
À Lévis, le dimanche 26 avril dernier, 250 personnes ont assisté à la conférence de Serge Bouchard, écrivain, animateur et anthropologue, venu parler du premier habitant d’origine européenne à Lévis: Guillaume Couture (1618-1701). Une cinquantaine de personnes ont dû repartir bredouille, car la salle était pleine. Cette large assistance a fait plaisir à Monsieur Bouchard: « Ça fait beaucoup de monde qui vienne entendre parler d’histoire. C’est bouleversant, c’est étonnant, c’est peu commun. L’histoire n’est pas le premier sujet du roulement de nos vies, mais apparemment, vous êtes là, c’est réel. Donc il n’y a pas à se décourager, c’est intéressant de parler de l’histoire! »

Arrivé de Rouen, en 1637, Guillaume Couture est menuisier et charpentier. Rapidement, il quitte Québec pour construire Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, dans la baie Georgienne. Totalement fasciné par la vie des Amérindiens, il les observe et apprend la langue. En 1642, il est fait prisonnier par les Iroquois, torturé, puis adopté. À l’image de ce qui arrivera à Radisson quelques décennies plus tard, Guillaume Couture devient Iroquois sous le nom d’Achirra. En Nouvelle-France, on le croit mort. Quelle surprise de voir Guillaume arriver à la conférence de paix des Trois Rivières en 1645: « Trois chefs se présentent en grande cérémonie avec tout l’apparat. Parce que dans ce temps-là, les signes ostentatoires étaient très appréciés! Un des trois chefs, c’est Guillaume Couture. Il annonce aux Français, en français, qu’il a conseillé aux Iroquois de faire la paix avec eux. »
Cette paix négociée durera un an. Entre temps, Guillaume Couture est le premier à obtenir une concession sur la seigneurie de Lauzon en 1647. Aucun colon d’origine européenne n’osait s’y établir en raison des passages occasionnels des Iroquois. Guillaume Couture est la personne tout indiquée pour y faire sa place: « Tout le monde est étonné, on s’attend toujours à ce qu’il se fasse tuer : les Iroquois vont venir! Oui, ils viennent. Mais ils ne tuent pas Couture... C’est leur ami. Quand les Iroquois visitent, c’est pour prendre le thé chez lui. »
Il se marie avec Anne Aymard en 1649 avec qui il aura dix enfants. Souvent, Guillaume quitte le foyer pour servir d’interprète: « Il chialait tout le temps et il était agréable seulement quand il voyageait. Alors ils vont l’envoyer en exploration. C’était la meilleure façon pour qu’il arrête de chialer à la maison! » Il fera diverses expéditions jusqu’à ses 50 ans. Par la suite, il restera à Lévis où il occupera plusieurs fonctions dans la ville naissante: capitaine de la milice, juge, marchand d’anguilles et de fourrures. Il mourra à 83 ans, ce qui prouve que « la vie rude ne tue pas », comme l’a souligné M. Bouchard.

Par sa conférence dynamique, Serge Bouchard a rendu l’histoire accessible et vivante. Il s’est désolé que les réalisateurs québécois ne parlent pas davantage de ces ancêtres plus grands que nature qui ont été à la base de notre société. Quelle fascinante série télé ferait la vie de Guillaume Couture, qui court de Québec à la baie Georgienne, du lac Mistassini au Labrador pour se terminer à Lévis… À bon entendeur salut!