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04 avril 2020

Pourquoi on aime tant les histoires...

Au début mars, j'ai écrit une lettre à mes amies japonaises. Une lettre sur du vrai papier, en traçant les caractères que j'ai tant pratiqués et révisés. Parfois, j'aime retrouver le sentiment du crayon qui glisse sur la feuille, prendre le temps de choisir mon papier, réfléchir un peu plus longtemps à mes mots étant donné qu'écrire à la main prend plus de temps qu'à l'ordinateur.

J'y parlais de la situation au Japon, des écoles qui étaient fermées depuis février là-bas, de la reprise incertaine. Et puis, pendant que ma lettre traversait le Pacifique, c'est le Québec, le Canada, qui a vu arriver la vague. Les écoles ont fermé, on nous a dit de rester chez nous.

Ma lettre est arrivée hier à Kyoto. Ce fut plus long qu'à l'habitude, probablement parce que les vols sont moins fréquents entre l'Asie et nous. Mais ce qui m'a frappée, c'est qu'entre le Japon et nous, il n'y avait plus tellement de différences.

Une grande partie de l'humanité attend. Patiemment ou non. Mais on attend. Il n'y a plus de lieux où on pourrait fuir pour être davantage en sécurité. On attend.

Ce n'est pas courant d'attendre à notre époque. Pourtant, il y a eu une grande part de l'histoire de l'humanité faite d'attentes, liées particulièrement aux saisons. Je pense à nos longs hivers québécois dans les rangs envahis par la neige. Ou encore à ces Islandais qui se terraient dans leurs maisons à demi enfoncées dans le sol, pour attendre la fin de la longue nuit. Ils se racontaient des histoires, ce sont les sagas qu'on peut lire encore aujourd'hui. Ces longues aventures, tout comme la longue odyssée d'Ulysse, comblaient les vides où la peur et l'anxiété auraient pu se glisser.

Si le conte servait à quelque chose, c'était à cela. Dépasser la peur en stimulant l'imagination. Gagner sur le stress en occupant l'esprit, en transformant ce qui menaçait pour le rendre visible: une hydre à neuf têtes, des géants invulnérables, un chien à trois têtes. On combattait, appuyés ou non par des dieux, des êtres surnaturels, des héros, et pouvait gagner.

Et on retrouvait un peu d'espoir, tous ensemble autour d'une histoire.

C'est peut-être pourquoi j'aime autant m'asseoir avec mes enfants pour leur lire un récit. J'ai commencé Une bible de Philippe Lechermeier avec Léo. Tant qu'à avoir du temps, aussi bien découvrir cette très longue aventure, un petit bout à chaque soir.

Et j'ai terminé mes trois semaines de lecture publique que j'ai réunies en trois heures du conte, si vous avez envie de m'entendre raconter. Ce fut une aventure plus difficile que prévue parce que je tournais ces vidéos en soirée, un moment où je n'ai plus beaucoup d'énergie. Neuf soirs à lire, à incarner ces récits. Amusez-vous à vous laisser raconter les aventures que j'ai imaginées, dans l'ordre que vous voulez.

Les Fleurs du Nord

Et L'Ombre du Shinobi

Finalement, L'Héritage du Kami

15 mars 2020

Une saison de lecture

Pour les artistes (entre autres), l’arrivée de cette pandémie, et la suspension de toutes les activités culturelles, ça crève le cœur. La superbe pièce Ceux qui se sont évaporés au Théâtre d’Aujourd’hui qui raconte un cas de disparition volontaire, inspirée par les évaporés du Japon (j’en ai parlé ici à Pénélope) est suspendue, comme c’est le cas de tous les événements qui nous rassemblent.

Et c’est normal. Je suis rassurée que le gouvernement québécois prenne au sérieux l’arrivée de la vague à venir. Car le tsunami nous atteindra aussi. Aussi bien se réfugier dans nos terres, dans nos foyers chaleureux. C’est que je ferai avec mes petits. Et on dessine sur le thème de Ça fait rire les oiseaux.

Mais je ne serai pas au Nadeshicon (convention cosplay) pour faire des conférences, je n’irai probablement pas au Salon du livre de Québec, je ne ferai pas de lancements pour parler de mon nouveau roman, mon extraordinaire roman, mon tout nouveau chéri, L’Héritage du Kami. Inari, le kami dont je parle dans ce récit, un dieu japonais bien connu, est particulièrement tortueux et imprévu. Si j’étais superstitieuse, je pourrais partir une folle théorie: et si ce kami avait voulu que ce soit si compliqué de parler de lui? Mais ne démarrons pas de nouvelles rumeurs, il y en a déjà trop!

C’est le temps de faire tout ce qu’on n’a jamais le temps de faire. Je n’ai jamais le temps d’écrire souvent sur mon blogue, je soupire devant ma pile de livres à lire, j’ai envie d’écouter des séries, je veux jouer à des jeux de société avec mes enfants.

C’est le temps de se parler. On a besoin des autres. Les réseaux sociaux peuvent remplir leur fonction sociale: parlons de nos douces nouvelles, intervenons quand un de nos amis poste une fausse nouvelle, rassurons avec des faits quand s’expriment les inquiétudes, rappelons pourquoi nous prenons des mesures, la solidarité dont il faut faire preuve.

C’est le temps de se réunir autrement. Pour ma part, je vous invite à un projet numérique: la lecture publique de trois de mes romans. À partir du 17 mars, je commence le projet L’heure du conte sur Facebook. Les vendredis, je mettrai ensuite ces vidéos sur ma chaine YouTube.

Le 17, 18 et 19 mars, à 20h, je lirai des scènes du roman Les Fleurs du Nord en live.
Puis le 24, 25 et 26 mars, ce sera des extraits de L’Ombre du Shinobi.
Finalement, le 31 mars, 1er et 2 avril, je lirai des parties de mon prochain roman L’Héritage du Kami, dont le lancement a été retardé.


Mon éditeur, Québec Amérique, est solidaire avec ses auteurs. Depuis vendredi, il est possible de commander leurs livres en ligne et ils seront livrés chez vous, sans frais de livraison.

C’est un printemps stressant, car on ne contrôle pas ce qui nous entoure. Il faut parfois penser à autre chose, sortir de notre environnement. Et il y a l’imagination. Pour moi, ce sera une saison de lecture. Et je vous souhaite la santé!

20 août 2019

Otakuthon 2019

J'ai participé la première fois à l'Otakuthon l'année dernière. Tant qu'à y être, j'avais aussi décidé de faire du cosplay en 2018, incarnant la mère de Naruto, Uzumaki Kushina. J'avais tellement aimé que j'ai eu le goût d'y retourner. Mais cette année, c’est en tant qu’invitée que j'y suis allée. J’étais donc dans le programme et je présentais des panels pendant ces trois jours: deux sur le Japon (Passion Japon, Quand le Japon devient un travail) en plus d’un autre sur Naruto (Ce que cache le manga Naruto). J’avais aussi une table marchande où je pouvais proposer mes différents livres sur le Japon et j'avais trois séances d’autographes. J'en ai profité pour amener toute la famille avec moi. Léo était tout excité d'avoir une carte d'accès spéciale, jaune comme Pikachu, identifiée à son nom en plus.

Faire l'Otakuthon en famille, c'est aussi préparer quatre cosplays, heureusement que certains étaient plus simples que d'autres! Nous avions choisi d'incarner toute la famille de Naruto, l'une des seules qui existent dans les animés japonais, les héros ayant tendance à ne pas vieillir, bien souvent... Je voulais que les enfants puissent s’amuser et pas seulement tenir la table marchande des livres de maman! Ah ah! :) Ce fut un grand bonheur, les enfants ont le bon âge, et mon chum s’est fait teindre les cheveux en blond pour incarner Naruto, ça lui allait comme un gant! Je l’ai trouvé pas mal hot et les enfants vraiment cutes… :)

J’étais dans les invités officiels, oui, mais personne ne venait aux conférences parce qu’ils me connaissaient avant. Ils venaient parce que le thème les intéressait et aussi, pour plusieurs, parce que la conférence était en français. Une grande salle m’avait été allouée, alors j’ai été très surprise quand je suis entrée et qu’elle était bien remplie! Je débutais avec Passion Japon, une conférence que j’ai donnée très souvent, alors ça réduisait le stress. Et je me suis bien amusée encore une fois.

Si certaines personnes s’étaient arrêtées à ma table pour acheter des livres parce que le thème les intéressait (les couvertures des Fleurs du Nord et de L’Ombre du Shinobi sont si belles…), j’ai commencé à voir davantage de gens venir à la table après la conférence. Ils venaient me jaser du Japon, de leurs projets, c’était vraiment le fun!

Je dois avouer que le vendredi, je me suis ennuyée lors de la première séance d’autographes. J’étais remisée dans la rangée E (celle des « oubliées » comme je l’ai appelée), à regarder les A, B, C, D rencontrer des fans. Alors j’ai invité les gens venus à la deuxième conférence, le samedi, à me sauver de la solitude et à venir jaser avec moi. Et j’ai eu du monde qui ont eu pitié de moi (un grand merci!) Sans blague, ce fut un beau samedi!

Le dimanche, c’était ma conférence sur Naruto. J’ai donc pris soin de revêtir tout mon costume de Hinata (l’amoureuse de Naruto), perruque comprise, avant de m’installer. La salle était complètement pleine! Et comme c’était la première fois que je présentais cette conférence-là, un peu plus sérieuse à propos de mon analyse de ce manga en lien avec le Japon d’aujourd’hui, c’était plus stressant. Mais les gens ont été vraiment attentifs. Plusieurs, sont venus jaser avec moi de leur propre théorie sur Naruto à la table marchande ou pendant la séance d’autographes. J’ai ADORÉ ces moments. Ça m’a donné le goût de continuer à analyser des mangas.

On a eu aussi plusieurs photoshoots: un avec un photographe officiel, un autre avec tous les autres personnages de Naruto et un dernier à thématique Boruto. J’ai pu rencontrer des cosplayeurs professionnels magnifiques, faire une entrevue vidéo avec l’Antre du Geek et surtout jaser avec quelques invités japonais, ce qui m’a permis de pratiquer mon japonais (ce qui ne fait pas de tort car mon prochain voyage approche!)

Bref, un bilan complètement positif de l’événement. On revient avec des courbatures partout, une énorme pile de vêtements et de costumes à laver, des enfants et des parents très fatigués, mais très heureux de l’expérience. Et plein d’achats (affiches, toutous, figurines) bien sûr! Les artistes sont tellement impressionnants!

J’espère que les participants aux conférences ont eu autant de plaisir à y assister que moi à les faire. Et que ceux et celles qui ont acheté mes livres prolongeront leur plaisir en découvrant mon Japon imaginaire!

03 juin 2019

Colloque au Japon en octobre

Bonne nouvelle: j’irai présenter ma thèse sur les pères québécois dans un congrès de sociologie au Japon! J’ai obtenu une bourse de voyage de la Japan Sociological Society pour me rendre à Tokyo en octobre. Je serai donc dans l’avion le jour de mon anniversaire pour un court séjour de 10 jours dans la capitale, mais aussi une visite plus touristique à Matsumoto (dans les montagnes) ainsi qu’un passage à Nagoya et trois jours à Kyoto pour revoir les amis. Je suis contente car c’est une belle reconnaissance de l’intérêt pour mon sujet de thèse. Avec tout ce qui est arrivé à la fin de ce doctorat, on peut dire que ma confiance avait été diminuée! Et je suis heureuse de pouvoir parler des papas québécois au Japon!

Je suis également allée faire un aller-retour à Gatineau pour le congrès de l’ACFAS. Je présentais ma thèse sur les pères lors du colloque organisé par le Régime québécois d’assurance parentale. Ce fut une belle occasion de discuter avec les autres chercheurs qui travaillent sur le même sujet: toutes les présentations étaient très intéressantes!

Professionnellement, j’ai l’impression d’avoir plusieurs vies.

Les gens qui me connaissent pour mes recherches sur la famille ignorent que j’écris des romans.

Ceux qui connaissent l’autrice et consultent la liste de mes ouvrages ne trouveront pas les publications scientifiques.

Et il y a la radio avec les chroniques sur la sociologie ou le Japon qui mélangent un peu tout ça…

C’est un peu compliqué de donner une réponse courte à la question: « Qu’est-ce que tu fais dans la vie? » Pourtant, ces différents champs ne sont pas exclusifs, ils s’influencent. Quand on lit mes romans, c’est assez évident que je m’intéresse beaucoup à la façon dont on vit, aux injustices qui sont toujours présentes dans les sociétés, aux lignes grises. Mes recherches me permettent de réfléchir à cette organisation de la société, mes chroniques à Radio-Canada aussi car elles me font souvent explorer des sujets que je connaissais moins.

J’ai passé le mois de mai à écrire mon prochain roman, dans le même monde que Les Fleurs du Nord et L’Ombre du Shinobi. C’est difficile à écrire, car il y a plusieurs scènes chargées en émotions. Quand je les écris, je les « vis » aussi, alors que je n’en ai pas toujours envie (tout dépend des émotions à vivre!) En plus, quand j’écris, je dors mal. Dès que je suis étendue, je me ressasse les scènes écrites et celles qui me restent. Alors les nuits sont courtes comme si j’avais le moteur « imagination » fixé sur « maximum » depuis un mois… Je vous jure qu'il y en a des rebondissements, des émotions, des combats et des images, oh! des images!, magnifiques! J'essaie de les dessiner avec des mots...

24 mars 2019

L’histoire cachée sous la couverture de L’Ombre du Shinobi

Il y a quelques années, j’ai lu un article sur un artiste japonais qui avait fait les personnages de Star Wars à l’encre de Chine. J’ai aimé le mouvement que les traces et les points laissés par le pinceau donnaient aux personnages, renouvelant tout à coup leurs portraits. Il a récemment dessiné les personnages de Marvel aussi.

L’artiste se nomme Kôjô Masayuki et il est originaire de Uji, la ville juste au sud de Kyoto, où j’ai enseigné le français pendant un an en 2006. La spécialité de cet artiste est le bujinga, soit les dessins de guerriers. Habituellement, il fait donc des dessins de ce style-là.

Une grande part de son art se fait en spectacle, ce qu’il nomme le live art. C’est-à-dire qu’il invite les gens à venir le voir créer sa toile devant eux. Sur un fond de musique à la fois traditionnelle et moderne, il fait de la grande toile blanche devant lui un guerrier à cheval, un samouraï en attaque ou un guerrier tenant sa lance. C’est fort impressionnant.

Je rêvais que mon prochain roman puisse avoir une couverture avec une toile de cet artiste. En 2018, j’ai donc préparé un courriel en japonais que j’ai fait corriger et que j’ai envoyé. Mais je n’ai reçu aucune réponse. Qu’à cela ne tienne! Je partais trois mois à Kyoto en automne, sait-on jamais!

Comme de fait, je constate dès mon arrivée au Japon que le 18 octobre, l’artiste viendra faire un live art à la mairie d’Uji! C’est fantastique! Mais ça commence à midi et mes cours se terminent à midi trente à Kyoto! NON!!! Je ne pourrai pas y être! Alors j’envoie toute la famille en mission: filmer le live art pour moi et, si possible, rencontrer l’artiste et lui expliquer mon projet. De mon côté, je tenterai de me rendre à Uji le plus vite possible.

Je finis mes cours, je cours à la gare de Kyoto pour prendre le train vers Uji (j’arrive à avoir l’express), puis je cours vers la mairie (il faisait chaud ce jour-là!). Quand je suis arrivée, la toile était rangée, mais Masayuki-san était toujours là, avec ma famille qui le gardait sur place… :) Je lui offre la bière de la microbrasserie de Charlevoix que j’avais apportée et mon exemplaire des Fleurs du Nord. Il me dit qu’il est intéressé et de contacter son agent, dont il me donne le courriel. Il est super sympathique, j’étais vraiment contente d’avoir couru mon marathon pour arriver à temps!

N’osant trop espérer, j’envoie un courriel à son agent dès mon retour à la maison. Je reçois une confirmation que Masayuki-san est intéressé, mais qu’il se demande quel type de dessin je souhaite, étant donné que je lui ai montré une toile représentant un musicien alors que mon livre traitera des ninjas (le mot shinobi étant un synonyme). J’explique donc l’histoire de mon roman: le shinobi est présent, oui, mais il est « caché » en musicien au début, puis après, on le cherche… Je préfère donc un musicien.

J’explique aussi que ma maison d’édition paie pour avoir le droit d’utiliser une toile déjà faite, alors pas besoin d’en faire une originale pour moi… Mais son agent me dit que Masayuki-san veut en faire une spécialement pour le roman. Je comprends, mais je me dis que j’ai sûrement mal compris. Alors j’envoie le courriel à une amie japonaise qui me confirme que j’ai bien compris et me félicite.

Et je recevrai effectivement le fichier de la toile, encore plus extraordinaire que tout ce que j’ai pu espérer! Je vous épargne les détails pour pouvoir avoir le fichier en haute qualité, les soucis pour la facture et le paiement… Mais tout a fini par se régler et voilà que j’ai la chance d’avoir cette extraordinaire couverture!!! Ceux et celles qui viendront au lancement pourront voir l’œuvre imprimée en grand format. Je n’ai pas l’originale (qui vaut plusieurs milliers de dollars), mais j’ai une magnifique reproduction. :)