venant de pays invisibles pour les yeux ».
Comment l’enfant francophone pourra-t-il comprendre le lien entre ce pays invisible et les « feux d’artifice » qui ne sont pas des « fleurs de feu » en français? J’ai donc fait un compromis, profitant des répétitions du poème en japonais. Si dans la première ligne, j’ai choisi « feu d’artifice », dans la deuxième (où le mot revenait), j’ai plutôt opté pour « fleurs de feu » pour qu’on puisse les « voir » dessinées dans le ciel.
Le bruit d’un flocon qui se pose
Dans Le chant de grand-maman, on croise une onomatopée japonaise, c’est-à-dire la répétition d’un son pour transmettre un état. Par exemple, le très populaire Pikachu tire son nom de l’onomatopée pika-pika qui indique les étincelles du feu. Le japonais est rempli de tels usages, c’est très commun.
Misuzu parle donc de la neige à la toute fin du poème et elle utilise deux fois sara-sara. Cette onomatopée désigne le bruit que font les feuilles de bambous (comme dans la chanson traditionnelle de Tanabata pour ceux qui la connaissent!), mais aussi le son que font les flocons en se posant.
Ok… Nous n’avons pas de mots pour parler du bruit des flocons. Je comprends pourtant fort bien ce qu’elle veut dire. J’ai toujours adoré me coucher dans la neige et regarder le ciel déverser le blanc sur moi. Alors, moi aussi, j’ai déjà entendu ce son léger et étouffé d’un flocon qui se dépose sur une accumulation de neige. Mais en français, il n’y a pas de mot.
Il a donc fallu que je décrive ce son: « Pareil au son d’un flocon qui se pose », c’est le mieux que j’ai trouvé pour ne pas passer outre le sara-sara japonais.
Les poèmes en japonais
Une chose m’a rassurée quand j’ai débuté ce projet: mon éditrice a proposé d’inclure la version japonaise des poèmes (en caractères japonais ET romanisés) juste à côté de la traduction française. Ça m’a apaisée car je sais que ceux et celles qui maîtrisent cette langue pourront observer/refaire/critiquer les choix de ma traduction.
Car traduire, c’est nécessairement faire des choix. On ne peut arriver au même résultat que l’original, peu importe les efforts. C’est crève-cœur quand on aime les versions originales. Mais, à moins que le génie d’Aladdin m’accorde le vœu de parler la totalité des langues de la terre, je ne pourrai jamais apprécier les créations littéraires originales de toute l’humanité. Alors la traduction est le palliatif.
J’avais choisi 13 poèmes, en collaboration avec l’illustratrice, Rieko Koresawa. Un équilibre entre les poèmes les plus connus de Misuzu Kaneko (L’oisillon, la clochette et moi; Es-tu seulement l’écho?; Tout aimer), ceux qui évoquent une réalité partagée avec le Québec (La neige qui s’accumule; Les étoiles et les pissenlits) et les autres qui inspiraient des images fortes à Rieko (L’enterrement de la baleine; Les abeilles et les dieux).
Le public-cible
Pour guider mes choix de traduction (registre de langue, répétitions), j’ai gardé en tête que Misuzu Kaneko est reconnue au Japon comme une poétesse pour enfants. De la même manière, ce sont aux enfants que je voulais que ces poèmes s’adressent. Je voulais qu’ils voient les images que Misuzu fait naître dans l’imagination, aussi clairement que les enfants japonais.
Ça a bien sûr teinté le texte. Dans le poème La grue, on utilise le terme tanchô no tsuru pour désigner l’oiseau, un terme qui se traduit d’au moins cinq façons en français, à cause des différentes régions d’Asie où on croise cette grue. Je n’allais certainement pas choisir le terme scientifique (grus japonensis), alors j’ai opté pour « grue à couronne rouge » que j’ai modifié un peu pour « grue couronnée de rouge ».
Le plus difficile des poèmes fut Le chant de grand-maman. Dans une seule ligne, Misuzu utilise Otsuru, Senmatsu, Chûjô-hime. Ce sont trois titres d’histoires chantées traditionnelles… que les enfants francophones ne connaissent pas. Que faire? Comment transmettre la peine dans la voix de la grand-mère qui chante ces histoires tristes? Choisir des contes bien connus en français pour que les enfants comprennent les images: La petite fille aux allumettes, Tom Pouce, Cendrillon? Mais les équivalents sont nécessairement très loin des trois histoires choisis par Misuzu.
Alors j’ai plutôt choisi de faire de chacun des titres une ligne de quelques mots qui « résume » l’histoire. Otsuru est devenu « Celui de la fillette qui cherche sa mère en vain », Senmatsu « Du serviteur du petit samouraï qui meurt » et Chôjô-hime « De la princesse fidèle et mal aimée ».
Voilà. Je n’ai pas parlé des répétitions; du haori que j’ai laissé tel quel en japonais parce que, dans le contexte, on comprend assez bien que c’est un vêtement; du mot kami que j’ai traduit par « dieux » au pluriel, bien heureuse que les kamis soient si nombreux au Japon et me permette d’inclure tous les dieux des lecteurs.
Mais je dirai une dernière chose: j’espère que la traduction de ces poèmes transmet l’émerveillement et la richesse des émotions que sait si bien faire vivre Misuzu Kaneko. Et je pense que les commentaires des traducteurs à propos de leur travail est certainement lié en partie à leur désir d'expliquer leurs choix. C'est très intéressant finalement!
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